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28 / 02 / 2020 | 140 vues
Valerie Perot / Abonné
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Pénibilité et retraite : l’éternel point de blocage du patronat ayant fait céder bien des gouvernements

Le projet de reforme des retraites se heurte à deux problèmes majeurs aux mains du patronat : il est difficile de travailler après 55 ans et quasiment impossible après 60 ans, surtout si l'on est sorti du marché du travail.
 

Un taux d’emploi des seniors est extrêmement bas (source : DARES). Les chômeurs de plus de 55 ans sont la plupart du temps exclus du marché du travail, ce que l’on doit considérer comme une discrimination liée à l’âge, alors que l’âge de la retraite recule depuis 2010. Si l’emploi des seniors augmente depuis dix ans, il reste l'un des plus faibles en 2018 (en position 5 des pays de l’OCDE : 31 % de 60-64 ans en France, contre près de 70 % en Suède et 60 % en Allemagne). Le taux d’emploi des 55-59 ans ressort à 72 % et à 6,5 % pour les 65-69 ans, soit un taux global de 52 % pour les 55-64 ans mais ce taux était de 40 % en 2010 (62 % pour les 55-59 ans et 17 pour les 65-69 ans).


Alors que le chômage tend à reculer (stabilisé autour de 8,5 % de la population active, avec une baisse record de 3,1 % en 2019), il ne cesse d’augmenter chez les 60 ans et plus (source : Pôle Emploi). Leur nombre (chômeurs de catégorie A, soit recherchant un emploi) a dépassé la barre du million en 2013 et ressort actuellement à plus de 2,5 millions. L'une des causes principales est que le retour à l’emploi des seniors est plus difficile que celui des autres classes d’âge, même quand on a moins de 55 ans. En 2019, 15,8 % des 50 ans et plus ont retrouvé un travail le trimestre suivant, contre 28,1 % des 15-24 ans et 23,3 % des 25-49 ans. De même, on constate un grand nombre de chômeurs de longue durée chez les seniors (60,2 % des 55 ans et plus sont au chômage depuis au moins un an). Les seniors franciliens sont davantage touchés par le chômage de longue durée : 52 % d’entre eux sont inscrits à Pôle Emploi depuis trois ans ou plus alors que le taux d’emploi des seniors reste plus élevé en Île-de-France que dans le reste du pays.
 

  • Il est difficile de travailler après 55 ans du fait de l’usure professionnelle et de l’état de santé qui mène au difficile maintien dans l’emploi des travailleurs âgés ;
     

Alors que les conditions de travail et la vie professionnelle devraient soutenir l’activité des salariés vieillissants, favoriser la construction de leur santé et éviter toute exclusion sociale, les études montrent le taux élevé de sorties précoces du monde du travail avant l’âge légal de la retraite et de ruptures professionnelles avec des fins de carrière chaotiques et délétères pour la santé. Ainsi, au-delà de l’analyse des  taux d’emploi, les situations de transition entre emploi et retraite pour bien des salariés de plus de 55 ans se caractérisent par leur inactivité, leur chômage mais aussi une longue maladie ou une invalidité.
 

On constate l’absence de politique d’entreprise visant à prolonger la vie au travail dans des conditions de « qualité de vie au travail » prenant le vieillissement et l’usure professionnelle en compte : absence de politique de recrutement, de formation (le taux d’accès à la formation décroît avec l’âge), d’amélioration des conditions de travail favorisant le maintien dans l’emploi et le travail des seniors. Alors que certaines caractéristiques du travail sont connues pour être particulièrement pénalisantes et sources d’usure professionnelle (travail de nuit ou en horaires décalés, exigences physiques ou psychiques de certains métiers et postes de travail, travail sous fortes contraintes temporelles, postes polyvalent etc.). L’enjeu est alors pour ces salariés de « tenir au travail » pour obtenir une retraite à taux plein, en exposant leur santé.


Plus concrètement, dans le cadre de leur obligation de prévention des risques et de préservation de la santé, les entreprises ne se penchent pas sur la prévention de l’usure professionnelle alors qu’il existe des données sur les conditions de travail et la santé sur lesquelles s’appuyer : accidentologie-taux de sinistralité, restrictions d’aptitudes, inaptitudes et autres problèmes de santé, absentéisme, renouvellement, obsolescence des compétences, désengagement et mise en retrait… La plupart du temps, des postes sont adaptés et des salariés reclassés au fil de situations individuelles sur demande de la médecine du travail.
 

Or, le vieillissement au travail générant une usure professionnelle est un processus progressif et conditionnel en fonction des parcours professionnels effectués, des métiers exercés, des postes et conditions de travail vécus. L’enjeu est donc de permettre aux travailleurs de rester en bonne santé afin de pouvoir travailler jusqu’à l’âge de la retraite et de pouvoir en profiter (rappelons que l’espérance de vie des Français en retraite varie en fonction des catégories socio-professionnelles, intégrant des facteurs liés aux conditions de travail). L’usure professionnelle se définit comme un processus d’altération de la santé qui dépend de la répétition et/ou de combinaisons d’expositions de l'intéressé à des contraintes du travail. Les actions ne doivent pas se concentrer sur les seniors (qui sont de l’ordre correctif pour traiter de situations d’urgence) ni sur les seules contraintes et pénibilités physiques, ce qui renvoie les entreprises à un questionnement plus global, donc à prendre le temps d’un diagnostic multi-factoriel réunissant différents acteurs.

 

Dans le cadre du débat social sur le projet de réforme des retraites, la question des politiques de l’emploi et du travail sous le prisme des pénibilités auxquelles sont exposées les travailleurs sont un prérequis à toute réforme des retraites : cette question fait cruellement défaut et ce n’est pas nouveau (réforme des retraites de 2010, bagarre pour la création du compte de pénibilité rapidement réformé puis suppression de facteurs pris en compte pour alimenter le compte pénibilité en 2017).

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