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27 / 05 / 2026 | 21 vues
Claire Guelmani / Membre
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Santé au travail: un coût ou un droit ?

On veut nous habituer à une idée dangereuse : la santé serait un « coût », la maladie un « soupçon », l’arrêt de travail un « abus ». Nous disons l’inverse : la santé est un droit ! L’arrêt de travail est un soin ! Et la prévention est une exigence de justice sociale !

 

Notre système de soins est sous perfusion !

 

Fermetures de lits, équipes épuisées, déserts médicaux, délais à rallonge. Mais au lieu d’investir, on contrôle. On met des objectifs. On surveille. On culpabilise. Comme si les travailleurs devaient prouver qu’ils ont « le droit » d’être malades. Pendant que l’on traque les arrêts, on ferme les yeux sur l’essentiel  : les causes. L’organisation du travail qui casse.

 

La pénibilité qui use.

 

Les risques psychosociaux (RPS) qui explosent. Les expositions qui abîment. La prévention primaire n’est pas un slogan ! C’est ce qui évite la souffrance, les accidents, les arrêts, les inaptitudes.

 

Retour des CHSCT et moyens supplémentaires pour les services de prévention

 

Notre organisation syndicale  n’a jamais lâché le sujet : la disparition des CHSCT a affaibli les moyens et éloigné la santé au travail des priorités. Nous réaffirmons une revendication claire : leur retour. Dans ce contexte, les services de prévention et de santé au travail sont en première ligne.


Les équipes travaillent de plus en plus souvent dans des conditions indignes : pénurie organisée de médecins du travail, sous-effectifs, portefeuilles d’entreprises qui explosent (jusqu’à 10 000 salariés suivis par équipe), tâches administratives envahissantes, injonctions gestionnaires, logique de flux et d’indicateurs.

 

Résultat : moins de temps pour le suivi, moins de présence dans les entreprises, moins d’actions en milieu de travail. Et ce sont les salariés qui paient : visites repoussées, reprises mal accompagnées, situations graves repérées trop tard.

 

La potion magique du MEDEF

 

La feuille de route du MEDEF donnée aux administrateurs des services propose des « solutions » miracles.

En réalité, ce sont des raccourcis dangereux : téléconsultations massifiées, recours à des praticiens correspondants, délégations à marche forcée. Tout cela pour « faire tourner » un système qu’on a laissé se dégrader.

 

Que devient le paritarisme dans tout cela ?

 

Nous le disons nettement : la prévention ne se fait pas à distance, au rabais, ni au chronomètre  ! Bienvenue dans l’ère de la « Santé Minute » à l’heure où les quotas apparaissent dans les services et s’imposent notamment aux personnels infirmiers. Vers une «fast fashion» de la santé

La Visite d’Information et de Prévention (VIP) devrait être le moment où l’on tisse un lien, où l’on dépiste l’invisible («burnout», addictions, usure des postes). Mais avec les quotas, elle ressemble de plus en plus à un scan rapide du travailleur.

 

Se dirige-t-on vers une « fast health » ?

 

Le risque : un soin mesuré, piloté comme une production. Cette logique améliore l’accès au suivi mais en dégrade la qualité, comme dans la « fast fashion ». Faire de la « VIP vite faite », c’est prendre le risque de la « VIP mal faite ».

On ne prévient plus, on survole. Et quand on survole, on rate l’essentiel. La prévention n’est pas une chaîne de montage !

On accélère sans former La téléconsultation, utile ponctuellement, suit la même pente. Devenue modèle par défaut, elle détruit la clinique du travail : ce n’est plus de la prévention, mais de la gestion de flux. Même logique avec les praticiens correspondants  : on confie la médecine du travail à des médecins formés en accéléré, sans accès réel au poste ni capacité d’action auprès de l’employeur.

 

C’est institutionnaliser un suivi dégradé, alors que les délais s’allongent et les visites s’espacent.

Quant aux protocoles entre médecins du travail et infirmiers (IDEST), nous défendons le travail en équipe, mais refusons la mise sous pression des professionnels.

 

Protéger l’indépendance des IDEST

 

Un point trop souvent passé sous silence : les infirmiers diplômés en santé travail n’ont pas, en tant que tels, un statut de «  salariés protégés  » comparable à celui du médecin du travail. Or, quand on augmente les délégations et les responsabilités, on augmente aussi les risques de pressions : pression pour « fluidifier », pression pour « ne pas faire de vagues », pression pour « s’adapter au client ».

