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20 / 01 / 2021 | 112 vues
Jacky Lesueur / Abonné
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« Permettre à tous d’avoir effectivement accès aux vaccins, c’est ce qui mobilise les militants mutualistes » - Jean-Paul Benoit, président de la FMF

La Fédération des Mutuelles de France (FMF) a tenu son congrès il y a quelques semaines. Entretien avec Jean Paul Benoit , son président.

 

Depuis le début de la pandémie, le gouvernement est vivement critiqué sur sa gestion de la crise. Quelle est votre appréciation ?
 

L’heure n'est pas de polémiquer mais de trouver des solutions qui nous sortent rapidement de l’ornière. Sur les masques comme sur le confinement, le manque d’anticipation des gouvernements (en France et ailleurs) a été brutalement sanctionné par la réalité. La gestion libérale et court-termiste des services publics a fait la démonstration de son inefficacité et de sa nocivité au détriment de tous. Comme toujours, ce sont les plus vulnérables qui ont payé le prix fort. Cette fois, il était exorbitant : c’était celui de la vie. Les inégalités sociales et territoriales ont été révélées, mises au jour et se sont violemment aggravées par cette crise. Au printemps 2020, on risquait plus de mourir des suites du covid-19 en Seine-Saint Denis qu’à quelques kilomètres de là, à Paris. Tout cela est gravé dans nos esprits et chacun répondra de ses décisions le moment venu.
 

Mais ce qui importe, aujourd’hui, c’est qu’avec les vaccins une solution est à portée de main. Il faut mobiliser toutes les énergies utiles pour sortir de la situation sanitaire, sociale et économique catastrophique dans laquelle ce virus nous a mis. Mobiliser toutes les énergies, ce n’est pas instituer un grand bazar. Les pouvoirs publics doivent clairement organiser les choses, en-dehors de toutes considérations corporatistes sur qui aurait ou non le droit de vacciner. Il faut se retrousser les manches et chercher, d’une part, tous ceux qui sont en capacité de vacciner en toute sécurité et, d’autre part, tous ceux qui veulent se faire vacciner. De ce point de vue, la volonté d’imposer une visite médicale préalable à toute vaccination était une erreur qui a heureusement été corrigée. En revanche, dans un contexte de disponibilité progressive du vaccin, la priorité aux gens les plus exposés en fonction de leur activité professionnelle ou de leur âge est tout à fait justifiée.

 

Vous défendez donc le principe de la vaccination ?
 

Bien sûr mais il faut avoir l’esprit clair sur l’utilité d’un vaccin. Ce n’est pas un interrupteur « marche/arrêt » qui arrête la maladie du jour au lendemain. C’est un élément déterminant dans une stratégie de réduction des risques, seule méthode efficace de lutte contre une pandémie. Aucune maladie n’a été vaincue en un claquement de doigts. Toutes les affections que nous sommes parvenus à éradiquer l’ont été grâce à des politiques de réduction des risques, conjuguant vaccin, traitement et normes d’hygiène. En protégeant ainsi progressivement de plus en plus de gens, des maladies ont disparu ou, du moins, leurs effets se sont nettement amoindris.
 

Face au covid-19, jusque-là, nous n’avions pas le choix. Sans vaccin ni traitement efficace, le seul moyen de limiter la propagation c’était la saignée (c’est une image) sociale, économique et psychologique. Comme le dit l’anthropologue Didier Fassin, pour sauver des vies biologiques (et il fallait le faire), nous avons sacrifié des vies biographiques frappées d’isolement et d’anxiété. Tout cela crée une bombe à retardement dont nous ne prendrons la mesure que dans plusieurs années et l’addition sera salée.
 

Alors oui, maintenant qu’ils ont été mis au point, testés et qu’ils sont disponibles (le temps de les produire), il faut se faire vacciner pour se protéger soi-même et pour protéger les autres. Ce qui mobilise l’énergie des militants mutualistes aujourd’hui, c’est de trouver comment permettre à tous d’avoir accès aux vaccins.
 

Pour ce qui est des Mutuelles de France, nous avons de très nombreux centres de santé, bien implantés sur le territoire, regroupant des professionnels de santé compétents. Les locaux sont adaptés à l’accueil des patients. Nos centres de santé sont l’arme au pied ou plutôt « la seringue à la main », à la disposition du gouvernement.
 

Nous n’avons pas le droit d’échouer. La seule chose qui puisse légitimement nous limiter, c’est la capacité de production. Tous les freins logistiques, économiques ou administratifs doivent être maintenant levés.

 

Que répondez-vous à ceux qui pensent que tout cela permet aux laboratoires de faire des profits record ?
 

Qu’ils ont raison de s’inquiéter que l’on puisse faire du profit sur la santé. Les polémiques entretenues par les « Docteurs Diafoirus » des réseaux sociaux à propos des effets prétendument cachés des vaccins occultent l’essentiel. Une fois pour toutes, l'essentiel, c’est que la santé n’est pas une marchandise ! Oui, c’est une honte de faire du profit sur le malheur et sur la vie humains. C’est la raison pour laquelle nous avons rejoint l’initiative citoyenne européenne « pas de profit sur la pandémie » et invitons chacun à faire de même pour exiger une totale transparence scientifique et financière et garantir l’accès effectif de l’ensemble de la population mondiale au vaccin, pas seulement dans les pays les plus riches. Ce combat contre la marchandisation de la santé n’est pas le combat du jour, c’est celui de toujours.
 

Depuis longtemps, nous réclamons la mise en place d’un pôle public européen du médicament qui investisse massivement dans la recherche, assure une pharmaco-vigilance exigeante et soit en capacité de produire des médicaments et des biens médicaux dans des conditions économiques qui préservent les systèmes de protection sociale. Nous ne pouvons pas laisser cela « à la main invisible du marché » et à la cupidité du bras qui l’agite. Sinon, c’est la loi du plus fort et du plus riche, les masques « volés » sur les tarmacs d’aéroport, les plus riches qui peuvent s’offrir un rendez-vous chez le médecin et les habitants de quartiers mieux équipés qui peuvent aller à l’hôpital si besoin.
 

Au-delà de la pandémie de covid-19 (et j’ai envie de dire malgré la crise sanitaire), c’est déjà une réalité que nous vivons. Comme depuis vingt ans, la loi de financement de la Sécurité sociale de 2021 rogne encore les financements justement et affaiblit le système de santé. Le combat contre cette politique est d’une criante urgence face aux fermetures d’hôpitaux, aux suppressions de lits qui se poursuivent en ce moment même, à la pénurie de personnel soignant et à ses si difficiles conditions de travail, face aux dépassements de tarifs contre lesquels rien n’est fait. Contre tout cela, qui crée de l’injustice et des inégalités en santé, rien ne sert de renoncer au vaccin et il ne suffit pas d’applaudir à 20h00. Il faut s’engager pour défendre et promouvoir un modèle de protection sociale solidaire de haut niveau.

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