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07 / 05 / 2026 | 9 vues
Jean Louis Cabrespines / Membre
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Et si on parlait d'argent

Quand Aéma Groupe nous interroge sur la culture financière des Français.

 

Le 12 mars dernier, Aéma Groupe et le CESE organisaient une conférence sur « la culture financière des Français : un levier pour réussir les transitions ? » à l’appui des travaux de l’Observatoire de la Protection (1) qui a pu présenter la 5ème édition du Aéma portant sur la culture financière des Français (2).

 

Cette conférence, regroupant à la fois des acteurs de l’ESS et ceux de l’investissement était riche tant elle interrogeait sur notre méconnaissance de ce qui touche à la culture financière et l’importance d’acquérir des bases pour chacun et pour tous, permettant une meilleure orientation de l’épargne. Rémi Cerdan, président du comité d’orientation de l’Observatoire de la Potection, indique, à ce propos que l’épargne individuelle sert à mettre en place une protection collective. Mais surtout on a pu voir combien elle est importante pour donner à chacun, quels que soient sa classe sociale ou son territoire, tous les outils permettant une meilleure compréhension de ce que sont les questions de finance et d’épargne et pour mieux maîtriser son environnement financier.

 

Les différentes interventions ont pu démontrer combien l’acquisition d’une meilleure culture financière était une nécessité pour tous, la connaissance des jargons utilisés, la compréhension de l’utilisation de l’argent, la confiance (ou non) sont autant de paramètres que nous pouvons appréhender pour mieux orienter nos investissements, aussi petits soient-ils et pour permettre une épargne porteuse de projets. Pascal Michard, président d’Aéma Groupe posait clairement la question : « Et si l’éducation financière était l’un des outils les plus concrets pour mieux traverser les transitions ? » soulignant que « L'argent ne dort pas, il circule.

 

Comprendre ce cycle, c'est comprendre que l'épargne façonne le réel. » Il rappelle que « d’après le dernier Baromètre de l’Observatoire de la Protection d’Aéma Groupe, seuls 51 % des Français déclarent bien connaître les solutions d’épargne et d’investissement. Sans une meilleure compréhension des mécanismes financiers, il est plus complexe de mobiliser les Français pour financer et soutenir les grandes transitions. » La majorité des intervenants ont souligné combien il était important de faire acquérir une culture financière et de la faire partager par tous pour mieux construire l’avenir au travers de regards croisés d’acteurs venant de mondes différents, tant de l’ESS que du secteur financier.

 

Thierry Beaudet, président du CESE, a souligné à ce propos que « L'éducation financière ne doit pas être un instrument d'optimisation fiscale pour initiés ou un creuseur d'inégalités, mais un outil d'émancipation », ajoutant « C'est la base d'une démocratie financière : des citoyens éclairés, capables de décider en conscience ce que leur argent finance ou refuse de financer. ».

 

Car c’est bien de cela qu’il s’agit, et l’Observatoire de la Protection s’en fait le porteur : mieux informer, mieux éduquer pour libérer et émanciper. Adrien Couret, directeur général d’Aéma Groupe, l’a très bien illustré : « expliquer à quelqu'un qu'il doit investir dans une assurance vie en unités de compte sur des ETF (Exchange Traded Fund) (3) : pour nous, c'est une seconde nature.

 

Pour l'épargnant, c'est un double discours.

 

À nous de communiquer clairement, quitte à bousculer le système ». il a ainsi démontré combien le discours sur la finance pouvait être hermétique à celui qui ne le maitrisait pas au quotidien et de ce fait créer de la défiance.

Pour en faire un outil d’émancipation, il faut accepter de parler un langage compréhensible par tous, parler de ce qui préoccupe les personnes, de leur quotidien et de ce que représente l’argent et l’épargne. La culture financière des français est un obligation si nous voulons réduire les écarts.

 

Reprenant les propos de Pascal Michard, nous constatons que les échanges ont permis de dégager 5 constats importants qui doivent servir à une meilleure prise en compte de la culture financière des français :

 

- Un déficit persistant de culture financière (Plus d’un Français sur deux déclarent mal connaître le système financier. La France obtient un score moyen de 12,82/20 en culture financière.

- Un paradoxe français : beaucoup d’épargne, mais peu orientée (Les Français détiennent près de 6 000 milliards d’euros d’épargne. Le taux d’épargne atteint 17 à 19% des revenus, contre 4% aux États-Unis.

- Un manque de connexion entre épargne et économie réelle (Seulement 10% des épargnants connaissent ou investissent dans le non coté, pourtant essentiel pour financer les entreprises et les transitions.)

- Des inégalités persistantes face à la finance (64% des hommes déclarent connaître les produits financiers liés aux transitions, contre 45% des femmes).

