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28 / 05 / 2026 | 21 vues
Christian Carrega / Abonné
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Coup de projecteur sur les systèmes de retraite en Europe

Dresser un panorama comparatif des systèmes de retraite en France et dans les pays européens est un exercice délicat. Non seulement tout système est bâti sur des éléments différents selon les pays, mais il importe également de prendre en compte les contextes historique, démographique, culturel, social, économique de chacun des pays.

 

S’il n’existe pas de modèle déclinable type, les systèmes de retraite en vigueur appliqués dans plusieurs pays européens sont cependant une source d’enseignement utile pour la France.

 

Nous avons ainsi choisi  ce mois-ci de porter notre regard sur trois pays - l’Allemagne, l’Italie et la Suède – en prenant trois données essentielles, la démographie, l’âge de départ à la retraite et le niveau de vie des retraités.

 

Retraites : l'Europe face au défi du vieillissement

 

Répartition, capitalisation : des logiques hybrides

 

Première observation : si en France les régimes de pension sont fondés sur le principe de la répartition, l’Allemagne, l’Italie et la Suède présentent des familles hybrides, répartition – capitalisation, qui fonctionnent selon une logique d’épargne dans laquelle chacun cotise sur un compte personnel ou dans un fonds commun.

 

Des réformes systémiques engagées dès les années 90

 

Deuxième observation : la Suède, l’Allemagne et l’Italie ont réformé leur système de retraite dès les années 90 afin d’en pérenniser le financement, alors que la France n’a toujours pas engagé de réforme systémique. Ces trois pays ont ensuite mis en place des mécanismes d’ajustements avec pour dessein de ne pas léser les générations futures.

 

Le défi démographique : moins de cotisants, plus de pensionnés

 

Troisième observation : le déclin démographique est une tendance de fond qui touche tous les pays et pose la question du financement des systèmes de retraite. Les récents recensements indiquent que la variation naturelle de la population européenne est désormais négative. Les pays enregistrent plus de décès que de naissances et l’immigration s’avère le principal facteur de l’augmentation de la population.

 

Sous l’effet de l’allongement et de l’espérance de vie, et de la baisse du taux de fécondité, le vieillissement des populations en Europe bouleverse la donne, constitue un défi pour financer les dépenses publiques et redessine les systèmes de retraite. Comme l’indique un rapport de la Commission européenne sur le vieillissement publié en 2021,  l’augmentation de la longévité et la diminution de la population en âge de travailler vont exercer une pression sur les systèmes de retraite européens dans les décennies à venir . Les conséquences d’une telle évolution, à laquelle viennent s’ajouter les mutations des marchés du travail, font que l’on devra travailler plus longtemps pour assurer la soutenabilité des régimes de retraites.

 

Allemagne, Italie : les populations les plus vieillissantes d'Europe

 

Confrontée à la chute de la natalité et à l’allongement de l’espérance de vie, notamment en Italie et en Allemagne(1), l’Europe devrait perdre 49 millions de personnes actives, soit 7% des personnes en âge de travailler d’ici 2050. Conséquence majeure de cet état des choses, dans le cadre des systèmes de retraite de type répartition, il y aura (et il y a déjà) de moins en moins de cotisants et de plus en plus de pensionnés.

 

Les populations de l’Allemagne et de l’Italie sont les plus vieillissantes d’Europe. D’ici à 2040, plus de 20 millions d’Allemands nés dans les années 1950 et 1960 partiront à la retraite et seuls environ 14 millions de jeunes arriveront sur le marché du travail. D’où le recours à l’immigration, les besoins estimés chaque année jusqu’en 2060 se chiffrant à au moins 260 000 immigrés dont 150 000 venant de pays hors de l’Union européenne. En Italie, où près d’un quart de la population est aujourd’hui âgée de 65 ans et plus, 6 millions d’actifs partiront à la retraite d’ici 2033, et la population en âge de travailler (20 – 64 ans) devrait diminuer de 34% d’ici 2060.

 

Des modèles de régime de base des retraites aux règles de fonds très diverses

 

L’Allemagne et l’Italie, comme la France, présentent des systèmes publics de retraite par répartition composés de régimes différents selon le statut des salariés. Ils constituent la partie la plus importante des pensions. De son côté, la Suède a un seul régime public de retraite par répartition pour tous les assurés.

 

 

Départ à la retraite : âge légal et âge effectif

 

Un constat qui vaut pour la plupart des Européens : l’âge légal du départ à la retraite ne correspond pas à l’âge effectif - c’est-à-dire l’âge moyen à partir duquel les salariés décident de quitter le marché du travail et de liquider leurs pensions -, le second différant souvent du premier. La majorité des salariés partent en effet en moyenne avant l’âge légal fixé dans leur pays, mais avec une décote. Il en est ainsi en Allemagne et en Italie, à l’inverse toutefois de la Suède où, comme en France d’ailleurs, ils la prennent nettement après. En outre, si dans l’ensemble des pays, le départ à la retraite dépend du nombre d’années travaillées, il peut varier selon que le travailleur est un homme ou une femme, et selon le statut professionnel, sans omettre les exceptions propres en vigueur dans chaque État. C’est pourquoi, comme le note le Centre des liaisons européennes et internationales de sécurité sociale (Cleiss),  les âges légaux de chaque pays ne sont pas entièrement comparables ou du moins ne suffisent pas à comparer les systèmes de retraite  .

 

Niveau des pensions de retraite : des disparités sensibles

 

Les pensions de retraite moyenne varient d’un pays à l’autre en termes nominaux et en standard pouvoir d’achat (SPA). Par ailleurs, des écarts persistent entre les hommes et les femmes, et pour la France il faut prendre en compte les différences entre le secteur privé, la Fonction publique et les indépendants. L’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) pointe le fait que les chiffres présentés quant au montant des pensions de retraite ne prennent pas en compte ces paramètres ainsi que le montant des revenus perçus avant la retraite. L’organisation prône plutôt de mettre en avant le taux de remplacement net (droits à la retraite individuel nets divisés par le salaire net), le pourcentage de l’ancien revenu du salarié une fois arrivé à la retraite, et par sexe. Cet indicateur s’avère très pertinent parmi les déterminants du ratio dépenses de retraite / PIB.

 

Taux de remplacement net des pensions

 

Ce taux est le plus élevé en Italie et plus faible en Suède et surtout en Allemagne.

  • Allemagne : 55,3%
  • France : 71,9%
  • Italie : 82,6%
  • Suède : 65,3%

 

Revenus des retraités des personnes âgées de + 65 ans par rapport à la population nationale

 

L’Italie, avec la France, voit le niveau de vie des + de 65 ans à peu près égal à celui de l’ensemble de sa population.

  • Allemagne : 87,6%
  • France : 99,8%
  • Italie : 103%
  • Suède : 86,5%

 

Les systèmes de retraites dans l’UE

 

La Fondation Robert Schuman a publié un tableau récapitulatif pour mieux comprendre les systèmes de retraite dans les États membres de l'Union européenne. En voici un extrait pour la France, l’Allemagne, l’Italie et la Suède. Pour le visualiser dans son intégralité, c’est ici : Les systèmes de retraite dans l’Union européenne.

 

(1) L’espérance de vie est de 84,1 ans en Italie et en Suède. Vient ensuite l’Espagne (84 ans)

 

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