Grand angle
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15 / 06 / 2020 | 247 vues
Rodolphe Helderlé / Journaliste
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Devoir d’alerte des élus des conseils d’administration de l'ESS quand les conditions de travail dérapent

Dans Souffrance en milieu engagé, Pascale-Dominique Russo considère que les élus des conseils d’administration des mutuelles et des associations ne siègent pas que pour valider des orientations politiques. Ils ont le devoir de mettre la pression sur les directions générales quand les RPS deviennent trop importants.
 

Les mutuelles et les associations sont des entreprises comme les autres, qui exposent aussi leurs salariés aux risques psycho-sociaux. La dernière édition du baromètre de la qualité de vie au travail (QVT) dans l’économie sociale et solidaire (ESS) portée par la mutuelle Chorum révèle que 47 % des 4 800 salariés répondants considèrent que leur QVT s’est dégradée, notamment en raison de changements d’organisation mal amenés et souvent synonymes de surcharge de travail. 


Dans Souffrance en milieu engagé, Pascale-Dominique Russo, journaliste spécialiste de l’ESS, témoigne des conséquences des profondes transformation à l’œuvre dans ces entreprises de l’ESS positionnées sur des marchés où règnent concurrence et appels à projets. Cette souffrance puise notamment sa source dans les contradictions vécues par des salariés entre les engagements sociaux affichés et la réalité du management interne. Une contradiction vécue par l'auteur alors qu’elle était elle-même salariée de Chorum et partagée par 38 % des répondants du baromètre de l’ESS en 2019, contre 33 % en 2014. 

 

Souffrance

Auto-censure


Pascale-Dominique Russo a attendu de quitter Chorum et qu’une nouvelle gouvernance s’installe pour publier son livre sur un milieu dans lequel on apprécie particulièrement de régler les conflits en interne en faisant le moins de vagues possibles à l’externe… L’auto-censure est forte car il ne s’agit pas de nuire à l’objet social, au risque d’être ,au mieux, considéré comme déloyal. Rares sont les syndicats comme la CGT Macif qui rappelle régulièrement et publiquement les écarts entre les valeurs mutualistes affichés et les conditions de travail des salariés. Si la Macif se trouve largement mentionnée dans l’ouvrage, la direction, elle, n’a pas souhaité apporter son écho. Cet activisme de la CGT maison interroge la position de l’administrateur CGT désigné par la confédération pour siéger au côté des 16 autres administrateurs élus par l’assemblée générale où l’on retrouve ceux désignés par la CFDT et FO. La vocation de ces administrateurs syndicaux n’est pas de s’immiscer dans la dialogue social du groupe mutualiste. Ils cohabitent lors des conseils d’administration avec les deux administrateurs, avec voie délibératives, explicitement désignés pour représenter les salariés de la Macif.

Contre-pouvoirs

« Les questions liées aux ressources humaines ne font pas partie des prérogatives des administrateurs élus mais ils devraient avoir le devoir d’intervenir auprès de la direction générale en cas de risques d’altération de la santé des salariés. Il est temps de changer et de clarifier le rôle des élus », considère Pascale-Dominique Russo. Les choses sont clairement entendues de cette façon pour Thomas Branchette, président de Chorum, « si l’on constate des formes de harcèlement ou de management déviant ».

 

Encore faut-il que le président élu soit en mesure de remettre les modes de management impulsés par la direction générale en question. Surtout depuis 2016 et la directive européenne Solvabilité 2 qui impose la désignation d’un directeur général comme dirigeant effectif de la mutuelle aux côtés du président élu du conseil d’administration. Même tendance à l’affirmation du poids des directions générales dans des associations comme SOS et France terre d’asile où « l’équilibre entre l’exécutif qui gère d’un côté et les élus qui contrôlent le projet politique de l’autre n’est pas respecté ». Et Pascale-Dominique Russo d’ajouter que « le tandem que forment le président et le directeur général est en soi problématique si l’esprit critique est absent et trouve ses limites s’il y a trop de consanguinité ».