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16 / 07 / 2021 | 76 vues
Christine Simon / Abonné
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Nouveau plan stratégique : la Poste 2030 engagée avec qui et comment ?

Après avoir consulté 140 000 postiers, la Poste a établi un plan stratégique pour 2021-2030, lequel va s’articuler sur sept axes prioritaires stratégiques :

  1. servir les clients au plus haut niveau de qualité, rester l’intermédiaire privilégié des clients et conquérir de nouvelles clientèles (professionnels, jeunes…) ;
  2. s’affirmer toujours plus présente, grâce à la puissance combinée de ses réseaux physiques, numériques et humains, au service des clients et du développement ;
  3. accélérer la transformation numérique, développer les services de confiance numérique et contribuer à l’inclusion numérique ;
  4. s’engager en tant qu’entreprise leader de la transformation écologique et la rendre accessible à tous ;
  5. devenir une entreprise à mission dont l’activité crée un effet positif pour la société et donner les preuves de sa responsabilité citoyenne, sociale et sociétale ;
  6. dépasser les frontières géographiques en captant la croissance internationale ;
  7. renforcer la fierté d’être postier, présenter un nouveau pacte social et une nouvelle organisation permettant l’agilité.

 

Maintenant, il s’agit de savoir de quels moyens la Poste dispose face aux ambitions annoncées. Elle affiche sa volonté de s’appuyer sur un modèle de complémentarité entre le développement de nouvelles activités dans un environnement concurrentiel et l’exercice de ses missions de service public. Cependant, cette stratégie ne pourra tenir que si l’État prend ses responsabilités en matière de financement desdites missions.

 

L’ex-député du Lot Jean Launay vient de remettre un rapport sur le sujet au Ministre de l’Économie. Autant dire que, à la lecture de ce rapport, notre organisation syndicale a été entendue. En effet, à l'instar de notre organisation, Jean Launay rappelle que « le service universel postal qui garantit la possibilité pour chacun d’envoyer et de recevoir des courriers et des colis sur l’ensemble du territoire 6 jours sur 7 et à un tarif abordable constitue le cœur de la mission confiée à la Poste par l’État ». De plus, il affirme que « les compensations fiscales et budgétaires ne peuvent attendre (…) le traitement du déficit des missions service public d’une année ne peut être renvoyé à l’année suivante. Il en va de la lisibilité, de la sincérité des comptes de l’entreprise et de la sincérité de l’État, qui plus est, est actionnaire ».

 

Pour l’heure, l’État laisse le déficit de cette mission (par nature non rentable) s’accumuler. Aujourd’hui, plus d’un milliard par an n’est pas financé. Comment la Poste peut-elle se réinventer et innover avec un tel handicap financier ? Comment être leader dans la transition écologique, capter la croissance internationale et accélérer la transformation numérique ?

 

La seconde condition sine qua non de la réussite de ce nouveau plan tient dans l’humain. La Poste ne pourra pas réussir sans les postiers qui seront nécessairement les premiers acteurs de cette réussite.

 

Mais comment cela pourrait-il se faire sans la reconnaissance de leurs efforts ? La première des reconnaissances est bien évidemment l’amélioration rapide et substantielle des traitements et des salaires. Parce que la précarité salariale n’a que trop duré et que la baisse du pouvoir d’achat des postiers est alarmante. Nous n’avons de cesse d’interpeller la Poste et de revendiquer des salaires à la hauteur de l’investissement de tout le personnel.

 

À cette reconnaissance pécuniaire, s'ajoute la question des conditions de travail. S’il est nécessaire de se réinventer pour avancer, l’évolution économique ne doit pas s’accompagner d’une casse sociale à grande échelle. Or les réorganisations à la fois incessantes et faites dans l’urgence, les nombreuses suppressions d’emplois entraînent aujourd'hui une dégradation des conditions de travail sans précédent à laquelle se rajoute la perte de sens et de repères. La question de l’emploi est centrale : dimensionnement, qualification, formation, évolution professionnelle et promotion, tout cela doit faire l’objet d’une véritable réflexion et aboutir à des projets porteurs d’avenir pour chaque postier.

 

L’accord social, récemment finalisé, aurait pu constituer une réponse. Or l’emploi n’y est pas traité ou que très partiellement et sans la moindre prévision de moyens. Les nombreuses propositions et revendications portées par les négociateurs de FO com' ont permis de belles avancées. Mais cet accord ne donne finalement pas les garanties suffisantes et les perspectives d’avenir aux postiers que ces derniers sont en droit d’attendre, ce qui n’a pas permis à notre organisation syndicale d’apposer sa signature entre autres.

 

Le plan stratégique va donc se déployer sans engagement social fort de la part de la Poste. Si notre fédération ne cautionne pas ce plan qui reste d'ailleurs du rôle et des prérogatives de l’employeur, elle accompagnera et défendra les postiers avec la même détermination pour :

  • préserver les emplois,
  • revendiquer l’augmentation des rémunérations,
  • améliorer les conditions de travail,
  • et revendiquer les formations nécessaires à la réussite des projets professionnels.


Quel que soit le plan stratégique, la Poste ne pourra jamais avancer, évoluer, développer de nouvelles activités, défendre et assurer ses missions de service public sans le savoir-faire et l’engagement des postiers. Comment placer le client au cœur de la stratégie sans postiers reconnus ? Comment prendre le virage de la numérisation sans postiers motivés ?

Nous ne cessons  de rappeler aux dirigeants de la Poste que les postiers constituent la première richesse du groupe.

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