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03 / 06 / 2019 | 3333 vues
Vincent Hernandez / Abonné
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Projet Hercule chez EDF : une idéologie basée sur un dogme ultra-libéral

Chez EDF, nous ne pouvons que constater que le dialogue social n’est pas au beau fixe. En effet, le projet de nouvelle organisation des activités d’EDF demandé par le gouvernement au président Jean-Bernard Lévy s’est étalé dans la presse avant tout échange avec les organisations syndicales… Inacceptable pour nous  sur la forme et encore plus sur le fond du sujet !
 

Hercule à la solde de qui ?
 

Le scénario est baptisé Hercule : tout un programme ! Selon les éléments rendus publics, cela s’apparente à une véritable tragédie grecque en termes économiques, industriels et sociaux. À n'en pas en douter, le titre a dû être savamment étudié et les acteurs triés sur volet. Dans la mythologie, les douze travaux attribués à Hercule devaient servir à sa purification.
 

En ce qui concerne le groupe EDF, la purification risque se traduire par une purge des emplois. Seule variable d’ajustement déjà fortement utilisée ces dernières années qui engendre une dégradation des conditions de travail, une augmentation des risques psycho-sociaux et une souffrance au travail. À la lecture des éléments parus dans la presse, nous pouvons imaginer ce que pourront être les 12 travaux de ce projet :
 

1. mettre en œuvre les orientations d'Emmanuel Macron et ceux des banquiers d’affaires qui en sont proches ;

2. isoler le nucléaire ;

3. externaliser les activités ;

4. tuer le commercialisateur ;

5. tuer les fonctions de support et tertiaires ;

6. fragiliser Énedis et ses concessions ;

7. tuer le statut des IEG en dépit des assurances données, comme cela se passe déjà aujourd’hui (CDI non statutaires, filiales hors statut, quasi-fin des AMADOE…) ;

8. liquider notre régime de retraite ;

9. nettoyer les comptes à grands coûts de restructurations ;

10. recueillir les fruits du travail des salariés pour le distribuer au monde de la finance ;

11. dompter les mass médias ;

12. et finalement détruire le groupe EDF, Hercule en étant la première étape. Souvenez-vous des promesses de Nicolas Sarkozy en 2004 de ne pas privatiser GDF !


Notre fédération n’acceptera pas un scénario qui privilégie une idéologie basée sur un dogme ultra-libéral où l’intérêt général est sacrifié au profit des intérêts du privé.


Hercule peut donc retourner d’où il vient. Nous préférons de loin Marianne, symbole de la République et de ses valeurs.

L’avenir qui semble se dessiner laisse entrevoir la fin du service public. Le domaine de l’énergie n’échappe pas à cette attaque en règle, alors que les services publics font partie de l’ADN du système républicain français. Plus largement, cela correspond à la destruction d’un modèle social qui a fait ses preuves durant plusieurs décennies.
 

Services (ré)public(ain)s menacés
 

Sur les frontons de nos édifices publics sont inscrits les mots liberté, égalité et fraternité. Nous y ajoutons laïcité. Quels sens ces mots représentent-ils pour ceux qui dirigent notre pays ces dernières années ? Ces valeurs fondatrices de notre République ne doivent pas être détournées de leur sens premier et doivent permettre de proposer un avenir serein aux générations futures. Les services publics permettent d’offrir des droits identiques à tous et, de fait, contribuent à une égalité de traitement. En cette période trouble, cela contribue à faciliter le « vivre ensemble » et à réduire les courants du chacun pour soi.

 

Nos gouvernants, les dirigeants d’entreprises et les vautours des banques d’affaires devraient veiller à ne pas mettre ces valeurs en péril par les politiques qu’ils mettent en œuvre. Sous prétexte de modernisation, les stratégies de rentabilité, de désindustrialisation et d’externalisation ne cessent d’accroître les inquiétudes et la perte de repère des salariés, des retraités et de l’ensemble de nos concitoyens. En revanche, l’inquiétude n’est pas synonyme d’acceptation ou de soumission, le contexte actuel en est le parfait exemple. Cette frénésie destructrice sur le plan industriel et social ne produira rien de bon, ni pour le pays, ni pour les entreprises et encore moins pour les citoyens. Les gouvernants doivent cesser d'ignorer les corps intermédiaires que sont les représentants du personnel. Ne pas les entendre serait un non-sens et une preuve d’irresponsabilité flagrante.

 

Le Service public de l’énergie appartient à ses salariés, agents et usagers.

 

Depuis 1946, EDF rend un service public performant aux Français grâce au travail des salariés pleinement investis au service de l’intérêt général. L’électricité ne peut et ne doit pas faire l’objet d’un jeu politico-financier car c’est un bien de première nécessité. Plus que jamais, il faudra résister à cette attaque et agir pour ne pas subir. EDF doit rester un groupe intégré avec ses activités de production, de réseaux et de commercialisation et de services avec ce modèle qui a fait ses preuves depuis 1946. La situation financière du groupe n’est que le résultat de décisions politiques et des choix de certains dirigeants de l’entreprise, il serait inadmissible que ce soit aux salariés et aux citoyens d’en payer le prix.

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