2025 : Annus horribilis pour l'environnement
L’année qui s’achève marquera-t-elle un tournant durable dans notre lutte pour préserver un environnement vivable pour l’Homme ? En effet, malgré des catastrophes dites « naturelles » qui se multiplient et s’aggravent, malgré une préoccupation de plus en plus marquée de nos concitoyens pour l’environnement en général, la politique menée par notre pays se moque totalement du problème et tourne le dos à ce qu’il faudrait faire.
Une préoccupation citoyenne, des marqueurs de plus en plus importants.
Une enquête récente (sondage IPSOS, octobre 2025 à la demande de Réseau Action Climat[1]) précise que 89% des Français sont inquiets (dont 32% très inquiets) de l’évolution de notre environnement. Deux tiers des Français pensent que « l’État doit accentuer la planification écologique et créer des emplois dans la transition énergétique, même si cela suppose un cadre plus contraignant et un coût ». Tout cela est-il étonnant ?
Il faut reconnaître que l’année 2025 a été particulièrement riche en évènements climatiques et environnementaux catastrophiques. Nous n’allons pas dresser ici leur liste, elle serait bien trop longue et angoissante. Chacun d’entre nous a en mémoire ce qui a fait la une de l’actualité durant les douze derniers mois, chez nous en France mais aussi partout dans le monde : canicules inédites et multiples, incendies de forêt de plus en plus précoces et dévastateurs (y compris dans des régions jusque là épargnées), sécheresse des sols et niveaux dramatiques des nappes phréatiques, précipitations intenses, orages violents et destructeurs, coulées de boue et inondations dévastatrices, cyclones de puissance extrême, banquises et glaciers en déliquescence, etc.
Une étude conjointe (19 juin 2025) de Météo-France, du CEA, du CNRS et de Mercator Ocean International[2] montre que le niveau de gaz à effet de serre (GES) ne cesse d’augmenter dans notre atmosphère. Ainsi l’objectif défini par l’accord de Paris (2015), à savoir limiter le réchauffement planétaire sous 1°5 C n’est désormais plus atteignable. Il faudrait, en effet, pour le respecter « réduire nos émissions de GES à zéro d’ici 8 ans »… ! Valérie Masson-Delmotte (directrice de recherche CEA au Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement de l’Institut Pierre Simon Laplace) déclare à cette occasion : « Les faits scientifiques sont très clairs. Le réchauffement dû aux activités humaines se poursuit à un rythme encore plus rapide, avec une aggravation des impacts observés, en France comme dans toutes les régions du monde […]. Nous allons rapidement atteindre un niveau de réchauffement de 1,5 °C […] »
Une politique à rebours de ce qu’il faut faire.
Au vu des ces constatations, la politique aurait dû se saisir à bras le corps du sujet. Or ces constatations étaient prévues et annoncées par les instances scientifiques et les associations de protection de la nature et de l’environnement (ANPE) depuis maintenant plus de trente ans et sans cesse rabâchées. Au contraire, on assiste à un désintérêt complet de cette classe politique et par conséquence de tous les décideurs. Pire, l’année 2025 semble être l’année de tous les renoncements, un vaste rétropédalage, un immense bond en arrière. Les reculs des politiques environnementales en France se sont multipliés en 2025 (est-ce l’effet de l’arrivée au pouvoir de Donald Trump aux États-Unis d’Amérique qui a décomplexé notre classe dirigeante ?) aggravant la politique menée depuis déjà de nombreuses années. Ce sont près de 45 reculs qui ont été identifiés au premier semestre 2025 !
Là encore, nous n’allons pas lister la totalité de ces atteintes, mais simplement citer, pour mémoire, les principales : permissivité accrue pour les politiques agricoles industrielles, reprise des travaux de l’A69 (en contradiction avec les décisions de justice) et autre grand travaux inutiles, coup d’arrêt aux énergies renouvelables, remise en cause du « zéro artificialisation nette des sols, suppression de ma PimeRénov, suppression sans proposer d’alternatives des Zones à faible émission (ZFE) – même si ces dernières posaient problème, c’était loin d’être parfait - coupes budgétaires pour la transition écologique et la solidarité internationale, méconnaissance coupable de l’appauvrissement de la biodiversité… Tout ceci a des conséquences sur le changement climatique mais aussi sur la qualité de notre environnement, sur la santé de tous nos concitoyens, sur notre survie. De plus, ces mesures impactent lourdement les plus fragiles d’entre nous : les précaires, les classes sociales défavorisées, les personnes malades, les personnes âgées… En plus de ces reculs dans notre pays, on assiste également au même phénomène en Europe.
