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26 / 03 / 2020 | 354 vues
Jean-Claude Delgenes / Abonné
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Handicap : les Français ne sont pas tous égaux pour affronter le corona virus

En 2019 pour une population de 67 millions d’âmes les services statistiques français recensaient environ 12 millions de personnes touchées par une forme de handicap, au sens large du terme. C’est-à-dire des personnes reconnues administrativement qui déclarent avoir un problème de santé depuis au moins six mois et en cela rencontrent des difficultés importantes dans leur activité quotidienne. Ou encore, des personnes qui déclarent avoir subi un accident de travail dans l’année. Parmi celles-ci, un peu moins, d’un million occupent une activité professionnelle et plus de 500 000 sont au chômage. Le handicap touche donc beaucoup plus de personnes qu’on ne le pense généralement.

 

Handicap


 

  • En France selon la mission handicap de l’institution de prévoyance Audiens, les maladies dites invalidantes génèrent près de la moitié des handicaps soit 48 % . Ces maladies sont nombreuses : VIH, asthmes, allergies, maladies cardiovasculaires, maladies auto immunes, diabète, mucoviscidoses, myopathies, sclérose en plaque, maladies infectieuses, cancer, troubles musculosquelettiques etc.
     


Par ailleurs depuis le surgissement du tsunami viral covid 19, les soignants ont constaté sans équivoque, l’exposition à un risque de surmortalité pour les personnes infectées par le virus mais atteintes par ailleurs d’une autre maladie.


Un des aspects de la problématique sanitaire est donc d’évaluer l’exposition accrue de ces français victime d’une maladie invalidante et qui risquent de succomber aux conséquences de l’infection virale en cours. L’analyse des impacts du corona virus peut aussi être complétée pour les personnes avec une autre forme de handicap afin de les préserver au mieux. Le handicap pouvant être pluriel.


La grippe espagnole qui en réalité venait des Etats Unis, et qui a causé entre 30 et 40 millions de morts à la fin de la guerre en 1918 a bien montré, qu’une pandémie est d’autant plus dramatique que la population s’avère fragile. Les médecins redoutent particulièrement les comorbidités. Ainsi actuellement les décès dues aux conséquences du corona virus sont recensés principalement à plus de 73% chez les patients dont l’organisme a été fragilisé si ce n’est ébranlé auparavant par une autre maladie, alors qu’ils ne représentent, si l’on se permet cette expression, « seulement » qu’un petit quart des infectés.


La présence de maladies antérieures comme l’hypertension, le diabète, les maladies cardiovasculaires, les maladies respiratoires chroniques augmentent sensiblement les risques de complications graves. Une étude récente du centre chinois de contrôle des maladies CDDC, (voir article de Libération du 24 mars 2020), a confirmé que le taux de décès provoqué par le corona virus évoluait fortement à la hausse en fonction de la présence ou non de maladie antérieure. Dans cette étude seules 0,9% des personnes hospitalisées qui ne présentaient pas d’autres maladies ont perdu la vie. En revanche le taux de décès grimpe à 6% pour les hypertendus, à 6,3% pour les personnes avec des troubles respiratoires chroniques, 7,3% pour les personnes victimes de diabète et à plus de 10% pour les personnes souffrant de pathologies cardiovasculaires.

 

Mais les conséquences de l’épidémie ne se limitent pas à cette surmortalité car les autres formes de handicap ne permettent pas toujours de respecter les précautions indispensables pour enrayer sa progression ; l’existence se révèle parfois fondamentalement impitoyable et profondément violente, avec les êtres les plus faibles aussi au risque d’ajouter la peine de l’infection à la douleur du handicap il convient de penser les insuffisances pour cerner les aides à apporter à ces publics.

 

Les personnes avec handicap moteur au nombre de 850 000 souffrent d’une mobilité réduite. Cette capacité restreinte voire nulle pour la personne à se déplacer, à réaliser des gestes, à bouger certains membres peut résulter d’une paralysie, d’une amputation, d’une infirmité motrice cérébrale ou encore d’une myopathie. Ces handicaps imposent une aide soutenue de la part de leurs proches et une impossibilité le plus souvent de respecter la distanciation voulue pour éviter la contamination. Les proches et le personnel spécialisé en charge des personnes handicapées ne sont pas encore le 24 mars 2020 dotés en masques et en matériel de protection. Aussi devant cette impossibilité d’assurer la préservation de leurs personnels et des citoyens dont ils ont la charge, plusieurs Conseils Généraux ont décidé de suspendre l’aide apportée à domicile aux personnes handicapées. Celles-ci confinées chez elles pour une bonne part doivent se débrouiller seules.