Nous n’acceptons pas qu’un professionnel soit exposé sans bouclier.

Protéger l’indépendance des IDEST, c’est protéger les salariés. La logique du contrôle à l’œuvre La logique du « contrôle » monte partout.

 

On surveille les arrêts. Et demain, certains voudraient mettre sous pression les avis médicaux qui protègent les travailleurs.

L’avis d’inaptitude n’est pas une option de confort : c’est souvent la dernière barrière avant l’accident, l’effondrement ou la rupture brutale.

Mais dans une logique comptable, l’inaptitude devient une cible : on conteste, on soupçonne, on retarde, on met en cause.

 

Nous refusons que l’acte médical devienne une variable de gestion.

 

Mal prévenir et mal guérir

 

C’est ici que la prévention de la désinsertion professionnelle (PDP) est décisive  : intervenir avant la casse : repérer tôt, organiser la pré-reprise, c’est à dire préparer la reprise, aménager, adapter, reclasser réellement. C’est éviter que l’usure au travail conduise à l’exclusion.

 

Mais sans moyens, temps médical, équipes, ni coordination réelle entre acteurs, cela devient une promesse vide. Et quand les employeurs n’appliquent pas les préconisations, c’est le salarié qui se retrouve coincé. Prévenir la désinsertion, ce n’est pas gérer l’exclusion à postériori. C’est agir sur le travail, sur l’organisation, sur les conditions d’emploi, sur l’adaptation des postes. C’est une obligation sociale et une bataille syndicale. La médecine du travail est un droit conquis, né de la Libération !

 

Aujourd’hui, ce droit est attaqué par la logique du « coût », du « flux » et du « contrôle ». Nous ne nous laisserons pas faire… n Nous défendons une santé au travail, humaine, indépendante, de proximité. Une santé au travail au service des travailleurs ! Pas au service des tableaux Excel !

 

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Des revendications claires pour soigner notre médecine du travail

 

•Le retour des CHSCT et des moyens dédiés à la santé au travail dans les entreprises.

•Un plan massif de recrutement et de formation en médecine du travail : sans effectifs, pas de prévention.

•Le respect effectif de l’indépendance professionnelle des équipes, et une protection statutaire renforcée pour les IDEST. (Infirmiers en Santé au Travail) 

•Le refus des quotas et de la téléconsultation imposée et massifiée.

•Un cadre strict sur l’IA : négociation, garanties d’emploi, sécurité des données, contrôle par les représentants du personnel.

•Une PDP ( cellule de prévention de la désinsertion professionnelle ) dotée de vrais moyens et l’obligation pour les employeurs de mettre en œuvre les aménagements nécessaires.

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Un nouveau virus : l’intelligence artificielle

 

On nous vend l’IA comme une modernité. Mais dans la vraie vie, elle peut devenir une arme sociale et une menace sanitaire

 

•Risque n° 1 : suppression de postes On commence par « automatiser » l’administratif… et on finit par supprimer des emplois d’assistantes médicales, de secrétaires, de personnels supports. C’est moins d’humains, plus de charge pour celles et ceux qui restent, et une relation dégradée avec les entreprises et les salariés.

•Risque n° 2 : perte du contact humain Un salarié en difficulté ne se résume pas à un formulaire. La prévention, c’est l’écoute, la confiance, la compréhension fine d’une situation de travail. Une IA ne voit ni les signaux faibles, ni la détresse, ni ce qui ne se dit pas.

•Risque n° 3 : dépendance et fuites de données Nous manipulons des données parmi les plus sensibles : santé, parcours, expositions, fragilités.

 

Quand l’outil appartient à des prestataires privés, quand l’hébergement est externalisé, quand le modèle est une « boîte noire », la souveraineté disparaît.

Et quand les données fuient, ce sont les salariés qui paient, parfois pour longtemps.

Alors nous posons une ligne rouge : •pas d’IA sans garanties sur l’emploi, •pas d’IA qui remplace la relation humaine,

•pas d’IA sans sécurité maximale et contrôle démocratique,

•pas d’IA sans transparence, traçabilité et respect absolu du secret médical.

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