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29 / 09 / 2017 | 14 vues
Jacky Lesueur / Abonné
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MGEN : « Les équilibres reposent trop sur les résultats financiers, nous avons un chantier à mener sur la performance économique »

Roland Berthilier, nouveau Président de la MGEN a bien voulu faire le point avec Miroir social, en cette rentrée sociale chargée et répondre très directement à nos questions.

Vous avez été élu président du groupe MGEN en juillet dernier. Quel président êtes-vous ?
Je suis ce que l’on peut appeler un pur produit de l’école de la République. Enseignant et proviseur de lycée de profession, je suis un militant élu de la MGEN depuis 1983 et administrateur national depuis 1995. De là découle mon attachement aux valeurs qui font la MGEN depuis 70 ans : la solidarité, le vivre-ensemble, le respect de la personne, la responsabilité et l’engagement. Éducation, laïcité et solidarité sont à mes yeux ce que les informaticiens appelleraient le « code source » de la MGEN. Je veux une MGEN solide sur ces fondamentaux car ils sont la base de notre engagement et de nos combats.

Je souhaite aussi une MGEN confiante dans sa mission : nous sommes depuis toujours au service des adhérents et des patients, dans une relation de proximité et d’écoute. Il n’y a pas de plus belle mission que de leur être utile, de les aider au quotidien dans leurs projets et de leur permettre de faire face aux coups durs.

L’attachement aux valeurs est le guide de notre action. Cela n’a rien à voir avec du conservatisme. Bien au contraire. Pour les adhérents, cela a une signification très concrète : ils savent qu’ils peuvent s’appuyer sur la MGEN et que celle-ci leur apportera des réponses conformes à ce à quoi, littéralement, ils « adhérent ». Pour cela, je compte sur la mobilisation de tous les acteurs du groupe MGEN, militants et salariés, sur la base d’une culture d’entreprise partagée.

Pour être complet sur ce qui fonde mon action, je souhaite évoquer un autre engagement personnel : la promotion de l’économie sociale. Depuis 2010, je préside l’association L’Esper qui regroupe une quarantaine d’organisations de l’économie sociale et solidaire (ESS) issues du monde de l’éducation : mutuelles, associations, coopératives, syndicats… L’ESS est une « autre » manière d’entreprendre, très importante pour la société mais, malheureusement, souvent négligée par les pouvoirs publics. Le groupe MGEN, qui est l'un de ses acteurs principaux, doit en être une vitrine en prouvant que les performances économiques et les performances sociales peuvent aller de pair.

Votre mandat débute sur une décision compliquée pour le groupe MGEN : votre référencement par le ministère de l’Éducation nationale pour la protection sociale complémentaire de ses agents aux côtés de deux autres acteurs concurrents…

On marche sur la tête : nous nous trouvons dans une situation incompréhensible pour nos adhérents, celle de proposer des offres moins protectrices aux agents de l’État pour ne pas être exclus du cahier des charges imposé. C’est vrai. J’ai déjà eu l’occasion de le dire à de nombreuses reprises, nous le déplorons. Tous les militants le déplorent, au sein du groupe MGEN et au-delà de notre mutuelle : Serge Brichet, président de la MGEFI et de la MFP, est ainsi venu à notre assemblée générale exprimer avec virulence combien pour lui, avec cette procédure, l’État tourne le dos à ses propres agents. Je le dis et le répète, c’est à la fois incompréhensible et très compréhensible.
Il est d’abord incompréhensible que l’État, qui est un si mauvais financeur de la santé et de la protection sociale de ses agents, soit rentré dans cette double logique de concurrence exacerbée entre les opérateurs et d’exclusion entre ses agents. Je rappelle, sur ce dernier point, que le cahier des charges interdit la prévoyance pour les retraités et les protections contre le risque de dépendance ! On marche sur la tête : nous nous trouvons dans une situation incompréhensible pour nos adhérents, celle de proposer des offres moins protectrices aux agents de l’État pour ne pas être exclus du cahier des charges imposé. Je le disais, l’option du multi-référencement est également très compréhensible. On ne peut être surpris quand on se rappelle comment le cahier des charges était rédigé. Il était plus assuranciel que mutualiste et plus concurrentiel que solidaire.

