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08 / 06 / 2020 | 307 vues
Collectif Guildeur / Membre
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Le casse-tête des ASC en 2020

Un salarié sur deux exerce une activité professionnelle dans une entreprise dépourvue d’instance représentative du personnel (90 % des salariés travaillent dans une entreprise de moins de 100 salariés). Sur quarante années, l’importance des activités sociales et culturelles a plutôt proportionnellement régressé dans un monde professionnel qui a éclaté.
 

  • Parallèlement, les attentes de plus en plus individuelles des bénéficiaires ont entraîné une dématérialisation « liquide » des prestations (chèques vacances, bons d’achat et billetterie) et une sous-traitance des activités auprès de prestataires ou portails en ligne. Les ASC ont alors perdu une partie de leur spécificité pour se diluer sous la forme d’un complément de revenu. Au passage, les CSE sont progressivement revenus à une sorte de service administratif aux yeux des salariés.
     

Alors que les circuits courts alimentaires, les plates-formes d’entraide de voisins ou la location de courte durée sur AirBnB se développent, les 36.000 CSE sont peu organisés entre eux pour fédérer et proposer les nombreux logements qu’ils gèrent. Moins de 5 % d’entre eux travaillent avec les acteurs du tourisme, social selon le Cercle Maurice Cohen. Un succès que n’a pas non plus réussi la CFDT malgré son réseau Cezam en inter-CSE alors qu'Edenred a parallèlement un chiffre d’affaires en croissance de 15% / an mais dans une offre qui s’adresse directement aux directions des entreprises.
 

En cette période de déconfinement, on pourrait envisager un élan de collaboration pour faire évoluer les secteurs touristiques afin de privilégier des acteurs issus des secteurs de l’économie sociale, solidaire ou mutualiste, de l’associatif et les accueils mieux-disant pour l'environnement ou la justice sociale. Pourtant, c’est Edenred qui a lancé le fonds de soutien « more than ever » de 15 millions d'euros pour aider les acteurs dans le déconfinement.

 

Une charte des ASC
 

Définissez une charte des ASC à l’égard des prestataires en fonction de leurs bonnes pratiques sociales, éthiques et écologiques.
 

Dès 2017, le Cercle Maurice Cohen, avait décrit des propositions dont nous nous inspirons : pourquoi ne pas envisager de définir une charte des ASC à l’égard des prestataires, en fonction de leurs bonnes pratiques sociales, éthiques et écologiques (comme l’exemple de François Tourisme Consultant avec Ecorismo
 

Dans le patrimoine récréatif des CSE, les investissements à faire ne pourraient-il pas également être financés par des plates-formes de la location de courte durée (type AirBnB) mais plus proches de l’économie sociale et solidaire, comme FairBnB, née à Bologne, ou comme hoteldunord.coop, fondée à Marseille et dont nous saluons l’approche H2H (humain à humain). Enfin, comme évoqué lors des précédents épisodes de notre web série, une plus grande collaboration entre représentants du personnel de l’entreprise et l’entourage immédiat permettrait de croiser les efforts citoyens, les actions des acteurs locaux (collectivités, libraires indépendants et cinémas de quartier) et le progrès social en entreprise. C’était déjà le sens du rapport 2015 du Comité européen des régions pour instaurer des principes de solidarité, de démocratie et de participation avec les communautés locales. Ces initiatives pourraient en outre profiter de la plate-forme d’open data https://info.datatourisme.gouv.fr/ du ministère.

Un autre sujet va nécessiter un effort important des CSE dans l’année à venir : celui de la restauration collective. Qu’ils pilotent la gestion ou participent à la gestion de restaurants d’entreprises ou que l’entreprise ait plutôt opté pour la solution de tickets-restaurant, la prise de repas le midi est durablement affectée par la pandémie. Une baisse de fréquentation de la restauration collective devrait entraîner 10-15 % de recul de chiffre d’affaires pour Sodexho ou Elior en 2020 et avoir des conséquences importantes sur des acteurs plus petits comme API ou sur l’équilibre économique des restaurants d’entreprises directement gérés par les CSE. Le chômage partiel n’ouvrant pas droit à ticket-restaurant puisque la personne salariée ne travaille pas, la situation actuelle provoque environ 25 % de baisse d’émission de titres-restaurant en avril et mai. Avec une transformation en cours pour convertir les espaces en lieux de réunion, à l’exception des heures d’ouverture à la restauration. Après s’être adaptés pendant la crise en proposant des offres de restauration à emporter, les acteurs privés du secteur pensent déjà à l’après-crise, notamment dans le cadre d’une densité horaire et d’un nombre de plats servis qui vont être durablement réduits.

 

Gérer les tickets-restaurant

Les CSE peuvent demander à gérer les tickets-restaurant au même titre qu’ils peuvent gérer un restaurant d’entreprise. Comment vont-ils agir pour maintenir une justice sociale envers les salariés qui ne sont pas sur place, tout en étant travaillant au cours de leur journée ? Le philosophe Zygmunt Bauman parle de modernité liquide et ses idées sont largement reprises ces derniers temps pour désigner cette flexibilité et cette adaptabilité extrêmes dont tant de gens ont dû faire preuve durant le confinement. Les difficultés sociales à venir et l'accroissement du télétravail avec de nombreuses personnes travaillant majoritairement à distance obligent de nouveau les CSE à être imaginatifs. On peut envisager le passage d’avantages sociaux « solides » (restaurant d’entreprise et village vacances) à des avantages sociaux « liquides » qui permettraient au personnel de bénéficier de prestations locales auprès d’un acteur du réseau (restaurant d’entreprise et points de collecte à emporter), même si cet acteur n’est pas de la même entreprise et agit comme prestataire pour le compte de votre propre CSE ?

 

Réseau d'entraide

Faisons émerger un réseau d'entraide au sein duquel les CSE deviennent prestataires les uns des autres pour proposer des prestations locales auprès d’un acteur du réseau (points de collecte alimentaire à emporter, tiers-lieux et location de loisir). La communauté Guildeur espère que ces propositions permettront l’accès des salariés aux ASC dans les entreprises multi-sites, qu’elles permettront la rencontre entre certains salariés issus d’entreprises et de secteurs d’activité différents, que ces propositions créeront de nouvelles solidarités notamment avec les catégories de professionnels qui bénéficient peu ou pas de cette redistribution de richesses générée dans l’entreprise : sous-traitants, étrangers détachés en France, salariés de TPE, indépendants...
 

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