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22 / 02 / 2021 | 111 vues
Etienne Dhuit / Membre
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Danone : les chiffres-clefs d’une crise historique

Les salariés de Danone sont-ils en péril ? Le 19 février, le groupe français a annoncé ses résultats de 2020. Des annonces beaucoup plus rassurantes que les prédictions de certains commentateurs pessimistes, bien que son chiffre d’affaires recule tout de même de 6,6 % par rapport à 2019. Pour expliquer ces mauvais résultats, la direction du groupe pointe du doigt la pandémie mondiale, responsable de la fermeture des cafés et des restaurants (au détriment des consommations d’eaux en bouteille) et de la baisse de natalité chinoise à cause de ce climat anxiogène (malmenant les produits de nutrition infantile du groupe).

 

Cependant, que l’on ne s’y méprenne pas : le bénéfice net du groupe a tout de même augmenté de 1,4 % sur l’exercice 2020 (notamment le pôle Produits laitiers et d’Origine végétale avec + 3,4%, sa plus forte croissance depuis 2012), soit mieux que son principal concurrent suisse Nestlé qui a annoncé la veille un chiffre d’affaires en baisse de 9 % et un bénéfice en contraction de 3 %. Crise conjoncturelle ou structurelle ? Pour certains actionnaires, la direction de Danone n’est pas à la hauteur de la situation et le plan annoncé novembre dernier, proposant une vaste réorganisation du groupe et la suppression de 2 000 emplois, n’irait pas assez loin. Déjà il y a plusieurs mois, le petit fonds britannique Bluebell Capital Partners (50 à 60 millions d’euros d’actifs) avait fait part de ses désaccords à la direction, depuis rejoint par l’Américain Artisan Partners (qui gère 134 milliards de dollars d’actifs et serait le troisième actionnaire de Danone, avec près de 3 % du capital) puis par un autre fonds américain Causeway Capital Management (qui détiendrait pour sa part une participation évaluée à 92 millions d'euros dans Danone).

 

Dans La Croix, l’ancien secrétaire général de l’Union internationale des travailleurs de l’alimentation (UITA), Ron Oswald, dénonce une « ingénierie financière » qui serait en train de faire pression sur Danone parce que sa direction irait « trop loin sur les questions environnementales et sociales ».

 

Ce rapport de force divise jusqu’au conseil d’administration de l’entreprise : dans les pages du Monde, les journalistes Laurence Girard et Isabelle Chaperon relatent une ambiance à couteaux tirés entre les administrateurs « pro-Faber » et les « anti-Faber ». Cette opposition se retrouve dans l’entreprise, entre « d’un côté, des opérationnels en souffrance, confrontés à des coupes sur les moyens alloués aux marques, à des réorganisations perpétuelles et se sentant abandonnés par le siège et, de l’autre, des spécialistes du développement durable, à fond derrière M. Faber ». Si les sujets épineux n’ont pas été frontalement abordés lors de la dernière présentation des résultats du groupe, la prochaine assemblée générale des actionnaires le 29 avril prochain, promet d’être mouvementée.

 

Rien n’est joué pour Faber

 

Emmanuel Faber est-il condamné ? Rien n’est moins sûr, car les chiffres annoncés vendredi dernier délégitiment quelque peu les propos des actionnaires mécontents : les résultats financiers sont finalement rassurants pour le groupe et surtout meilleurs que Nestlé, dont les fonds activistes n’avaient jusque-là de cesse de montrer en exemple. En interne, certaines voix se font entendre : Pascal Lamy, l’ancien directeur général de l’OMC et président du comité chargé d’évaluer la mise en œuvre des engagements du groupe agroalimentaire en tant qu’entreprise à mission, a menacé de « rendre son tablier » si le conseil d’administration lâchait le PDG.

 

Enfin et surtout, front commun chez les organisations syndicales (ce qui est suffisamment rare pour le souligner) pour défendre la direction actuelle. Dans La Croix, le délégué syndical FO du groupe Laurent Pouillen, explique cette prise de position : « Nous sommes attachés au double projet, économique et social, de Danone […] Or, nous craignons que la présence de fonds activistes, demandant une rentabilité à court terme, débouche sur des cessions d’activités. Nous sommes inquiets du risque de démantèlement du groupe ». En effet, le fonds Artisan propose déjà une cession de 30 % des activités eaux et produits laitiers, soit une suppression de quasiment mille emplois supplémentaires, une perte de 400 millions d’euros de chiffre d’affaires et, par-dessus le marché, une perte de 50 millions d’euros d’impôts sur les sociétés pour Bercy. Ces cessions pourraient en annoncer d’autres et purement et simplement menacer l’intégrité du groupe français. De quoi faire réagir Bruno le Maire ? Pour l’instant, le Ministre de l’Économie s’est bien gardé de prendre position sur le dossier.

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