 

Le handicap sensoriel doit se distinguer entre les personnes souffrant d’une déficience auditive comme la surdité et celles d’une déficience visuelle : cécité, malvoyance, amblyopie , achromatopsie. Environ 1,5 million de personnes sont concernées par ces déficits de la vision. Elles ont la encore un grand besoin de soutien de leurs proches dans la période actuelle. Chez les personnes ayant une déficience visuelle les chocs avec l’environnement ne sont pas rares, les chutes sont fréquentes et il parait inconcevable pour leurs proches de ne pas les aider à se relever pour cause de distanciation sociale. Comment respecter de plus cette distance de sécurité quand la cécité ne leur permet pas de distinguer les autres humains qui viennent à eux ?    

 

Les personnes affectées d’un handicap mental connaissent une différence ou une déficience dans le fonctionnement de leurs fonctions cérébrales et intellectuelles. Celles-ci entrainent des difficultés de compréhension conduisant par la même à des problèmes de communication chez la personne atteinte : autisme, trisomie 21 etc.  Le respect des consignes de sécurité sanitaire peut alors butter sur ces difficultés de compréhension et de communication. L’éloignement des proches là encore n’est pas une solution aisée à appliquer car il peut accroitre les troubles et les tensions relationnelles car compris par l’autre comme une indifférence, un éloignement ou un relâchement émotionnel. Très souvent le toucher, les caresses affectives sont des sources d’apaisement. Comment procéder sans protection ? Sans test pour se rassurer sur sa charge virale comment agir ? Comment éloigner cette peur de transmettre le virus à ceux que l’on chérit que l’on protège ?   

 

Le handicap psychique se définit quant à lui par l’atteinte d’une pathologie mentale entrainant des troubles mentaux, affectifs, et émotionnels. Schizophrénie, maladies bipolaires, paranoïa…sans pour autant avoir trop de conséquences sur les fonctions intellectuelles de sorte que l’on pourrait penser que ces personnes sont moins exposées à une mauvaise compréhension des consignes de sécurité sanitaire et qu’elles pourront faire preuve d’une certaine autonomie pour les respecter.   

 


La France, l’Italie, l’Espagne, l’Europe sont donc enfermées dans une épreuve sanitaire historique. L’espoir est là…il repose sur la vérité… pas celle à laquelle chacun de nous veut désespérément croire mais la vérité telle qu’elle est ou sera d’ici dix ou douze jours ! Les effets combinés du confinement et sans doute les premiers résultats des divers traitements testés au niveau européen et américains dont l’hydroxy chloroquine devraient alors desserrer l’étau de la pandémie et ouvrir d’autres perspectives comme l’ont montré les Chinois… Une course contre la montre est engagée car d’autre sources d’inquiétudes apparaissent, la propagation du virus en Afrique qui n’est pas armée sur le plan sanitaire pour y faire face et qui pourrait vivre une hécatombe mais aussi une progression fulgurante du corona virus sur le sol américain.

 

Il convient d’empoigner le réel pour rendre compte de la situation. Dans ce dernier pays les maladies invalidantes sont très fréquentes en raison en particulier du surpoids et de l’obésité : 2 américains sur 5 sont obèses. Plus d’un tiers des américains sont diabétiques ou prédiabétiques. En 2017 le diabète était la troisième cause de mortalité aux USA. En bref plus de cent millions d’américains sont donc concernés prioritairement par cette surmortalité en cas d’infection du corona virus.


En raison de l’extraordinaire rapidité de sa contagion et de son taux de létalité pour les personnes avec une maladie invalidante comme le diabète si un traitement efficace n’est pas trouvé rapidement pour enrayer l’évolution des cas graves vers une détresse respiratoire, le nombre de décès aux USA sera beaucoup plus importants qu’en Europe ou en Chine. Ce d’autant que le système sanitaire américain a déjà connu l’épreuve de l’abrogation en janvier 2019 de l’Obamacare par le Président Donald Trump. Le président Obama voulait en 2010, « aider les personnes qui ne peuvent plus s’aider elles-mêmes ». Ce dispositif prévoyait dans les faits de réduire les inégalités sociales en favorisant un accès universel aux soins, encore aujourd’hui près de 50 millions de personnes, les plus pauvres, celles qui souffrent aussi d’obésité à cause de la malnutrition, n’ont pas de couverture sociale au pays de l’oncle Sam.

 

Le recul est parfois préférable à l’entêtement, Donald Trump qui a tardé à prendre les mesures pour éviter la propagation du virus et qui demeurait dans une posture « d’attendre que cela passe » a compris que le peuple américain dans cette période d’élection allait lui reprocher ce manque de réalisme et lui voler son rêve de réélection. Plutôt que de draper sa vie dans un voile de silence il vient de se convertir bruyamment à une approche plus précautionneuse afin de tenter d’éviter à son pays de revenir de l’enfer. Mais le mal semble t’il est déjà fait. Si le chaos survient dans l’empire américain, le déclin du système économique et financier mondial sera alors ouvert à un risque de néantisation provoquant alors en retour systémique sur l’ensemble des nations.

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