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La dette sociale : alibi de la dette publique ?
Pour Michel Monier, Membre du Think tank CRAPS (le Cercle de Recherche et d'Analyse sur la Protection Sociale) , contributeur à la revue Politique et Parlementaire et ancien DGA de l’UNEDIC: «Par une curieuse loi de Pareto, le déficit « social » pèse plus lourd, dans le débat public, que le déficit de l’État »
La dette sociale de la France (1) alimente un incurable débat sur la dépense sociale : pognon de dingue ou insuffisance de la dépense sociale nourrissent une succession de réformes qui ne font que repousser les échéances.(2)
L’actualité que donne la réforme des retraites à la question sociale ne serait qu’un épiphénomène dans ce continuum si le débat ne se déportait vers une nouvelle lutte des âges et s’il ne conduisait pas à des punchlines telles que « l’impôt c’est la dette » qui concluent le constat que 10 % de la dépense de retraite sont financés par l’impôt. La formule est forte, destinée à marquer les esprits qui pourraient encore croire que l’impôt c’est la solidarité. L’impôt ce n’est pas la dette. La dette c’est quand la dépense publique est supérieure aux recettes publiques et, la dépense publique ce n’est pas que la dépense sociale.
Le champ du social est en expansion constante, c’est le résultat d’une loi naturelle (progrès de la médecine, vieillissement) et d’une loi sociale (le progrès démocratique fait demander toujours plus à l’État). Si le « social » nous coûte trop aujourd’hui, c’est relativement à la capacité de financement de l’économie nationale, c’est aussi parce que les politiques publiques anticipent, ou cèdent, à la demande du corps social. L’impôt participe logiquement au financement de la dépense sociale parce qu’il finance des dépenses de solidarité, il y participe aussi politiquement parce qu’il compense les allègements de cotisations sociales décidés au titre de politiques publiques.
Le constat des 10 % d’impôt qui participent au financement des retraites ne suffit donc pas pour conclure que ces 10 %, c’est de la dette sauf à vouloir faire de la dépense sociale la cause de la dette publique.
Les lois de financement de la Sécurité sociale et de finances pour 2026, n’ont pas permis de commencer à redescendre l’Himalaya de la dette. La dette poursuit sa trajectoire. Le budget de l’État est en déficit de 134,6 milliards d’euros, celui de la Sécurité sociale de 23 milliards d’euros. Que le « Social » participe à la dette est évident, mais le principal acteur en est l’État. Les deux points supplémentaires de dette publique, de 116 à 118 % du PIB, s’expliquent à plus de 80 % par le déficit de l’État (pourcentage duquel il faudrait décompter les milliards qu’il apporte, parce qu’il les doit, aux budgets sociaux).
Si l’on entre plus précisément dans les chiffres, le déficit de la « Sécu » rapporté à ses recettes (666 milliards d’euros) représente 3,6 %. Le même calcul pour le déficit de l’État, c’est un déficit de 36,8 % (recettes de 365,5 milliards d’euros). Le rapport du déficit du budget de l’État à ses recettes donne une autre image que celle de ce déficit rapporté au PIB (5 %). Ce sont ces 36,8 % qui donnent, pour reprendre la formule consacrée des commissaires aux comptes, une image fidèle du résultat des opérations et de la situation financière. Par une curieuse loi de Pareto, le déficit « social » pèse pourtant plus lourd, dans le débat public, que le déficit de l’État : en 2024, la part des administrations de Sécurité sociale – les ASSO – portée par la Cades, l’Acoss, et l’Unédic principalement, compte pour 10 % dans la dette publique.
Tel qu’il est mis au débat, le déficit du « modèle social » est l’arbre qui cache la forêt de la dette et du déficit publics. L’exemple des retraites en offre l’illustration.../...
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(1). La dette sociale de la France : 1974-2024, Nicolas Dufourcq – Odile Jacob.
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