- Les réseaux sociaux deviennent un levier d’éducation financière (20% des jeunes s’informent sur ces sujets via les réseaux sociaux, contre 8% de la population). Quel regard des institutions sur la culture financière des Français ? Mais au-delà de cette journée, se préoccuper de la culture financière des français, c’est tenter de voir comment tous les acteurs concernés par cette question appréhendent la situation et formulent des réponses à apporter.

 

Curieusement, nous ne retrouvons aucune analyse qui reprendrait les indicateurs précisés par Pascal Michard, ou alors avec une vision optimiste de la perception des français par rapport aux finances.

Ainsi, l’enquête menée par CSA pour la Banque de France et l’OCDE sur la culture financière du grand public – 2026, publiée le 06/05/2026, sur la base du questionnaire de l’OCDE, auprès de plus de 2 000 Français âgés de 18 ans et plus, entre le 15 janvier et le 9 février 2026 donne un premier éclairage (4).

 

Plusieurs points viennent souligner les difficultés de français quant à la question de leur argent, mais la communication sur son site, par la Banque de France, uniquement statistique, ne reflète qu’incomplètement la situation des français et l’on pourrait avoir le sentiment que tout va bien5, l’accroissement de la misère n’étant qu’une vision pessimiste de la société ou un argument militant pour critiquer la situation économique et sociale. Pour elle, nous sommes face à « Un score global de culture financière en progression : Avec un score global de 12,82 sur 20, la culture financière des Français poursuit sa progression, en hausse de 3% par rapport à 2023.

 

Ce score global repose sur trois composantes :


- Les connaissances financières : Les Français s’intéressent de plus en plus à l’actualité et aux sujets financiers, en particulier les jeunes : 41 % déclarent s’y intéresser, contre 36 % en 2023. Ils se sentent également mieux informés, de manière fiable et neutre, sur les questions financières.

 

Néanmoins, certains thèmes — tels que les mécanismes des taux d’intérêt, les principes économiques ou encore les fondamentaux de l’investissement — restent à rendre plus accessibles.


- Les attitudes à l’égard de l’argent : Le score d’attitudes, qui reflète la relation à l’argent, est stable (2,23/4 contre 2,35/4 en 2023). Plus des trois quarts des Français suivent attentivement leur situation financière et plus de la moitié considèrent qu’ils font des efforts pour sécuriser leur avenir financier.


- Les comportements financiers : Le score de comportements financiers affiche une forte progression, soit 10% par rapport à 2023.

Les pratiques se renforcent à plusieurs niveaux : Près des deux tiers des Français utilisent une application bancaire ou un outil de gestion pour suivre leurs dépenses ; Un Français sur deux établit un budget prévisionnel pour gérer ses revenus et ses dépenses ; Près d’un Français sur deux programme des virements bancaires permanents afin d’épargner chaque mois. » Avec, quand même, un bémol : « Cependant, si la majorité des Français déclarent avoir confiance en leur banque, plus d’un tiers, notamment les plus jeunes, indique avoir recours à des outils d’intelligence artificielle pour obtenir des conseils financiers.

Par ailleurs, plus d’un tiers a été en situation de découvert bancaire au cours des douze derniers mois et la part de Français confrontés à une situation d’endettement est en progression par rapport à 2023.

Au-delà des scores, l’enquête apporte un éclairage sur les choix des Français en matière d’épargne et de retraite. Elle montre qu’une large majorité met de l’argent de côté et que nombreux sont ceux qui envisagent d’utiliser leur épargne pour financer leur retraite, notamment les jeunes de 18 à 34 ans. »

 

Si l’on lit attentivement l’enquête elle-même, on constate que tout n’est pas aussi positif :


- Les Français s’endettent plus qu’en 2023 (57 % contre 51 %), les arnaques financières se multiplient, et 38 % des 18-24 ans déclarent avoir consulté une intelligence artificielle pour des conseils financiers.


- Les obligations financières sont plus difficiles à honorer pour les populations CSP- et moins diplômés. C’est également le cas pour les moins de 50 ans, qui sont davantage préoccupés par les finances et ont encore des dettes, contrairement aux populations plus âgées.


- La capacité à faire face à des évènements négatifs financiers (perte de revenus, dépenses importantes ou imprévues…) est fortement corrélée à la catégorie socio-professionnelle du Français et à son niveau de diplôme, deux critères influençant le revenu.


- Les Français sont assez pessimistes quant à leur capacité à poursuivre complètement leurs objectifs et aspirations (c’est-à-dire réaliser les projets qu’ils souhaitent dans la vie). Ils ressentent des limitations financières, cela vaut même auprès des CSP+ et plus diplômés.


- Les Français de manière générale ressentent que leur vie est en partie conditionnée par leurs finances et ils craignent de ne pas toujours en avoir assez sur le long terme.

 

Cependant, certains profils sont davantage satisfaits de leur situation financière actuelle et la ressente pour l’instant sous contrôle : les CSP+, inactifs et plus hauts diplômés.

