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14 / 06 / 2024 | 546 vues
Jacky Lesueur / Abonné
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« La durabilité ? Un nouveau modèle inclusif de performance »

Nouvelle boussole de l’engagement sociétal mais aussi levier de performance, la durabilité est désormais une opportunité pour les entreprises et un incontournable dans leur stratégie. Comment, dès lors, l’activer intelligemment pour l’inscrire dans l’avenir du modèle mutualiste ?  Octave (*) a posé la question à Nicolas Gomart, directeur général du Groupe Matmut, et Stéphanie Boutin, membre du Comex en charge des directions RSE et communication.

 

En quoi la durabilité intéresse-t-elle particulièrement un groupe comme la Matmut ?

 

Nicolas Gomart : La réponse se trouve dans l’essence même de notre activité. Du fait de notre métier d’assureur, nous sommes en première ligne des grands événements contemporains ; en l’occurrence, ici, la crise climatique. La durabilité, pour la Matmut, est donc une inclination naturelle. Elle exige de mesurer nos propres impacts et ceux de nos assurés, afin de continuer à les accompagner face aux conséquences du réchauffement climatique.
 

Stéphanie Boutin : J’ajouterai que cet engagement infuse d‘ores et déjà le quotidien de la Matmut. Pour chaque projet d’ampleur, désormais, nous nous posons ces questions Agit-il pour la durabilité ? Quel est son score en la matière ? Cela permet de faire des choix solides à moindre impact sociétal ou écologique.
 

N.G. : C’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai voulu que 100 % des collaborateurs soient sensibilisés aux impacts du dérèglement climatique. Et d'ailleurs 100 % des managers seront également formés à la Fresque du climat. Nous devons toutes et tous être équipés pour agir !

 

Durabiliser le futur d’une entreprise implique des évolutions de méthode, des contraintes nouvelles, des investissements. Comment les gérer ? En quoi la durabilité intéresse-t-elle particulièrement un groupe comme la Matmut ?

 

S.B. : En rappelant, d’abord, que durabilité n’est pas synonyme d’antiperformance. Le but est de performer plus durablement, en s’appuyant sur un modèle équilibré. Plus qu’une contrainte, la durabilité est une opportunité, celle d’opérer la transformation de l’entreprise et du métier assurantiel, pour en assurer l’avenir et la pérennité.
 

N.G. : Opposer sens et performance serait effectivement une erreur. Ces deux ambitions se nourrissent l’une l’autre. La durabilité ne doit pas être pensée comme un simple enjeu d'image, mais comme une partie constitutive de la performance. Cette ambition fonde ainsi l’approche de notre nouveau plan stratégique. L’objectif est d’accélérer le développement rentable de la Matmut en intégrant la durabilité dans tous nos métiers.

 

L’enjeu n’est pas uniquement interne… Comment diffuser plus largement cette posture stratégique?

 

N.G. : En effet, le mouvement doit être général. L'un des leviers identifiés est celui de la prévention. Elle est fondamentale pour enraciner une trajectoire durable. Le sujet est de responsabiliser tout le monde, assureurs, collectivités locales et assurés eux-mêmes. À nous de mobiliser très concrètement nos concitoyens. Les inciter à faire des travaux de prévention, avec une aide financière, va notamment dans la bonne direction. Le défi est de convaincre les assurés qu’ils ont eux-mêmes leur part à prendre. Car les historiques sont formels, la prévention fait chuter l'intensité des conséquences des sinistres climatiques.

 

De quoi susciter, on l’imagine, de nouveaux défis de communication. Quel rôle cette dernière peut-elle jouer ?

 

S.B. : Un rôle clé ! Et exigeant, car à l’ère de la durabilité, la communication responsable se veut une démarche d’humilité, de coconstruction et de long terme. D’abord, chaque acte de communication ou événementiel est pensé de manière à réduire notre impact environnemental. Et puis il y a ce qui relève de l’activation de la marque. Le grand changement porte ici sur notre rôle de prescripteur, avec la question centrale « comment mettre en avant nos valeurs de façon adéquate ? » Côté défis, il y a notamment à surmonter les contradictions entre les convictions exprimées par le citoyen, et les intérêts et envies ressentis par le sociétaire ou le prospect. Ces tensions, à l’œuvre chez chacun de nous, créent des injonctions contradictoires qui pèsent sur les organisations.

 

Pour favoriser le développement durable des entreprises, la directive européenne « CSRD » fixe de nouvelles normes et obligations de reporting extra-financier depuis le 1er janvier 2024. Quel regard portez-vous sur ce changement ?

 

N.G. : La directive CSRD va certes demander des efforts d’adaptation, mais elle n’est pas sans intérêts. Sa première force est de créer un langage commun en matière de durabilité, et de rendre lisibles des informations qualitatives jusqu'alors présentées de façon éparse. En explicitant les efforts réels au-delà des discours, elle sera un puissant outil contre le greenwashing. Surtout, elle a vocation à devenir un instrument de pilotage stratégique. Son concept de « double matérialité » pousse les entreprises à étudier non seulement l'impact des changements environnementaux et sociaux sur leur activité économique – la matérialité financière – mais aussi l'impact de leurs activités sur l'environnement et la société – autrement appelé la matérialité d'impact. La relation des entreprises à la société sera ainsi moins autocentrée – quels sont mes risques ? mes leviers de rentabilité ? –, et davantage tournée vers la réciprocité – quel impact ai-je sur le monde ? Ce référentiel inédit annonce, selon moi, l’avènement d’un nouveau modèle inclusif de performance.
 

S.B. : On assiste à la réconciliation de mondes qui ne se parlaient pas. Demain, chaque entreprise, cotée ou non, pourra être jugée à l’aune de ses performances économiques et financières, mais aussi de sa durabilité et de son impact sur l’environnement, la société, l’humain. Ce n’est pas rien. C'est le début d'un nouveau capitalisme dont il faudrait trouver le nom !

 

(*) La revue interne éditée par la Matmut

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