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02 / 12 / 2019 | 97 vues
Jacky Lesueur / Abonné
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Éléments de réflexion sur l'absentéisme au travail

L'absentéisme au travail est un sujet récurrent qui fait l'objet de nombreuses idées reçues ou qui, a priori, nourrissent régulièrement les débats et controverses les plus divers...
 

Ces dernières semaines, plusieurs éléments rendus publics ont retenu notre attention : l'enquête de Malakoff Médéric Humanis (MMH) et les données statistiques présentées en annexe du projet de loi de finances 2020.
 

Qu'en est-il ? Que retenir de l'enquête MMH ?
 

Dans un contexte d’augmentation des coûts liés aux arrêts maladie, de réforme de la santé au travail et d’allongement de la durée de vie professionnelle, Malakoff Médéric Humanis apporte un éclairage sur les enjeux liés à l’absentéisme pour maladie à travers son étude 2019 [1].

 

Au cours des douze derniers mois, 44 % des salariés se sont vu prescrire au moins un arrêt maladie, un chiffre stable mais élevé. Durant cette période, 36 % des salariés arrêtés l’ont également été l’année précédente et 28 % des arrêts maladie ne sont pas respectés (ou en partie seulement). Cette tendance au renoncement est en augmentation continue, comme le présentéisme qui concernerait aujourd’hui 65 % des salariés.

 

  • Quels sont les effets et les enjeux de ces phénomènes pour l’entreprise et les salariés ?
  • Quelles solutions mettre en place pour les prévenir ?
  • Comment accompagner les entreprises qui veulent agir ? 
     

L’étude croisée salariés et dirigeants réalisée par le Comptoir de la nouvelle entreprise répond à ces questions.

 

Renoncement aux arrêts maladie et présentéisme en entreprise

 

Ainsi, 28 % des arrêts maladie prescrits en 2019 n’ont pas été respectés (un chiffre en hausse de 5 points par rapport à 2018 et de 9 points par rapport à 2016) : 11 % des arrêts ont été pris mais pas en totalité et 17 % n’ont pas été pris du tout (26 % dans le secteur du commerce et 22 % pour les managers). Pour expliquer ce renoncement, les salariés évoquent en premier lieu « qu’il n’est pas dans leurs habitudes de se laisser aller » (39 %) et le fait que les journées non travaillées ne sont pas prises en charge (37 %).
 

Les arrêts maladie sont davantage pris dans les grandes entreprises (+ de 250 salariés) : 79 % contre 72 % pour l’ensemble des arrêts. Le respect de l’arrêt maladie varie également en fonction de sa durée : les arrêts longs sont respectés à 90 %, les moyens à 67 % et les courts à 75 %.
 

Cependant, près de la moitié des salariés (47 %) n’ayant pas respecté leur arrêt de travail disent le regretter a posteriori (chiffre en hausse de 8 points par rapport à 2016). Par ailleurs, près de deux tiers des salariés (63 %) seraient favorables à bénéficier du télétravail au lieu d’avoir un arrêt maladie si leur médecin le jugeait approprié, un point de vue partagé par 80 % des dirigeants.
 

Défini comme le comportement d’un individu qui travaille alors qu’il devrait être arrêté en raison de son état de santé physique ou mentale, le « présentéisme maladie » est un autre phénomène notable. Ainsi, 65 % des salariés déclarent avoir déjà travaillé alors qu’ils étaient malades, une tendance plus marquée chez les salariés ayant des responsabilités d’encadrement (72 %) ou lorsque le salaire n’est pas maintenu pendant les trois premiers jours d’arrêt (69 %).

 

Les motifs varient selon la durée de l'arrêt...

 

En nombre d’arrêts, les arrêts courts (1 à 3 jours) sont plus nombreux que les arrêts longs (plus de 30 jours) : ils représentent 30 % de l’ensemble des arrêts maladie, contre 9 % pour les arrêts longs. Les arrêts moyens (4 à 30 jours) représentent 61 % de l’ensemble. Les arrêts courts sont également ceux dont les effets en termes de désorganisation au sein de l’entreprise sont les plus forts.
 

Toutes durées confondues, 36 % des arrêts maladie sont dus à une maladie ordinaire, 25 % à des troubles musculosquelettiques et 18 % à des troubles psychosociaux ou un épuisement professionnel.
 

  • Près de deux tiers des arrêts courts (61 %) sont dus à une maladie ordinaire.
  • Les arrêts moyens sont dus aux maladies ordinaires (29 %), aux troubles musculosquelettiques (28 %) ou à des troubles psychologiques ou un épuisement professionnel (20 %).
  • Les arrêts longs sont essentiellement dus à un accident ou traumatisme (25 %), à des troubles psychologiques ou un épuisement professionnel (24 %) ou à des troubles musculosquelettiques (23 %).
     

D’une manière générale, d’après les salariés, 67 % des arrêts maladie sont liés à un contexte exclusivement non professionnel, 13 % à un contexte exclusivement professionnel et 19 % sont liés aux deux. Tous sont en majorité prescrits par le médecin traitant (71 %).

 

Arrêts longs : gérer l'absence et faciliter le retour à l'emploi
 

Ainsi, 56 % des dirigeants indiquent avoir eu au moins un salarié en arrêt long au cours des 12 derniers mois dans leurs effectifs.

Par ailleurs, 49 % des managers ont déjà encadré des collaborateurs ayant eu un arrêt long. Pour limiter les effets de cette absence sur leur équipe, 73 % d’entre eux ont trouvé une solution en interne (modification de l’organisation de leur équipe ou remplacement du salarié absent par un autre collaborateur au sein de l’entreprise) et 24 % ont procédé à un recrutement externe.
 

