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01 / 02 / 2017 | 1 vue
Didier Cozin / Membre
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Le droit à la déconnexion va-t-il handicaper les travailleurs du savoir en France ?

Déconnexion au travail ou déconnexion du travail ? 

Dans un pays où un actif sur trois est au chômage ou insuffisamment occupé, où les régimes sociaux servent de déversoirs à toutes les impasses du travail (déqualification, pré-retraites, pénibilité, qualité de vie au travail) et dans un monde concurrentiel où le travail peut être largement réalisé à distance, instituer un droit à la déconnexion pourrait s'avérer à la fois inutile et contre-productif.

La charge cognitive et les possibilités de développements professionnels sont très insuffisantes en France.

Que nous explique Yves Clot (titulaire de la chaire de psychologie du travail an CNAM) sur le travail empêché et sa piètre qualité en France  ?

Ce qui, du coup, rend le travail insupportable, ce sont justement tous les efforts inutiles qui sont faits aujourd’hui dans des organisations qui dissipent l’énergie de ceux qui travaillent. On est diminué lorsqu’on ne peut plus, au moins de temps en temps, être fier de ce que l’on fait, faire autorité dans son travail. Ce qui est insupportable, c’est le travail ravalé et la qualité empêchée. Il n’y a pas de « bien-être » sans « bien faire ».

Aujourd'hui, en l'absence de perspectives professionnelles, du manque de qualité de leur travail, de nombreux employés et ouvriers se désengagent, s'ennuient (« bore-out ») ou ne peuvent se réaliser par leur travail. De ce fait, s'être focalisé sur le micro-problème de travailleurs supposés trop sollicités par leur employeur, c'était faire passer par pertes et profits l'immense majorité des travailleurs qui ne peuvent, eux, ni se former ni déployer leurs compétences au travail.

Le travail très qualifié est aussi le plus aisément transférable hors de nos frontières.

La France s'inscrit dans le cadre des économies développées au sein de l'Union européenne. Dans ces économies avancées, les avantages concurrentiels tiennent non seulement aux infrastructures offertes par le pays, aux compétences de ses habitants mais aussi aux facilités pour travailler et déployer son activité, entretenir des relations sociales, fiscales et administratives avec les autres acteurs du travail.

En 2016, la France occupe encore la peu enviable 27ème position dans le classement de la banque mondiale des pays entreprenants (doing business).

Imagine-t-on réellement que dans cette économie ouverte et globalisée, les RTT, la pénibilité, le droit à la déconnexion, la lourdeur du droit du travail et autres trouvailles sociales et bureaucratiques hexagonales soient capables de rendre notre pays attractif ?

Si, en 1936 ou dans les années 1950, notre pays pouvait prétendre donner le la en matière économique et sociale, il n'en est plus de même aujourd'hui. Les entreprises ont un large choix de pays dans lesquels s'installer et se développer. À force d'inventer de nouveaux droits sociaux, nous pourrions avoir rendu le travail complexe, coûteux et peu rentable en France.

Le droit à la déconnexion est un problème de riches et de niches.

Le courriel n'est pas plus intrusif qu'un contremaître incompétent, le smartphone n'attente aux libertés que de ceux qui ne savent pas bien l'utiliser (l'utilisateur moyen le consulte 100 fois par jour mais pas spécialement pour des raisons professionnelles) et avoir réduit le rapport Melting de 2015 à cette monnaie d'échange (pour faire accepter la loi sur le travail d'août 2016), c'est n'avoir rien voulu entendre aux besoins et possibilités des entreprises au XXIème siècle.

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