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10 / 05 / 2021 | 126 vues
Thierry Noleval / Membre
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Négociations salariales dans la presse magazines : des propositions indignes

Le syndicat des éditeurs de la presse magazines (SEPM) a convoqué les organisations syndicales de salariés à deux reprises ces dernières semaines pour des discussions sur les salaires.

 

Après de très longues années d’absence totale de dialogue social et aucune augmentation de salaire dans la branche, on aurait pu espérer que ces discussions débouchent enfin sur un peu de grain à moudre pour les salariés. Lors de la première réunion, les syndicats avaient unanimement estimé que la revalorisation des minima salariaux ne pouvait, en tout état de cause, pas être inférieure à 2 % afin de repartir vers un dialogue social constructif.

 

Le 24 mars, les employeurs sont revenus avec des « propositions » totalement indignes voire carrément provocatrices !

 

Ils ont en effet proposé une revalorisation de 10 euros en valeur absolue pour les employés et cadres, limitée aux six premiers niveaux des grilles dont le premier niveau cadres, soit les plus bas salaires. Grands princes, ils se sont quand même engagés à aligner les minima des grilles sur le SMIC ! Ce qui en dit long sur l’état des salaires dans la branche. Mais pour tous les autres cadres et journalistes : absolument rien.


Notre organisation syndicale a bien entendu rejeté un tel scénario, soulignant que la somme proposée correspondait, pour un salarié payé au niveau du SMIC, à 0,75 % du salaire. C’est moins que l’inflation et moins que la dernière augmentation du SMIC (0,99 %). De plus, la négociation portant sur les salaires minimaux, cette augmentation risquait d’être de nul effet sur les salaires réels pratiqués en entreprise qui sont au-dessus des minima. 

 

Ils nous ont proposé une politique des petits pas alors que nous revendiquions plutôt un grand pas.

 

Non seulement le SEPM n’a proposé aucune augmentation salariale pour les journalistes mais il entend conditionner une éventuelle évolution des grilles à l’examen de supposés « points bloquants » dans la convention collective. Les employeurs ont évoqué la création d’un groupe de travail sur ce sujet dans le cadre de la mise en place d’une commission permanente paritaire de négociation et d’interprétation (CPPNI) dans le champ de la convention des journalistes.

 

Nous avons  souligné que la mise en place de cette CCPNI, obligatoire, était destinée à permettre une reprise du dialogue social et d’une vraie pratique paritaire (en matière salariale notamment) et non à remettre la convention collective en cause, au nom de prétendus « points bloquants » dont le SEPM a refusé de préciser la nature, malgré nos questions. Nous avons eu droit aux discours habituels : baisse de la publicité, les GAFA, la catastrophe Presstalis etc.

 

Concernant Presstalis, société commerciale contrôlée par plusieurs coopératives d’éditeurs, nous leur avons rappelé que, s’ils avaient dû recapitaliser la société à la hauteur de fonds propres négatifs de plus de 600 millions d’euros, la note aurait été beaucoup plus élevée !

 

  • Le marché de la presse et de la presse magazines semble toutefois intéresser de nombreux milliardaires qui ne sont pourtant pas des philanthropes. Vincent Bolloré (groupe Vivendi) rachète Prisma Presse ; Reword Média a racheté Mandadori,devenant le premier éditeur de presse magazines. Xavier Niel (Free) a également investi dans la presse magazines (La Vie, Télérama et L’Obs) et quotidienne nationale, régionale et vient de racheter le groupe Paris Turf. Patrick Dragi, lui, a racheté L’Express et Libération et François Henri Pineau Le Point. Il nous reste Arnaud Lagradère qui se désengage du secteur (Paris Match, Elle et Le JDD). Bernard Aranult a racheté Les Échos, Investir et Le Parisien et il pourrait prochainement reprendre les titres de Lagradère. Le groupe Dassault n’est pas en reste avec Le Figaro, Le Figaro Magazine, Madame Figaro, TV Magazine, Le Particulier, Propriétés de France et Explorimmoneuf.

 

Tous les syndicats ont jugé l’ensemble des propositions du SEPM inacceptable et réitéré la demande d’une revalorisation minimale des grilles de 2 %, une nouvelle fois refusée par le SEPM. 

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