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20 / 05 / 2026 | 6 vues
Régis Petit / Abonné
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Projet de territoire : on ne construit jamais seul

Le 19 mai dernier, le Conseil Scientifique de l’ADGCF a achevé son cycle de séminaires dédié à la fabrication d’une nouvelle génération de " projets de territoire ", démarche sur laquelle nous allons a priori tous, élus et services des communautés & métropoles, plancher au cours des prochains mois.

 

Comment partir des limites physiques et des ressources de son territoire pour construire sa trajectoire, comment prioriser la notion d’" habitabilité " et la réponse aux besoins essentiels de ses habitants pour déterminer la vocation économique de l’intercommunalité et ses choix en matière d’aménagement, comment négocier les stratégies de bifurcation avec l’ensemble des représentants des intérêts catégoriels locaux...

 

Ce sont là les trois enjeux initiaux susceptibles, aux yeux de l’ADGCF, d’établir une grammaire territoriale inédite à partir d’une révision des critères définissant ce qui fait la " bonne santé " d’un territoire. C’est une vraie rupture de modèle que nous proposons dans la construction des projets de territoire qui constituent l’essence même de la dynamique intercommunale et qui engagent le devenir de nos contemporains mais aussi des prochaines générations à l’échelle locale et dont nos " voisins " sont forcément parties-prenantes.



Cette question de l’appréhension des " voisins ", autrement dit de notre environnement territorial, c’était précisément l’objet de ce dernier séminaire de notre Conseil Scientifique.

 

Comme le note le géographe Martin Vanier, jusque-là, les projets de territoire se sont inscrits dans un processus d’auto-référencement.


En synthèse : au stade un, on produit un état des lieux du territoire pour affirmer sa singularité ; au stade deux, on produit un énoncé stratégique ; et au stade trois, on produit une feuille de route, preuve que l’intercommunalité a des " capacités à faire ".

 

Certes, généralement on regarde ce qui se passe autour de nous via une analyse des flux socioéconomiques mais, reconnaissons-le, sans en tirer les conséquences en termes de collaboration. En bref, force est de constater que l’on ne sort pas d’une posture souverainiste en matière d’élaboration du projet de territoire. Or, le contexte dans lequel évoluent aujourd’hui les intercommunalités oblige à penser cette relation à l’" autre ".


En effet, la contrainte financière va tout d’abord conduire bon nombre de communautés & métropoles à " faire projet " de leurs renoncements : potentiellement moins de promesses, moins d’interventions, moins de cofinancements.


La contrainte écologique ensuite : nous sommes déjà rattrapés par le dépassement irraisonné de nos consommations en eau, en foncier et par la dégradation de notre biodiversité. Le désenchantement démocratique enfin, qui nous oblige à redéfinir le cadre de mobilisation de la société civile. 



Pour l’ADGCF, l’échelle de ces problématiques n’est pas l’échelle de leur résolution. Nous sommes entrés dans une ère de pénurie financière, de raréfaction de la ressource naturelle et de fatigue civique qui doit nous conduire à trouver de nouveaux schémas d’interdépendance avec nos voisins, c’est-à-dire à coopérer et à construire des compromis avec les territoires périphériques, quels qu’ils soient —métropolitains, périurbains, ruraux—.

 

A ce titre le projet de territoire doit être le levier de l’inter territorialité, il doit dépasser le discours de la proximité réduit à " on fait pour nous et par nous ".

 

Face au vertige des vulnérabilités qui frappent nos territoires et nos concitoyens, il nous faut regarder plus grand en permanence, davantage investir les cadres technico-programmatiques —SCoT, PNR, Pays et PETR, pôles métropolitains— et identifier les parties-prenantes qui influent sur la trajectoire de notre territoire mais qui n’entrent pas dans son périmètre.

 

On ne peut plus construire seul.

 

Les  crises que nous traversons —accentuées par la guerre au Moyen-Orient et ses effets sur notre approvisionnement énergétique— tendent à renforcer, voire accélérer la tendance au " chacun chez soi " désormais érigé en valeur refuge alors que les défis que nous aurons à relever au cours de la prochaine décennie ne pourront l’être que collectivement.

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