Intelligence artificielle et IA "agentique" : quels enjeux pour l’emploi dans les assurances ?
Notre syndicat constate l’accélération du déploiement de l’intelligence artificielle, notamment de l’IA dite agentique, capable d’agir de manière autonome dans les processus de gestion, de souscription ou de relation client.
Il rappelle que le progrès technologique ne peut se faire au détriment de l’emploi, des qualifications et des conditions de travail des salariés du secteur des assurances.
👉 Pas d’IA sans garanties sociales !
FO Assurances alerte sur :
- les risques de suppressions d’emplois,
- la déqualification de nombreux métier
- l’intensification du travail et la perte de sens,
- l’automatisation de décisions relevant aujourd’hui de l’expertise humaine.
Notre syndicat refuse toute substitution de l’humain par des systèmes autonomes pilotant seuls l’activité et rappelle que la responsabilité doit rester humaine.
👉 Former plutôt que supprimer
Nos revendications :
- une anticipation réelle des impacts sur les métiers,
- des plans de formation qualifiants et certifiants,
- un droit effectif à la montée en compétences pour tous les salariés,
- une transparence totale sur l’utilisation des algorithmes.
👉 L’IA doit rester un outil d’aide, pas de contrôle
Notre organisation syndicale s’oppose à toute utilisation de l’IA servant à surveiller, évaluer ou mettre sous pression les salariés.
Elle portera ces exigences dans toutes les instances du secteur afin que l’innovation technologique rime avec progrès social.
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Déjà de premiers effets annoncés...
Fin novembre 2025, Allianz Partners déclarait déjà envisager la suppression de postes, (jusqu'à 1800 ?), l’IA générative bouleversant notamment en particulier les secteurs de l’assistance et de la relation client.
Selon L'Argus de la semaine dernière, Ergo, filiale d’assurance directe du groupe Munich Re, aurait l'intention de réduire ses effectifs en Allemagne de 200 postes par an jusqu’à 2030, soit un millier de départs au total. La directrice des ressources humaines d’Ergo Lena Lindemann l’aurait confirmé auprès du quotidien économique « Handelsblatt ».
Un accord aurait été conclu avec les représentants du personnel et le syndicat Verdi pour cadrer cette trajectoire de suppressions de postes pour tenter d'éviter tout licenciement économique par le biais, (sur la base du volontariat) , de dispositifs de préretraite, ou par la rotation habituelle des effectifs voire via des indemnités de départ. À noter également qu’Ergo prévoit en parallèle un plan de formation des collaborateurs dont l’emploi pourrait disparaître avec l’IA générative, 500 salariés étant notamment formés sur les années 2026 et 2027.
Pour mémoire: Basé à Düsseldorf, Ergo compte un peu plus de 15 000 collaborateurs : ce plan de suppressions de postes représente ainsi environ 8% de ses effectifs.
IA agentique: L'automatisation change d’échelle
Le Conseil de l’IA et du Numérique présente les principes de fonctionnement des intelligences artificielles dites « agentiques », capables d’enchaîner des tâches, de proposer des décisions et d’interagir avec différents systèmes logiciels dans des environnements professionnels variés.
Une automatisation graduée des processus de travail
Un agent IA est un programme capable de coordonner des actions à partir de modèles d’intelligence artificielle, en analysant un environnement, en comparant plusieurs options et en exécutant des opérations avec ou sans validation humaine. Concrètement, ces systèmes peuvent consulter un agenda, comparer des offres de transport, proposer des solutions adaptées puis effectuer un paiement en ligne selon les paramètres définis.
La littérature distingue cinq degrés d’autonomie, allant d’agents exécutant des règles prédéfinies jusqu’à des systèmes auto-dirigés capables d’apprendre en continu et de réaliser des tâches de bout en bout. Ce dernier niveau, reposant notamment sur l’apprentissage perpétuel, demeure aujourd’hui à l’état de recherche.
Des architectures logicielles en plusieurs couches
Le fonctionnement des IA agentiques repose sur différentes couches logicielles. La couche applicative constitue l’interface utilisateur, par exemple via un assistant intégré à une messagerie. La couche d’orchestration organise les étapes nécessaires à la réalisation d’une tâche, comme la lecture d’un message ou la rédaction d’une réponse.
La couche logique sélectionne les actions à effectuer en fonction d’objectifs et de coûts associés, tandis que la couche d’évaluation vérifie les résultats obtenus et peut intégrer des corrections automatisées ou humaines. Ces mécanismes permettent à l’IA de comprendre, décider, agir puis s’améliorer dans le temps.
Des capacités techniques en forte évolution
Plusieurs évolutions technologiques contribuent au développement de ces systèmes, notamment l’amélioration des modèles de raisonnement depuis septembre 2024, l’optimisation post-entraînement ou encore l’allongement des capacités de mémoire contextuelle.
Selon les données du think tank EPOCH AI, le coût moyen de l’inférence — c’est-à-dire le traitement d’une requête par un modèle — a été divisé par 90 en 18 mois. Cette baisse accompagne le développement de services d’infrastructure permettant un accès à distance à la puissance de calcul nécessaire.
Des limites techniques et organisationnelles
Le déploiement de logiciels agentiques peut entraîner des effets de cascade lorsque plusieurs opérations successives se combinent, ainsi que des comportements imprévus liés à la multiplication des agents en interaction. Des divergences d’interprétation entre systèmes peuvent également conduire à des décisions contradictoires ou à des répétitions inutiles d’actions.
Par ailleurs, l’accès à des volumes importants de données personnelles soulève des enjeux de sécurité et de responsabilité en cas d’erreur ou de décision dommageable. Le règlement européen sur l’intelligence artificielle, entré en vigueur en 2025, prévoit notamment des obligations de transparence, de supervision humaine et de traçabilité pour les systèmes à haut risque.
Des impacts sur l’organisation du travail
L’automatisation de tâches jusqu’ici non automatisables est susceptible de transformer l’organisation du travail, y compris pour certaines fonctions d’ingénierie ou de conception. Toutefois, l’adoption de l’IA demeure progressive lorsque les tâches automatisables représentent moins de 20% des activités d’un métier.
Les systèmes agentiques pourraient également influencer la qualité du travail, les conditions d’exercice des fonctions ou l’accès à la formation, avec des effets potentiels sur la création et la destruction d’emplois.
L’étude ici : https://urls.fr/Rib8cw
Vers une diminution des effectifs chez Mondial Assistance
Après l’annonce de suppressions de postes ces derniers mois au sein du groupe Allianz Partners, la directrice générale d’Allianz Partners France, a expliqué dans un récent ITW à L'Argus de l'assurance, pourquoi l’assisteur - auquel appartient la marque Mondial Assistance - se voit contraint de se restructurer suite aux avancées de l’intelligence artificielle qui va conduire à de profondes évolutions sur la manière de traiter les dossiers.
Parmi les principaux impacts de l'IA, en l'état, elle cite l’ouverture des dossiers , l’envoi de dépanneurs, la facturation, la lutte contre la fraude, l’indemnisation voyage, la santé et l’assistance habitation.
S'il est difficile de prévoir concrètement les effets sur les emplois, elle pense qu' une baisse progressive d’environ 450 équivalents temps plein sur plusieurs années est possible?