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30 / 01 / 2026 | 8 vues
Valentin Rodriguez / Abonné
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La recherche : une préoccupation de second plan ?

Désormais reconnue comme facteur majeur de compétitivité, la recherche publique a le vent en poupe dans la plupart des pays industrialisés. Sauf en France, où la loi de programmation de la recherche (LPR) n’offre pas le sursaut qu’elle promettait lors de son adoption, il y a 5 ans. Focus sur une nouvelle exception française...

 


« Nous avons des capacités d'innovation et de recherche de classe mondiale, et nous les améliorerons », a plastronné Emmanuel Macron lors de son discours au forum économique de Davos, le 20 janvier. Pourtant, la réa- lité des chiffres offre une vision du sujet très différente.


Porter l’effort national de recherche à 3 %, on en est encore loin.


C’était pourtant l’un des principaux objectifs phares de la loi de programmation recherche (LPR), adoptée en 2020. Le texte matérialisait une promesse : 25 milliards d’euros supplémentaires sur dix ans afin de combler le retard français en matière de recherche et développement (R&D), d’améliorer  l’attractivité des carrières scientifiques et de renforcer les liens entre recherche publique et industrie.


En 2024, la dépense intérieure de R&D stagnait à 2,18 % du PIB, en recul par rapport à 2022. De quoi se demander si l’Etat est réellement capable –ou désireux– d’être à la hauteur de ses ambitions scientifiques et industrielles à long terme.


Cinq ans après l’adoption de la LPR, elle semble même encore plus fragilisée par les contraintes financières de l’État, qui risquent de reléguer la recherche au rang des sacrifiés. Pour la sécuriser, une clause de revoyure triennale avait pourtant été prévue afin d’ajuster les moyens « au regard de la conjoncture économique et des besoins du système de recherche ».

 

Problème : elle n’a jamais été enclenchée, malgré une consultation organisée en mars 2025 par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.


LA LPR À LA DÉRIVE


Depuis le lancement de cette consultation, le sujet semble même avoir été relégué au second plan, le psycho-drame budgétaire occupant le devant de la scène. Le terme de « sous-exécution » persistante depuis trois ans a même été lâché par le ministère. Un constat très insuffisant pour le monde de la recherche, qui déplore que, loin d’enrayer le décrochage français, la LPR est en train de l’accentuer.


Pendant que d’autres pays investissent massivement, La France rogne tous ses budgets. Pourtant, comme le martèle de longue date notre fédération , l’investissement dans la recherche publique est plus que gagnant, en ce qu’il irrigue la recherche privée et constitue donc la condition sine qua non de l’innovation…


Sans recherche publique, Apple n’aurait pas pu développer l’iPhone, faute d’écran tactile, d’internet, de GPS ou d’assistant vocal…


Au centre du jeu, les établissements publics de recherche font face à une contraction budgétaire violente, du fait des charges non compensées qui s’accumulent. Le cas du CNRS est emblématique de cette situation : subventions votées qui dégringolent, cotisations retraite qui s’envolent, sans oublier mesures salariales et protection sociale complémentaire, pour un total représentant environ 450 millions d’euros sur 2025 et 2026.

 

Pour 2026, le CNRS a fait voter un budget initial en déficit de 239 millions d’euros, absorbé par sa trésorerie ; une manœuvre que l’institution ne pourra pas renouveler.


UNE INDUSTRIE PRÉOCCUPÉE


Relativement épargnés par les coupes budgétaires directes, les industriels s’inquiètent néanmoins de la fragilisation de l’écosystème de recherche.


Ainsi de Thalès, par exemple, dont la R&D s’appuie sur un réseau dense de collaborations académiques, notamment avec le CNRS, l’Inria et le CEA.


Dans ce contexte, la remise en question du crédit d’impôt recherche (CIR), qui représente près de 8 milliards d’euros par an, refait surface. Notre organisation a déjà livré son analyse sur ce dispositif dans un de ses livres blancs, le jugeant aussi opaque que peu efficace, une bonne partie des crédits alloués étant utilisés pour des usages sans lien direct avec la recherche.

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