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26 / 01 / 2023 | 76 vues
Fabien Brisard / Abonné
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Soins de santé : adieu l’abondance, place à la sobriété

Les débats sur le devenir de notre système de santé sont  plus que jamais au centre des priorités du moment... David Ollivier-Lannuzel, Président général de la MCDEF et Gilles Girard, Directeur général de Thémis Conseil, ont bien voulu apporter leur contribution à ces réflexions pour le Craps (*) , en insistant sur le fait qu'il doit être réformé d’urgence afin de le rendre plus raisonnable.


Pour eux nous avons aujourd'hui  une approche trop consumériste de la santé...Il est donc impératif de responsabiliser les assurés sociaux , mais aussi les professionnels de santé.


Pour eux aussi,  la  priorité absolue est d’inventer une vraie prévention, collective, organisée et dotée de moyens réels, sans se substituer pour autant à certaines autorités comme les parents ou l’école.

 

Notre système de santé est jugé par beaucoup comme le pire à l’exception de tous les autres. Le problème est qu’il n’est pas durable et doit être réformé d’urgence afin de le rendre plus raisonnable. Et le marketing ne suffira pas à le sauver

 
Le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2023 a suivi un difficile parcours parlementaire, entamé par un recours à l’article 49.3 par le gouvernement à l’Assemblée nationale, avant d’être adopté en première lecture par le Sénat. La commission mixte paritaire n’ayant pas été conclusive, le texte est donc retourné à l’Assemblée nationale pour un nouveau 49.3…


 
Au-delà de ces vicissitudes politiques, le constat reste le même : comme tous les ans, le budget de la Sécurité sociale va augmenter, une partie du financement va se répercuter au niveau des salariés et des entreprises, les charges sociales vont s’alourdir… Ce cercle peu vertueux traduit bien l’usure générale de notre système de santé, qui n’est pas durable.


 
On ne pourra pas continuer à augmenter les contributions des salariés. Certains proposent un plus grand effort des grandes entreprises, mais taxer les profits ne peut fonctionner qu’à condition qu’ils soient bien fléchés. Il faudrait donc trouver de nouvelles sources de financement. La situation est sans issue : aujourd’hui, ce système, héritage des grands principes qui ont construit la Sécurité sociale – « l’accès au système de santé selon ses besoins et non selon ses moyens » – tourne en rond, d’autant qu’il subit aussi un « effet papillon » systématique et pervers : dès qu’on agit positivement d’un côté, une conséquence négative surgit de l’autre.


 
Notre société a créé de nombreuses protections, mais pas une véritable éducation à la santé, et elle a fini par nous mettre en danger. Alors pourquoi ne pas opter pour une nouvelle radicalité : en schématisant, ne touchons plus au PLFSS et apprenons à ne plus fumer, boire et manger sucré ! On peut parfois juger hâtivement que ceux qui sont en mauvaise santé l’ont cherché, en ne faisant attention à rien. Mais n’oublions jamais que l’individu n’est pas responsable de tout. Il est même souvent victime, dès lors qu’on banalise ces consommations ou modes de vie à risque qui se révèlent coûteux à terme, tant pour l’individu que pour la collectivité. Nous devons certes favoriser la responsabilité individuelle face à la santé, mais aussi la responsabilité collective. Pourquoi par exemple ne pas taxer plus les fabricants de cigarettes ou les producteurs d’alcool ? Et ne pourrait-on pas également faire peser la responsabilité de l’obésité sur l’industrie agro-alimentaire, ou sur le distributeur… ou sur l’État qui laisse faire ?


 
Responsabilisation


 
Dans le domaine de la santé, où la frontière entre réalisme et humanisme est parfois ténue, une politique trop « réaliste » peut avoir une connotation répressive et ne prendre en compte que le critère humaniste a ses limites. Il est donc impératif de responsabiliser l’assuré social, mais aussi le professionnel de santé. Celui qui consomme, mais aussi celui qui délivre. Celui qui demande toujours plus de soins, mais aussi celui qui permet les déviances ou refuse de réduire les actes. Et il faut en demander plus au politique, dont la responsabilité est engagée.


 
Nous avons aujourd’hui une approche trop consumériste de la santé : toujours plus de prestations et toujours plus de produits, dont la surconsommation est une catastrophe et un paradoxe à l’heure où l’on a que le mot sobriété à la bouche. La sobriété, cela s’apprend. En la matière, pourquoi ne raisonne-t-on pas pour la santé comme on commence à le faire pour l’énergie, en sensibilisant tout le monde sur la nécessité d’apprendre à vivre raisonnablement avec les moyens disponibles et en utilisant ceux-ci à bon escient. Dans ces deux domaines, répétons-le, on ne peut pas être toujours dans le plus.



On ne devrait pas augmenter indéfiniment le budget de la Sécurité sociale et il faudrait par exemple revoir toute notre politique du médicament ou mieux analyser des dispositifs comme le 100 % santé, le prototype même d’une démarche consumériste (sur l’audio, par exemple, il a amené un nombre considérable de nouveaux clients, qui ne l’auraient pas été sans lui). « Je paie, donc j’ai droit » est l’une des phrases les plus prononcées par les consommateurs de santé. Et l’assurance est là pour payer… Mais tous les soins pris en charge par l’AMO et l’AMC sont-ils justifiés ?



Ceux et celles qui ont inventé et mis en place la Protection sociale l’ont fait sur la base de la mutualisation et de la responsabilité. Le malheur est qu’on a gardé la première et oublié la seconde, ou tout au moins qu’on l’a décalée : chacun aujourd’hui attend les solutions d’un autre et se préoccupe peu de savoir si ces mêmes solutions sont viables ou raisonnables. On a donc construit un système sur des principes qui ne sont plus appliqués et qui a déraillé. Même si une certaine forme de conscientisation individuelle semble apparaître, il sera difficile, voire impossible, de l’universaliser.


 
Détermination


 
La solution, on ne le répètera jamais assez, passe par la prévention, un terme certes utilisé à tout bout de champ, souvent enrobé d’un vernis marketing, mais dont on ne maîtrise pas forcément le sens. La priorité absolue est pourtant d’inventer une vraie prévention, collective, organisée et dotée de moyens réels, sans se substituer pour autant à certaines autorités comme les parents ou l’école.


 
Aujourd’hui, on ne peut se contenter de simples « coups », par exemple en inventant un titre de « Ministre de la Santé et de la Prévention ». François Braun, son détenteur, a en tout cas inscrit la consultation médicale gratuite à 25, à 45 puis à 65 ans dans le PLFSS. L’un se concentre à 25 ans sur d’éventuelles addictions ou l’entrée dans la vie professionnelle, le deuxième à 45 ans sur le dépistage de certains cancers, l’activité physique ou la santé mentale, et le troisième à 65 ans sur la prévention de la perte d’autonomie et d’autres maladies.


Avec ces trois nouveaux rendez-vous santé, sommes-nous « entrés dans l’ère de la prévention », comme s’en est félicité le ministre dans le Journal du dimanche ? La mesure a été accueillie par certains comme un symbole, voire un virage. On se permettra de rappeler que la France compte aujourd’hui moins de 6 000 médecins de prévention, un chiffre dérisoire qui peut laisser planer un doute sur la mise en application de ce dispositif ambitieux.
 

Contentons-nous dans un premier temps, comme bon nombre d’acteurs de la santé, d’attendre pour voir. La prévention curative ayant trop longtemps été un défaut français, la prudence reste de mise. Mais on ne peut pas rester indifférent ou inactif : le temps est venu d’affronter ces sujets.

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