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21 / 11 / 2019 | 143 vues
Céline Bernard / Membre
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RAC 0 : quels effets économiques réels ?

La réforme 100 % santé n’est plus une nouveauté. Pourtant, elle suscite toujours de nombreuses questions et fait encore débat. Son objectif est de rendre les équipements optiques, dentaires et les audioprothèses accessibles aux gens ne pouvant pas accéder à de tels soins. Dorénavant, les assurés se verront proposer deux devis chez leur opticien : un libre avec monture et verres au choix et un issu du panier 100 % santé, avec un reste à charge réduit à son strict minimum. Cette démarche semble répondre à un besoin social puisque 47 % des Français renonceraient à un équipement optique pour des raisons financières (1).

 

Un contexte économique sous tension

 

La réalité semble être beaucoup moins simple qu’elle ne l’est sur le papier, aussi bien pour les professionnels de l’optique (opticiens et fabricants verriers) que pour les assurés. De l’étude commandée par le Groupement des industriels et fabricants de l’optique (GIFO) et menée par la cabinet Astérès-Rinzen, il ressort qu’il existe un décalage entre les idéaux des uns et la réalité des autres.

 

Deux grands scenarii se dessinent : d’un côté une offre 100 % santé largement acceptée par les assurés qui menacent l’équilibre économique des professionnels de l’optique et de l’autre, une réforme largement écartée par les assurés qui verront leur reste à charge fortement augmenter. Dans ce contexte, même si le RAC 0 représente aujourd’hui une chance pour 77 % des Français (rien ne prédit que ce sera toujours le cas dans quelques mois), on se demande qui sera le gagnant de la réforme…

 

En effet, il semble difficile de concilier les trois objectifs de la réforme, qui préconisent d’une part d'intégralement couvrir les dépenses de soins pour les plus démunis et d’autre part d’attirer les gens renonçant actuellement aux soins d’optique et enfin de réduire les dépenses de l’ensemble des gens achetant des lunettes. Le tout, sans augmenter les cotisations des complémentaires ni les dépenses publiques…

 

Dans ce contexte, les risques sont multiples : baisse de la rentabilité de l’activité des opticiens, risque de licenciements dans la branche, baisse du chiffre d’affaires des fabricants de montures et de verres, augmentation du reste à charge pour les acheteurs désireux de conserver un équipement d’une qualité équivalente à celle de leur équipement actuel. Cette réforme s’installe donc progressivement dans un secteur quelque peu frileux.

 

Des professionnels engagés pour concilier offres, qualité et prix justes

 

Branle-bas de combat chez les opticiens et les professionnels de santé pour faire face à une réforme inquiétante ! D’abord pour les assurés, qui sont 56 % à penser que les équipements optique ne seront pas de qualité (19 % pensent même qu’ils ne le seront « pas du tout ») (1). Inquiétante ensuite pour les opticiens, qui s’affolent et voient déjà leur rentabilité s’effondrer. L’étude du GIFO met en garde contre le pire scénario envisageable : « la destruction de 2 700 emplois parmi les opticiens et les fabricants, soit une baisse de 6 % de l’emploi de la filière (2) ».

 

Comment faire face à une telle menace ? Au sein de la coopérative Optic 2000, on maintient le cap et on poursuit des objectifs historiquement fondés sur six grands axes : citoyenneté, solidarité, mode, innovation, professionnalisme et proximité. Son modèle coopératif inauguré avec le GADOL en 1962 promeut depuis lors la qualité et le service client, tout en innovant régulièrement sur le plan tarifaire : les « prix tout compris » ou la « deuxième paire pour un euro » sont ainsi des inventions d'Optic 2000. Pour le secrétaire général du groupe, Yves Guénin, c’est grâce à « une politique et une organisation volontaires que l’enseigne la plus connue des Français a réussi à prendre de l’avance sur cette réforme », notamment grâce à une campagne publicitaire entamée bien avant l'ébauche du projet du loi et fondée sur le « zéro dépense ». Le slogan est différent mais la philosophie est la même entre les projets du gouvernement et la coopérative Optic 2000 : proposer des offres sans reste à charge pour le patient, donc totalement couvertes par la Sécurité sociale et les complémentaires de santé. 

 

Côté assureurs et complémentaires justement, les principaux acteurs du marché se sont engagés auprès de la ministre Agnès Buzyn à ne pas augmenter leurs cotisations durant la mise en place progressive de la réforme. Pas facile pour tous de tenir cet engagement face à une concurrence toujours plus rude... À la MAAF, on se veut néanmoins rassurant : pas d’augmentation des cotisations. À grands coups de spots publicitaires annonçant son nouveau positionnement stratégique, l'enseigne souhaite passer de la « référence qualité-prix » à « la préférence client ». Les excellents résultats du groupe lui permettent de largement communiquer sur ce gel des tarifs et en faire ainsi un nouvel argument commercial.

 

Bon an, mal an, chacun des acteurs déploie sa propre stratégie pour sortir la tête de l’eau face à une réforme plus ou moins salutaire. Maîtrise de la chaîne de fabrication pour les uns, gel des cotisations pour les autres : tous les moyens sont bons pour maintenir le cap et rassurer les assurés. Seule l’Histoire dira qui sortira vainqueur de cette réforme 100 % santé.

 

(1) https://100pour100sante.fr/portfolio-item/les-francais-et-la-reforme-100-pour-100-sante/

(2) https://gifo.org/app/uploads/2018/10/Asteres-Rinzen_Gifo_final_19.10.18.pdf

(3) https://www.journaldeleconomie.fr/Face-aux-enjeux-du-vieillissement-ou-du-renoncement-aux-soins-l-optique-doit-sortir-des-magasins-par-Yves-Guenin_a6051.html

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