 

Face à cette situation, l’Éducation Nationale a décidé de mettre en place une formation sur « les bases de l’économie » généralisée en classe de 4e (6) : « Cette formation, menée avec la Banque de France et le ministère des finances, consiste en des sessions de sensibilisation autour de la gestion d’un budget, des moyens de paiement, des mécanismes de l’économie à plusieurs échelles, dispensées par des enseignants ». Il s’agirait de proposer un « passeport d’éducation économique, budgétaire et financière (Educfi) », généralisant ainsi une formation s’adressant à certains collégiens et lycéens depuis 2019. Elle s’adressera à toutes les classes de 4e. Une expérimentation au lycée général et technologique ainsi qu’un renforcement en voie professionnelle sont aussi prévus pour 2027.

Des sessions de sensibilisation autour de la gestion d’un budget, des moyens de paiement, des mécanismes de l’économie à plusieurs échelles, dispensées par des enseignants par souci de neutralité permettraient d’aborder les « règles de base de l’économie » selon le ministre de l’éducation nationale Edouard Geffray, pour « garantir à chaque jeune l’acquisition de compétences financières » fondamentales au cours d’ateliers de deux heures pour douze heures prévues dans le programme des élèves en voie professionnelle, car leurs besoins sont plus immédiats, « ils commencent à toucher du doigt l’économie financière », a justifié Marguerite Collignan, directrice de l’éducation financière à la Banque de France. Selon Le Monde, « Pour le ministre de l’économie, Roland Lescure, il existe un besoin urgent de « mieux éduquer » la population en matière budgétaire et financière, de protéger de l’endettement, des arnaques, « notamment les jeunes », a-t-il souligné ».

 

Qu’en penser ?

c’est sans doute un premier pas pour l’avenir, mais cela mériterait d’être accompagné d’un vrai plan en direction de toute la population.

 

Les entreprises de l’ESS, des acteurs importants à ne pas négliger

 

Nous pouvons alors nous demander comment l’ESS pourrait être partie prenante dans cette action. Sans faire une liste exhaustive, nous pouvons dire qu’elle l’est déjà grandement, avec des moyens insuffisants pour une mission de service public et d’intérêt général : rendre les Français plus conscients de l’importance d’une gestion saine et de leur investissement dans leur épargne. Intégrer les acteurs de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS) pour développer la culture financière des Français est une approche innovante, inclusive et ancrée dans les territoires.

 

L’ESS, avec ses valeurs de solidarité, coopération et utilité sociale, peut jouer un rôle clé pour toucher des publics souvent exclus des circuits traditionnels (jeunes, précaires, ruraux, etc.).

 

Les atouts de l’ESS tiennent surtout à leur proximité territoriale (réseaux ancrés localement : associations, coopératives, mutuelles), à la confiance que peuvent avoir les personnes à l’égard des structures (perçues comme neutres et désintéressées (vs banques ou assureurs privés), la mise en place de pédagogies adaptées acquises au fil de l’intervention de nombre d’entreprises de l’ESS (approche concrète, participative et non jargonnesque), l’intervention reconnue auprès de publics fragiles (expérience dans l’accompagnement des personnes en difficulté) ou l’existence de modèles économiques alternatifs (Promotion de l’épargne solidaire, des monnaies locales, etc).

 

A l’image de la démarche engagée par Aéma Groupe, il serait bon que les structures de l’ESS concernées par ces questions s’engagent dans une action de fond qui permette de toucher les publics repérés comme ayant besoin d’une véritable culture financière. *****
 

 

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1) L’observatoire de la Protection Aéma : https://www.aemagroupe.fr/nos-combats/lobservatoire-de-la-protection/


2) Le cahier by l’observatoire de la protection Aéma sur « la culture financière des Français : un levier pour réussir les transitions ? » : https://www.aemagroupe.fr/wp-content/uploads/2026/03/Aema_LivretSF_WEB.pdf

3) ETF = Exchange Traded Fund, également appelé tracker, est un fonds indiciel qui cherche à suivre le plus fidèlement possible l'évolution d'un indice boursier, à la hausse comme à la baisse. Les ETF sont des fonds d'investissement émis par des sociétés de gestion et agréés.


4) Banque de France : https://www.mesquestionsdargent.fr/budget/resultats-de-lenquete-sur-la-culture-financiere-du-grand-public-2026


5) Il est préférable d’aller voir directement l’enquête qui donne une vision plus contrastée de la situation des français face à l’argent : https://www.mesquestionsdargent.fr/system/files/2026-05/CSA%20pour%20Banque%20de%20France_Rapport%20EDUCFI%20Grand%20Public%202026_pour%20publication.pdf

6 )Article Le Monde – 06 mai 2026 : https://www.lemonde.fr/education/article/2026/05/06/education-financiere-une-formation-sur-les-bases-de-l-economie-generalisee-en-classe-de-4e_6686162_1473685.html

 

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