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15 / 03 / 2017 | 6 vues
Didier Cozin / Membre
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Les vrais résultats du compte personnel de formation

Même si les pouvoirs publics plaident pour laisser du temps au compte personnel de formation, même s'ils ne craignent pas de s'arranger avec les chiffres de réalisation des formations (en utilisant automatiquement des centaines de milliers de comptes de formation pour former les chômeurs), 3 ans après le vote de la loi et 27 mois après sa mise en œuvre, le CPF est un giganteque fiasco qui handicape le monde du travail et notre pays.

Que nous annonce le ministère du Travail en mars 2017 ? Remercions au passage le site www.cpformation.com pour ses informations précieuses et édifiantes :

  • 4 202 873 comptes CPF ouverts ;
  • 53 382 entrées en formation sur février. On faisait mieux en janvier 2016 : le nombre de formations validées par mois financées par le CPF ne décolle pas ;
  • 45 177 entrées en formations en  janvier : 16 000 entrées de moins que le mois de décembre 2016.

Depuis janvier 2015, le ministère du Travail fanfaronne sur le nombre de comptes de formation ouverts par les salariés, pourtant :

  • 2 années après sa mise en œuvre les trois quarts des salariés n'ont toujours pas « ouvert » leur compte de formation ;
  • la loi du 5 mars 2014 n'exigeait en rien une démarche d'ouverture de ce compte (qui était créé et alimenté directement par la Caisse des dépots) ;
  • l'inscription sur moncompteformation n'apporte aucune compétence ou qualification supplémentaire. On n'est pas plus compétent parce qu'on a des heures sur un compteur (pourtant l'alpha et l'oméga de la réforme de 2014) ;
  • les entrées en formation ne suivent pas, elles ont même tendance à régresser depuis l'an dernier (le souffle était si faible que la flamme pourrait très vite s'éteindre après la présidentielle).

Le CPF a divisé par 10 le nombre d'entrées individuelles des salariés en formation.

En compliquant à loisir la formation, en multipliant des listes de formation prétendument certifiantes (nationales, régionales, de branches), en désécurisant totalement la demande de formation (la validité de la certification, le financement aléatoire, la qualité et le traitement administratif lourd, papier et en ligne avec des infos redondantes), en consacrant 40 euros par an et par salarié à temps plein au CPF (0,2 % de la masse salariale, uniquement pour les entreprises de plus de 11 salariés), les pouvoirs publics ont réussi à drastiquement réduire la formation des salariés.

  • 600 000 DIF étaient encore réalisés par les salariés du privé en 2014 (6 % des salariés environ).
  • Moins de 400 000 formations CPF sont désormais réalisées chaque année (700 000 sur plus de 2 ans) et comme elles sont réalisées à 80 % par des chômeurs, il n'y a que 80 000 CPF salariés réalisés chaque année.

Le ministère du Travail explique que les formations sont désormais plus longues et certifiantes (comprendre « de qualité » parce qu'accompagnées d'un parchemin).

Encore une erreur (ou un mensonge) car quand on examine les 5 certifications les plus réalisées en CPF on trouve :

1) les tests TOEIC (certification d'anglais) avec une formation associée qui dure rarement plus de 40 heures pour les salariés ;

2) CLÉA (socle des compétences) très peu de formations mais des flopées d'évaluations (généreusement payées 600 € via le CPF) et sans doute bien peu de salariés plus qualifiés (un grand de la distribution se sert des évaluations CLÉA comme outil de pré-recrutement de ses futurs salariés) ;

3) le bulats : même problématique que le TOEIC, des formations courtes permettant de faire un peu d'anglais ;

4) Le stage de préparation à l'installation (SPI) : 30 heures de formation pour les futurs artisans (autrefois financées par Pôle Emploi) ;

5) des CACES : formations obligatoires de 20 à 30 heures qui étaient financées par les employeurs.

Pour résumer, la réforme de la formation versant CPF, c'est :

  • 10 fois moins de salariés pouvant se former (un taux annuel de réalisation de 0,5 % environ) ;
  • des formations qui ne sont longues que pour les chômeurs (24 heures en moyenne pour les salariés) ;
  • une déresponsabilisation des employeurs (qui bottent en touche dès qu'un salarié veut développer ses compétences en le renvoyant vers cet incapable CPF) ;
  • une baisse des budgets de formation des entreprises de 30 % en moyenne (bien moins encore dans les PME/TPE).

Le CPF est donc un échec intégral et il faudrait urgemment l'amender si nous voulons rester dans la course économique et sociale.

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