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24 / 07 / 2020 | 123 vues
Philippe Grasset / Abonné
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85 % des agents du Ministère de l'Économie et des Finances estiment que le télétravail est adapté à leur activité

Qualifié de travail confiné par l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (ANACT), le recours au télétravail dans l'urgence s’est imposé aux agents et aux directions hors de tout cadrage formel, engendrant des problèmes techniques avec, en parallèle, une disparition du collectif de travail.
 

Lors du groupe du travail du 7 mai, un projet de questionnaire a été soumis aux fédérations syndicales. Il avait été élaboré avec l’appui de l’ANACT sur quatre points : des questions préliminaires, la nouvelle organisation du travail, le nouveau collectif de travail et des pistes d’améliorations pour la sortie de crise. Ce questionnaire a été soumis aux organisations syndicales et aux directions.

 

Finalement constituée de 51 questions (dont 9 réservées aux encadrants), cette enquête a été envoyée à tous les agents des ministères de Bercy, avec un délai de réponse de quinze jours, du 9 au 24 juin.

 

Un sujet sensible pour tous les agents
 

À l'évidence, le  sujet touche particulièrement les agents puisque, sur un total de 43 000 télétravailleurs au plus fort du confinement, 27 794 agents se sont exprimés (dont 6 338 encadrants). Les résultats sont significatifs et instructifs.
 

La grande majorité des télétravailleurs (soit 81 % d’entre eux) ont pu travailler avec un ordinateur professionnel relié au réseau. Sur la question de l’équipement, nous savons que la situation est très disparate d’une direction à l’autre, notre fédération a donc demandé une déclinaison directionnelle. Idem pour la mise à disposition de la messagerie (92 % des agents en ont disposé) et d’outils de communication à distance (20 % des agents).
 

Le secrétariat général note que la majorité des agents était relativement bien installée : 37 % de ces derniers dans une pièce particulière et 44 % avec une installation spécifique. Pour nous, ces chiffres doivent être relativisés puisque un agent sur deux affirme avoir ressenti des troubles musculo-squelettiques pendant la période. S’il est difficile d’influer sur la taille des appartements, notamment en région parisienne, le télétravail dans un mode pérenne doit s’accompagner de la dotation d’un poste de travail : ordinateur portable, souris, station informatique, clavier, second écran si nécessaire voire un fauteuil ergonomique avec l’accord du médecin de prévention. Il faut également inclure cet aspect dans une formation obligatoire pour tous les télétravailleurs et instaurer un suivi spécifique de ces agents.

 

La situation des agents devant assumer la garde d’un ou plusieurs enfants de moins de 16 ans a également été pointée et 83 % reconnaissent que cela a eu un effet sur leur travail. Même si cette donnée n’est pas précisée dans l’enquête, nous pouvons en déduire que les agents concernés sont le plus souvent des agentes…

 

Il est évident que, pendant cette crise, les collectifs de travail ont été mis à mal et la grande majorité des agents est restée en contact avec leur encadrant (94 %). Néanmoins 6 % n’ont eu aucun contact avec leur hiérarchie et 36 % aucun point d’équipe, ces chiffres inquiétants démontrent la nécessité de former les télétravailleurs et les cadres à la gestion à distance. D’ailleurs, les cadres A et A+ sont « sur-représentés » parmi les répondants à cette étude. Ainsi, 47 % d’entre eux reconnaissent avoir eu des difficultés à concilier vie quotidienne et vie personnelle et 52 % ont constaté une augmentation de leur charge de travail pendant la période. Plusieurs facteurs peuvent (sans prétendre à l’exhaustivité) expliquer ce dernier pourcentage : la difficulté de gérer leurs équipes, faute notamment d’outils complémentaires au PC administratif, qui les a conduits à multiplier appels et courriels, la nécessité de redéfinir les missions et les objectifs de chacun avec, parfois le transfert de la charge de travail d’une partie des collaborateurs vers l’encadrant. Néanmoins, ils reconnaissent aussi un gain global en autonomie et en capacité d’organisation.

 

Au final, cette étude démontre que ce télétravail contraint a fait évoluer la vision de tous sur le télétravail. Dans le monde « d’avant », les directions montraient peu d’appétence pour ce mode de travail ; seulement 4 000 agents en bénéficiaient et, dans la majorité des cas, à raison d’un jour par semaine seulement.
 

Maintenant, 85 % des agents estiment que le télétravail est adapté à leur activité et près d’un sur deux envisage de le poursuivre de manière régulière.
 

C'est pourquoi nous estimons que ce changement d’échelle nécessite de repenser l’organisation du collectif de travail et de former les agents et les cadres. Contrairement à ce qui existait dans certaines directions (notamment pour les cadres), aucun agent ne doit a priori être exclu, la décision doit être fondée sur une analyse des tâches « télétravaillables » ou non. Afin de développer un télétravail qualitatif, certains prérequis doivent être réunis : le matériel, l’accompagnement et la formation.


Les pistes de travail envisagées

Le secrétariat général souhaite travailler sur quatre éléments au second semestre 2020 :

  1. les agents et les métiers éligibles avec une attention sur les applications,
  2. le matériel, le poste de travail et les lieux de travail,
  3. l’accompagnement et la formation,
  4. la déclinaison ministérielle du décret du 5 mai 2020.
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