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L’histoire, un perpétuel recommencement ?
Si l’on s’intéresse à l’évolution de nos sociétés et à celle des civilisations, il semble que ce vieil adage attribué à Thucydide ait un certain fond de vérité : les mêmes causes engendrent les mêmes effets.
A grands traits je le concède, je pose quelques questions :
- N’y a-t-il pas des similitudes dans la vie d’une grande partie de la population mondiale aujourd’hui et dans celle des populations des siècles derniers ?
- N’y a-t-il pas autant de pauvreté, de guerres, d’atrocités, d’atteinte aux libertés et aux droits ?
- Est-ce que les guerres de religion n’ont pas fait leur retour dans le monde, et plus globalement est-ce que les obscurantismes de toutes sortes n’ont pas tendance à envahir à nouveau de nombreux esprits asservis par les réseaux sociaux ?
Bien entendu, le contexte économique et social d’aujourd’hui n’est plus le même que celui des siècles précédents. Des progrès considérables ont été réalisés au cours de ces dernières décennies pour produire une croissance fructueuse et améliorer la vie des gens.
Pour autant, quelles que soient les périodes - les causes : la quête de pouvoir, la recherche du profit à tout prix, les inégalités de revenu, les injustices - produisent les mêmes effets : la pauvreté, les atteintes à la démocratie, les guerres, l’asservissement des populations.
Personne ne niera que ce premier quart du 21ème siècle montre un retour à ces effets indésirables. Il est par ailleurs caractérisé - par la fulgurance d’une nouvelle révolution industrielle, la transformation numérique, dont les effets sur les populations, présents et à venir, apparaissent d’ores et déjà plus négatifs que positifs - par l’inefficacité sociale et environnementale d’un système économique qui génère de plus en plus d’inégalités - et par le retour des conflits mondiaux que naïvement l’on croyait révolus.
Puisque l’histoire semble être un perpétuel recommencement, pourquoi ne pas s’inspirer de celle des idées pour rebâtir une société fracturée en proie aux difficultés les plus grandes ?
Et notamment pourquoi ne pas s’inspirer à nouveau de l’esprit de la philosophie des Lumières et de ses idéaux de raison, d'égalité, d’émancipation, de liberté et de progrès responsable pour espérer construire un avenir plus juste et plus éclairé, à un moment où nous faisons face à des crises sociales, politiques, démocratiques et environnementales sans précédent ?
C’est la conviction du CIRIEC-France, et c’est la raison pour laquelle des recherches ont été engagées sur ce thème des Lumières. Inspirés par l’ouvrage de Pierre Bauby « Les Lumières du XXIème siècle » ( 2023 ), ces travaux ont pour objectif de voir comment dans un contexte de divisions croissantes et de défis globaux, les idéaux de cette philosophie du 18ème siècle peuvent servir de boussole pour redonner un sens positif à nos sociétés, et servir d’antidote pour garder raison, conserver notre esprit critique, lutter contre les atteintes aux libertés et à la démocratie.
Des premiers travaux ont conduit à l’élaboration par le collectif Galilée.sp d’un ouvrage collectif « Rallumons les Lumières » en cours d’édition. Il servira de support au colloque que le CIRIECFrance organisera à l’issue de son assemblée générale le 29 juin 2026 (informations à venir) Si l’esprit des Lumières est incarné au plan sociologique par de grands philosophes, Kant, Rousseau, Voltaire et tant d’autres, il l’est aussi au plan économique, et c’est moins connu, par Adam Smith, considéré comme le père des sciences économiques contemporaines, et Condorcet, mathématicien économiste, entre autres qualités.
Notre ami Thierry C.Pauchant, professeur émérite à HEC Montréal, et membre du CIRIEC-Canada, nous révèle après des recherches approfondies que ces deux grands philosophes ont clairement inspiré les fondements de l’économie sociale (« L’économie sociale de Condorcet et Adam Smith. Refonder l’économie face aux dérives actuelles, Classiques Garnier, 2026 »).
A partir de ses travaux, le CIRIEC-France va explorer l’idée d’un nouveau récit pour une économie politique qui serve avant tout l’intérêt collectif, et non plus les intérêts de quelques-uns.
Une journée d’étude est organisée le 28 mai prochain afin d’ explorer les implications de ce renversement de la logique économique habituelle, pour potentiellement développer de nouveaux récits, de nouvelles pratiques et des recherches futures pour gérer l’économie autrement, au bénéfice de toutes et tous.
L’objectif sera de tracer quelques pistes dans un ouvrage qui pourrait utilement accompagner les plaidoyers qui ne manqueront pas d’être publiés par les nombreuses organisations progressistes de ce pays à l’occasion de l’élection présidentielle française de 2027, élection à hauts risques pour l’avenir de notre démocratie et de nos libertés. Il est effet plus qu’urgent que notre monde retrouve la raison, que le débat d’idées regagne ses lettres de noblesse, que la liberté et la démocratie soient sauvegardées dans le respect des opinions et de la liberté de conscience, que la justice sociale devienne enfin une valeur phare de notre système productif.
Et surtout que l’on n’oublie pas l’histoire et ses périodes les plus sombres !
« Ceux qui ne tirent pas les leçons de l’histoire sont condamnés à la répéter » (Winston Churchill)