À la suite des arrêts de plus de 30 jours de l’un des membres de leur équipe, 63 % des managers ont établi des dispositifs spécifiques d’accompagnement :
 

  • 34 % d’entre eux ont pris des dispositions pour faciliter la reprise du travail du salarié concerné (entretien de pré-reprise, formation, aménagement des horaires ou du poste…) ;
  • 26 % ont établi un suivi spécifique du salarié après sa reprise dans l’équipe ;
  • 16 % ont changé leur mode de management.
     

De leur côté, 94 % salariés ayant eu des arrêts maladie de plus de 30 jours ont repris le travail dans la même entreprise tandis que 72 % ont repris le travail à l’identique ; 18 % ont repris le travail avec un aménagement spécifique et 4 % ont changé de poste.
 

Pour la très grande majorité des salariés (90 %) ayant eu un arrêt maladie (toutes durées confondues), le retour en entreprise s’est bien déroulé et, pour la moitié des salariés, il s’est très bien déroulé.
 

Toutefois, 60 % des salariés auraient souhaité des démarches particulières de la part de leur entreprise pendant leur arrêt long. Parmi eux, 36 % auraient souhaité des informations d’ordre financier (indemnisation, maintien ou non du salaire, jour de carence…), 27 % des informations concernant l’organisation de la reprise du travail (aménagement du poste ou des horaires de travail, formation…) et 22 % des informations d’ordre administratif. Par ailleurs, 48 % des salariés ont régulièrement été en contact avec leur entreprise pendant leur arrêt long.

 

Diagnostiquer pour agir

 

Au cours des cinq dernières années, 40 % des dirigeants d’entreprise de plus de 200 salariés ont le sentiment que les arrêts maladie ont augmenté dans leur entreprise.

 

La moitié des dirigeants ou DRH déclarent qu’un tableau de bord de l’absentéisme a été mis en place au sein de leur entreprise (21 % dans les entreprises de moins de 50 salariés). Un quart dit avoir déployé des actions de prévention pour limiter l’absentéisme.
 

Un quart des dirigeants interrogés souhaite que leur entreprise soit accompagnée sur les questions d’absentéisme : parmi eux, 64 % aimeraient un accompagnement sur l’aide au retour à l’emploi, 63 % sur la détection des facteurs de risques d’arrêt et 62 % sur la prévention des troubles musculosquelettiques et des risques psychosociaux.
 

Parmi les acteurs par lesquels ils aimeraient être accompagnés, les dirigeants citent : les services de santé au travail (82 %), l’Assurance-Maladie (76 %), la complémentaire de santé de l’entreprise (74 %).
 

Pour accompagner les entreprises face à cette problématique, Malakoff Médéric Humanis propose le diagnostic absentéisme, un service qui permet de comprendre et d’analyser les problématiques liées à l’absentéisme (analyse de la durée et de la fréquence des arrêts maladie, simulation de leurs coûts et comparaison de ces données avec celles d’entreprises au profil similaire), et de proposer un plan d’actions personnalisé [1]. Totalement numérisé, le diagnostic absentéisme permet au dirigeant ou au DRH de suivre ses données d’absentéisme en temps réel et d’optimiser son plan d’actions dans la durée. Dans cette démarche, il peut être accompagné par les conseillers, les consultants en prévention et les experts en action sociale de Malakoff Médéric Humanis.

 

Chiffres clefs :

  • 83 % des entreprises ont souscrit un contrat de prévoyance pour l’ensemble de leurs salariés.
  • 47 % des salariés disposent d’un contrat de prévoyance (29 % sont couverts par leur entreprise et 17 % ont personnellement souscrit un contrat).
  • 38 % des entreprises prennent le salaire de l’ensemble de leurs salariés en charge durant les 3 premiers jours d’arrêt maladie.
  • 44 % des salariés voient leur salaire maintenu durant les 3 premiers jours d’arrêt maladie.
     

[1] Dispositifs de prévention, campagne de vaccination en entreprise, application coaching santé personnalisée, programme d’accompagnement du retour à l’emploi après une absence de longue durée…
 

Qu'en est-il vraiment dans la fonction publique ?
 

Les données statistiques présentées (*) en annexe du PLF 2020 tordent aussi le cou à quelques idées souvent bien installées ; l'absentéisme des fonctionnaires ne serait finalement pas plus élevé que celui constaté dans le secteur privé.

On y lit que : « Les évaluations de la DARES ( Ministère du Travail ), de la DREES (Ministère de la Santé) et de la Direction générale de l'administration et de la fonction publique (DGAFP),  basées sur l’enquête « emploi 2017 » de l’INSEE, sont les dernières données disponibles et que, d’après celles-ci, le taux d’absentéisme dans l’ensemble de la fonction publique est légèrement supérieur à celui du privé (3,9 % contre 3,8 %), bien que cette différence soit minime ».

En fait on est bien sur un taux moyen sensiblement identique, contrairement à ce que bien des commentateurs ou « experts » assènent régulièrement.

Si l'on compare les choses en termes de nombre moyen annuel d'absences par personne pour raison de santé, en 2018, les chiffres sont, là aussi, très proches.
 

Pour l'ensemble de la fonction publique, on est sur un nombre moyen de 8,6, avec 5,7 pour la fonction publique d'État et 10,7 et un peu plus de 11 pour les fonctions publiques territoriale et hospitalière, alors que le chiffre tourne  autour de 9 pour le secteur privé...
 

À noter aussi une tendance à la baisse dans le fonction publique territoriale, selon une étude Sofaxis évoquée ces dernières semaines dans la presse...
 

Bref, autant d'éléments à sérieusement intégrer dans les débats sur ce sujet.

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