Maintenant, je préfère regarder devant. La concurrence n’est pas une nouveauté car l’adhésion, dans la fonction publique a toujours été individuelle et pas collective comme dans le secteur privé. Or nos adhérents de tout âge nous font confiance : à nous de les conforter dans leur choix, de valoriser nos atouts tels que la qualité de notre accompagnement, notre connaissance du personnel de l’éducation et notre présence dans chaque établissement scolaire ou universitaire.

Je suis convaincu qu’ainsi nous resterons « leur » mutuelle, celle vers laquelle ils se tournent et qu’ils choisissent naturellement.

Comment va le groupe MGEN aujourd’hui et comment le voyez-vous demain ?
Nous venons de vivre une nouvelle rentrée aux côtés de jeunes membres du personnel de l’Éducation nationale, fraîchement titularisés. Comme chaque année, les militants et les salariés étaient mobilisés sur le terrain, à leur rencontre, dans les établissements scolaires, les universités, les ministères, les sections départementales et les établissements partout en France. C’est cela, la force du collectif MGEN.

La dynamique est perceptible. Depuis que nous avons entamé la refonte de nos offres en 2014, notamment à destination des jeunes et des jeunes actifs, les taux d’adhésion sont en progression. Les retraités et les actifs seniors nous sont fidèles et les jeunes sont de plus en plus convaincus par les offres MGEN.

Au-delà de cette dynamique de développement, les chantiers menés ces dernières années ont été considérables : nous avons revisité la relation à l’adhérent, amélioré les conditions d’accueil dans nos établissements, innové sur les parcours de prévention en santé, tout en augmentant la reconnaissance de notre marque et, en interne, nous avons transformé notre organisation territoriale, donné un souffle nouveau à notre culture d’entreprise et engagé l’entreprise dans une démarche RSE…

Il s’agit là de motifs certains de fierté, dont tous les collaborateurs du groupe doivent avoir pleinement conscience. Pour autant, nous ne pouvons nous reposer sur nos lauriers. Il faut toujours remettre le métier sur l’ouvrage pour coller le plus possible aux attentes des adhérents et pour imaginer les solutions de demain.

Nous avons aussi besoin de sécuriser notre modèle économique. Le groupe MGEN est robuste, nos indicateurs sont bons mais les équilibres reposent trop sur les résultats financiers. Donc nous avons un chantier à mener sur les performances économiques.

Plus globalement, je souhaite (c’est un souhait partagé avec Isabelle Hébert, notre nouvelle directrice générale) que le groupe se dote d’un plan stratégique précis et engageant. Nous y travaillons et avons comme ligne de mire notre conseil d’administration de janvier 2018 où il sera discuté et, je l’espère, validé.

Ce plan stratégique devrait avoir quatre axes. L’humain dans l’entreprise : les collaborateurs, militants et salariés, qui chaque jour donnent le meilleur d’eux-mêmes au service de nos adhérents. Encore l’humain, c’est-à-dire nos adhérents, nos patients et les bénéficiaires de nos services : ils sont notre raison d’être, nous voulons être à leur écoute, plus proches, plus disponibles et plus accessibles. Le troisième axe est la solidité de notre modèle économique que j’évoquais. Enfin, la croissance.

L’audace d’une croissance que j’appelle « 5C » ; les cinq « C » de « cohérence », « confiance », « collectif », « cohésion » et « convivialité ». Voilà comment je vois le groupe MGEN demain : engagé, efficient, innovant, rassembleur, solide et solidaire.

Le 13 septembre dernier, le groupe MGEN a participé à la création du groupe VYV. Qu’en attendez-vous et comment voyez-vous votre mutuelle dans ce vaste ensemble ?
Le groupe VYV est porté par 14 mutuelles, dont deux (la MGEN et Harmonie Mutuelle) ont toujours figuré aux avant-postes. Au sein de notre nouveau groupe, la MGEN ne se dilue pas et ne se dissout pas. Au contraire, nous créons cet ensemble plus vaste pour être plus forts, performants et innovants et faire encore davantage pour les quatre millions de personnes que nous protégeons et tous les patients et résidents de nos 55 établissements de soins. Il y a des complémentarités réelles entre les mutuelles fondatrices du groupe VYV. C’est le signe de réelles opportunités à venir.

Il y a 70 ans, le rapprochement de plusieurs sociétés de secours mutuel donnait naissance à la MGEN. Aujourd’hui, nous vivons comme une seconde naissance. Nous nous affirmons désormais comme une mutuelle forte dans un groupe fort et nous nous engageons dans cette belle aventure mutualiste déterminés, optimistes et enthousiastes.

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