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13 / 06 / 2012 | 8 vues
Ghislaine Peneaut / Membre
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Pour un « droit d’inventaire » des moyens et des savoir-faire dont les entreprises se débarrassent

L’intervention de l’ancien chef de l’État dans le dossier Lejaby à Yssingeaux en février dernier a suscité un vif intérêt. En quelques semaines, une solution de reconversion du site et de réinvestissement des compétences collectives dans une nouvelle activité, la maroquinerie, a été trouvée.

Cette opération témoigne que tout n’est pas toujours impossible, que reprises d’activité et reconversions industrielles, même dans des secteurs où la messe semble dite depuis de nombreuses années, ne sont pas inconcevables si on peut réunir volonté politique, mobilisation collective et quelques moyens.

Mobiliser les acteurs locaux

Le « cas » Lejaby est exemplaire mais est-il reproductible hors dépôt de bilan, comme c’est le cas ici, et sans initiative de la plus haute autorité de l’État ? Les acteurs locaux (partenaires sociaux, acteurs économiques, collectivités ou responsables politiques) soucieux de valoriser les ressources industrielles et humaines de leur territoire peuvent-ils intervenir en faveur du réinvestissement des actifs industriels et humains dont une entreprise doit ou souhaite se séparer ? C’est aujourd’hui extrêmement difficile. La volonté politique ne manque pas mais le cadre qui permettrait aux parties intéressées de s’organiser et d’agir fait défaut.

Convaincre l’actionnaire

  • Syndex, en tant qu’expert économique du comité central d’entreprise de Lejaby, a accompagné une initiative syndicale comparable dans le cadre du précédent plan de restructuration formé en 2010 par le groupe Palmers, actionnaire. Ce plan a conduit à la fermeture des sites de production de Bourg-en-Bresse, Le Teil et Bellegarde-sur-Valserine, et à la suppression de près de 200 emplois.

Les organisations syndicales de Lejaby avaient alors proposé à la direction de négocier un accord par lequel elles demandaient la mise en place d’un groupe de travail multipartite et le lancement d’un processus de recherche de solutions industrielles externes avant de procéder à la fermeture des sites, en échange de leur acceptation du projet de restructuration et de l’organisation de départs volontaires. Mais un actionnaire ne voit que très rarement en quoi ce type de démarche pourrait servir ses intérêts. Au mieux, il y voit une source de complications, au pire, le risque de susciter un concurrent. Palmers est resté campé sur son projet de fermetures et n’a même pas accepté de discuter du projet d’accord ni de la recherche de solutions alternatives.

Réunir les conditions pour un projet alternatif

À cinquante kilomètres d’Yssingeaux, un groupe industriel employant un millier de salariés a souhaité arrêter une partie de sa production qui ne correspond plus à son axe stratégique de développement. Là encore, les organisations syndicales et le comité d’entreprise ont proposé la mise en place d’un groupe de travail associant partenaires sociaux, professionnels du secteur et acteurs locaux pour examiner dans quelle mesure un avenir autonome, hors du groupe, peut être trouvé à cette activité.

  • La direction de l’entreprise y a cette fois consenti, mais la démarche intervient tardivement, alors que le plan de licenciement qui résulterait de la fermeture de l’atelier est engagé.

Les obstacles surgissent de tous côtés : les actionnaires redoutent que leur désengagement ne puisse se réaliser conformément au projet initial, la direction craint de ne pouvoir respecter les délais prévus, les clients cherchent déjà de nouveaux fournisseurs, les salariés sont partagés entre le désespoir et la colère… Il est alors particulièrement délicat de réunir les conditions de faisabilité d’un projet alternatif, économiquement viable, en dépit de la qualité des savoir-faire concernés.

Créer un espace de discussion et d’action concertée

Ces constats, qui suscitent souvent le sentiment d’un incroyable gâchis, conduisent à proposer l’instauration d’un « droit d’inventaire », à disposition des acteurs locaux.

  • Il s’agit de créer un espace de discussion et d’action concertée préalable à la mise en œuvre d’une restructuration, avec pour objectif de normaliser la recherche collective de solutions alternatives à la disparition pure et simple des actifs désinvestis.

Les acteurs locaux trouveraient là le cadre qui leur fait défaut aujourd’hui pour évaluer la valeur des actifs matériels et humains dont l’entreprise n’a plus l’usage et, le cas échéant, intervenir effectivement dans la recherche et l’élaboration de projets de reprise ou de reconversion de ces actifs.

Est-ce à dire que cela permettrait de mettre un terme aux disparitions d’activités et suppressions d’emplois qui les accompagnent ? Bien sûr que non. Mais, que certaines puissent être évitées ne suffit-il pas pour que le jeu en vaille la chandelle ?


Auteurs> Dominique Paucard, Gilles Véron, consultants, membres du pôle restructurations du cabinet Syndex.

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