Ainsi, un exemple parmi d’autres, la loi sur le « devoir de vigilance » social et environnemental des grandes entreprises a été détricotée et vidée de sa substance. Certains partis politiques y voient d’ailleurs « une véritable victoire contre le Pacte vert ». Ce qui veut tout dire ! Mais on pourrait citer également l’arsenal législatif et budgétaire mis en place jusqu’en 2023 et qui a vu ses textes rejetés, reportés ou vidés de leur substance, le report de la fin des ventes des véhicules thermiques, l’annulation des objectifs de 25% des terres en agriculture biologique et de -50% d’utilisation des pesticides…
Un cas exemplaire : la loi Duplomb
Pour illustrer le fossé qui ne cesse de s’agrandir entre d’un côté les citoyens, les scientifiques et les associations et de l’autre côté le gouvernement et la classe politique, il faut revenir sur la loi Duplomb, du sénateur de Haute-Loire Laurent Duplomb. Le texte proposé envisageait plusieurs mesures comme la fin de l’interdiction d’être à la fois conseiller et vendeur de pesticides, la hausse des tailles d’élevage à partir desquelles les études d’impact environnemental sont demandées, l’affaiblissement des consultations publiques, la facilitation des projets de stockage d’eau (entre autres les mégabassines), le renforcement de la tutelle de l’État sur l’Office français de la biodiversité (OFB), la ré-autorisation de plusieurs néonicotinoïdes. Bref, un texte visant à « lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur ».
L’attention des médias s’est surtout portée sur la réintroduction de l’acétamipride (néonicotinoïde) en occultant le plus souvent les autres problèmes soulevés par ce texte législatif. Or l’ensemble de ce texte « nie la science et les études qui ont montré les dangers pour la santé humaine et la biodiversité »[3]. C’est ce que 1200 médecins et scientifiques ont écrit dans une lettre ouverte aux ministres de l’agriculture, de la santé et de l’environnement.
Cette lettre ouverte venait après la pétition initiée par Éléonore Pattery sur le site de l’Assemblée nationale et qui a eu un écho considérable auprès de la population. Ce sont en effet pas moins de 2 131 308 pétitionnaires qui ont signé, au 17 juillet 2025, et exprimé ainsi leur opposition au texte et leur volonté de vivre dans un environnement respectueux de la santé et de la biodiversité. Une première pour une telle pétition, un rejet massif de la population. Et le résultat ? La loi a été adoptée.
Passée devant le Conseil constitutionnel, seule la réintroduction de certains néonicotinoïdes a été censurée, tous les autres articles ont été validés, et le Président de la République s’est empressé de promulguer cette loi. D’un côté une volonté populaire niée et pourtant soutenue par la science, de l’autre côté l’obstination d’un gouvernement à vouloir préserver un agrobusiness au mépris de la santé humaine et environnementale. Cela rappelle furieusement la convention citoyenne sur le climat dont les conclusions ont été superbement ignorées par le Président de la République malgré les promesses de suivre ces conclusions « sans filtre ».
Et pendant ce temps là, la COP 30 échoue à prendre des décisions à la hauteur des enjeux, nos gouvernants sont incapables de saisir l’urgence de la situation et de ses conséquences, les lobbys pétroliers, de l’agroalimentaire… s’obstinent à ne pas vouloir changer un modèle économique qui a montré ses limites et qui va droit dans le mur. Même la Cour des comptes, dans un rapport en date du mardi 16 septembre 2025, institution qui n’est pas connue comme particulièrement écolo…, porte un regard très sévère sur la politique de transition écologique menée par l’État ! Elle déplore que « la transition écologique est reléguée au second plan de l’agenda politique » et estime qu’il faudrait « doubler les investissements actuels » et que ne rien faire « coûterait beaucoup plus cher ».
Pourquoi s’étonner alors que les citoyens se détournent des hommes et des femmes politiques qui les ignorent, qui refusent de les écouter ? Les tensions s’exacerbent et les précaires, les classes défavorisées, les personnes fragilisées, les personnes âgées et les malades payent cher la note qui devient de plus en plus salée ! Sans compter que la survie des générations en cours et à venir est de plus en plus menacée. Désespérant.
Notre syndicat se doit de porter les revendications des travailleurs et de la population afin que la protection de notre santé, de notre environnement s’accompagne de mesures sociales : il n’y aura pas de protection de l’environnement et de transition écologique sans protection sociale et vice-versa.
[1] https://reseauactionclimat.org/wp-content/uploads/2025/10/ipsos-bva-pour-les-reseau-action-climat-enquetes-sur-les-mesures-ecologiques-octobre-2025.pdf
[2] https://www.cnrs.fr/sites/default/files/press_info/2025-06/CP_IGCC_FR_2025_MF-CNRS-CEA.pdf
[3] Parmi ces textes, le rapport Bruntland (1987), l’Évaluation des écosystèmes pour le millénaire (2005), les rapports du GIEC, les études de l’OMS, de l’INRAE, de Santé Publique France…