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18 / 09 / 2019 | 142 vues
Jean-Louis Lascoux / Abonné
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Les modes sociétaux de régulation relationnelle de jadis à nos jours

Vous êtes en conflit ? La situation est très désagréable. On essaye de régler, on subit, puis on envisage d’aller en « Justice ». Pourtant, le système judiciaire n’a pas toujours existé. En matière civile, ce recours est institutionnellement remis en cause. Déjà, vous allez devoir penser « processus de médiation » plutôt que « procédure judiciaire ». En France, les gouvernements successifs incitent aux règlements amiables.  Faisons le point des anciennes pratiques, des pratiques traditionnelles et de ce qui peut apporter quelques changements avec la nouvelle « profession de médiateur » promue depuis vingt ans par la Chambre professionnelle de la médiation et de la négociation (CPMN).
 

Dictionnaire encyclopédique de la médiation Au service de la qualité relationnelle et de l'entente sociale  LASCOUX JEAN-LOUIS

Les ADR, c’est l’Amérique libérale ?
 

En Europe et en France, depuis la fin des années 1990, pour diminuer les dépenses liées au règlement des différends judiciarisés, des pratiques nouvelles ont été mises en place. Il s’agit des « modes alternatifs de règlement des conflits ou MARC » (MARL pour les litiges, et MARD = différends). Modélisés dans le courant des années 1970, aux États-Unis, ce sont les « alternatives disputes resolution » (ADR). En creusant, on y trouve la pensée libérale de John Locke (1632-1704).


C’est la suppression progressive de cette « sécurité sociale » de la dégradation relationnelle. Moins de tribunaux, moins de juges et décourager les procédures : c’est le sens de la réforme du judiciaire amorcée il y a des années. La profession d’avocat s’en trouve atteinte à la fois dans sa pratique « demandeur/défendeur » et dans son économie. Beaucoup cherchent à s’approprier une méthodologie. Qu’en est-il ?

 

Ces nouvelles approches frappées « made in USA » sont une combinaison de pratiques ancestrales d’avant le XVIIe siècle et d’une conception « gestionnaire » qui a perdu de sa rentabilité.
 

Les pratiques ancestrales de régulation relationnelle

De nos jours, des traces des pratiques ancestrales existent. Elles sont aussi utilisées, avec quelques abus, pour ancrer l’historique des fameux « ADR ». En réalité, le paradigme de référence n’est pas le même : il reposait davantage sur de l’entente que sur du contrat. Dans un texte éloquent, un Amérindien Lakota, John Fire Lame Deer (1903-1976) observait qu'« avant que nos frères blancs viennent nous civiliser », les manières amérindiennes de vivre étaient tout autres : pas de prison, pas de clef, pas de monnaie et pas de loi écrite. Ce qui l'a amené à ironiquement se demander comment ses ancêtres « avaient pu s’en sortir sans ces choses » jugées « fondamentales » par ses « frères blancs ».

 

Sans être préventives d’un recours judiciaire qui n’existait pas, ces pratiques d'usages pluriels visaient le maintien ou la restauration du lien social par le dialogue assisté ou à chasser des forces maléfiques et de soigner une relation ou une maladie.
 

Alors, parmi les pratiques ancestrales venues jusqu’à nous, j’en ai identifié six, dont certaines ont des variantes que je vous laisse découvrir par ailleurs :
 

  • calumet de la paix,
  • exorcisme,
  • hoʻoponopono,
  • ambassade et médiation,
  • palabre,
  • parenté à plaisanterie.
     

Le modèle occidental a été traversé par certaines de ces pratiques. Mais le système théâtral du judiciaire, sans doute hérité de la Grèce puis de la Rome antiques, a été de plus en plus perfectionné, apportant des rituels, des textes de références pour canaliser les débats, avec des épisodes à suspens (le jeu des procédures). Arrivé à saturation de son recours, le modèle judiciaire est remisé pour faire place à des pratiques à la charge de l’une ou de toutes les parties.

Alternatives au système judiciaire

Les pratiques alternatives à l’intervention judiciaire font intervenir un tiers, nommé médiateur, conciliateur ou arbitre, dont la mission est d’amener les parties à trouver un accord en conformité avec la loi, la morale et les normes psychosociales. Les praticiens considèrent d’ailleurs que si les parties ne trouvent pas d’accord, c’est qu’au moins l’une d’entre elles ne le veut pas ou qu’elle est de mauvaise foi.
 

Voici celles qui ont fait l’objet de publication :
 

  • arbitrage (avec la clause compromissoire),
  • conciliation,
  • droit collaboratif,
  • compromis transactionnel,
  • médiations traditionnelles (recours à un tiers sous tutelle),
  • consensus approximatif (consensus arbitré).
     

Maintenant, voici des pratiques impliquant une posture distanciée du tiers, le « médiateur professionnel » dont les garanties sont formalisées (cf. code d’éthique et de déontologie des médiateurs).

La médiation professionnelle et l’ingénierie relationnelle

Associée à une recherche sur la décision libre, cette pratique a été conçue dans le courant des années 1990. En 2000-2001, j’ai proposé les premières formations à la médiation professionnelle, avec un « processus structuré » ordonnée au moyen des savoir-faire en « qualité relationnelle ».
 

Voici les instrumentations actuelles :
 

  • médiation professionnelle : pratique structurée et structurante d’aide à la décision et à la définition de projet relationnel ; elle repose sur les techniques développées en ingénierie relationnelle, intégrant un raisonnement discursif et la perspective de la qualité relationnelle. Son paradigme est celui de l’entente et de l'entente sociale ;
  • dispositif de médiation professionnelle internalisée ou externalisée pour les organisations ;
  • enseignement de la médiation professionnelle et de la qualité relationnelle, pour les relations au travail, la QRT (présentiel et distanciel, avec ateliers de pratiques) ;
  • ingénierie relationnelle ;
  • conventions éthiques d’engagement à la médiation professionnelle (ViaMediation)
     

La « profession de médiateur » comble ce vide de compétences en matière relationnelle. Les médiateurs professionnels assurent une posture contributive à l’exercice de la décision libre et motivante. Leur méthodologie, outillée de l’ingénierie relationnelle, réactualise l’usage de la raison. Elle soutient et instrumente la recherche que chacun peut avoir de renforcer la qualité du dialogue social et le doter de savoir-faire en matière décisionnelle et relationnelle.
 

Vous pouvez vous procurer le Dictionnaire encyclopédique de la médiation, au service de la qualité relationnelle et de l'entente sociale (Aout 2019)de Jean-Louis Lascoux, chez ESF Sciences Humaines.

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