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03 / 01 / 2024 | 90 vues
Jean Louis Cabrespines / Membre
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« Si tous les dégoutés s’en vont, il ne restera que les dégoutants ! »

« Si tous les dégoutés s’en vont, il ne restera que les dégoutants ! ». Cette phrase attribuée à Pierre Mauroy, rappelée opportunément lors des Journées de l’Économie Autrement par l’un des intervenants, est de celles qui doivent nous faire réfléchir dans une situation où tous les indicateurs montrent une société en déshérence, avec une politique économique, sociale, sécuritaire qui nous entraine de plus en plus vers des clivages et des tensions, qui remet en cause l’unité nationale, la défense des droits, une vision économique partagée et des relations humaines rassérénées.

 

Bref, une situation de rejets et de violences de tous genres.
 

Mais voilà, dans cet océan d’incertitudes et de sentiments que « plus rien ne va », il existe des îlots de rencontre, de réflexion, de propositions, de découverte qui nous font penser que nous ne sommes pas seuls à demander que ça change, à mener un engagement du quotidien dans lequel les valeurs humanistes l’emportent sur les pouvoirs mercantiles.
 

Deux jours, deux jours seulement, nous nous sommes retrouvés, nombreux, plusieurs milliers (je n’ai ni les chiffres des organisateurs, ni ceux de la police, mais la majeure partie des tables rondes, ateliers, séances plénières, conférences ont refusé du monde et nous avons dû laisser des participants debout au fond des salles ou attendant dans le froid mordant des rues de Dijon, les salles ne pouvant accueillir tout le monde pour certaines séances) aux « Journées de l’Économie Autrement », les 24 et 25 novembre 2023.

 

Elles furent un véritable ressourcement, une occasion de retrouver ses marques, de rencontrer des partenaires, des chercheurs, des praticiens de l’ESS, de ceux qui, les pieds dans la glaise, chaque jour, contribuent à créer du lien social, à défendre des valeurs humanistes tout en développant une véritable économie « alternative », qui considère les êtres humains plutôt que le capital.

 

Pas de triomphalisme durant ces deux jours, juste le plaisir de se retrouver et de se dire les choses, mais aussi et surtout de faire les constats sur la situation, les difficultés du quotidien, les incompréhensions de politiques publiques qui ont plus à voir avec la défense des plus riches qu’avec une prise en considération d’une véritable solidarité nationale, une inquiétude grandissante quant aux prochaines décisions sur l’immigration et la loi qui pourrait en découler, ouvrant la porte à des injustices criantes dans le pays qui se dit le garant des droits humains.

 

Juste cette interrogation énorme sur l’avenir, avec des associations soucieuses des dernières déclarations du ministre de l’Économie qui veut en supprimer les subsides, avec des lois qui vont à l’encontre du bien commun et de l’intérêt général, l’incohérence des politiques d’aide aux entreprises généralement plus favorables aux entreprises traditionnelles qu’aux entreprises de l’économie sociale et solidaire. Une ambiance générale qui oscille entre bonheur et tristesse.

 

Mais toujours aboutissant à la volonté d’un engagement encore plus fort, au désir d’une mobilisation plus ardente.

 

Rien d’une révolution, juste le reflet d’une désespérance face aux injustices et la volonté que quelque chose se passe et puisse permettre de rétablir ce besoin de justice et de partage que chacun, au cours de ces journées, porte en lui.

 

Ce sentiment est celui né des initiatives, des interventions, des conférences, des propositions, des réflexions portées par de nombreux participants. Il permet de déboucher sur des recherches de nouvelles organisations ou de réitération d’initiatives un peu oubliées.

 

De la noirceur d’un tableau social, économique et sécuritaire décourageant peut naître une lumière porteuse de nouveaux espoirs pour aller de l’avant.

 

Que faire, en quoi agir, avec qui, comment ?... Autant de questions pour lesquelles nous avons pu, au cours des différents temps de ces deux jours, en sortir plus riches et plus armés pour tenter de construire de nouvelles exigences, pour redire ce que nous refusons et ce que nous désirons. Claire Thoury, présidente du Mouvement Associatif, nous a encouragé « à sortir de nos couloirs de nage ».

 

Oui, c’est une nécessité, c’est une obligation, oublions nos divergences pour construire un avenir plus radieux. C’est aussi ce que nous a proposé Patrick Viveret (philosophe et essayiste altermondialiste, conseiller maître honoraire à la Cour des comptes) en nous invitant à transformer « l’utopie idéaliste en utopie concrète ». Il nous encourage à nous engager dans le REV : la Résistance qui doit être une résistance créative, qui ne tourne pas en révolte, complétée par deux autres éléments : la Vision transformatrice  qui sert à développer l’imaginaire ; et l’Expérimentation anticipatrice .

 

Nous pouvions participer à 3 plénières, 30 tables rondes, 3 grands entretiens (en fait 2, car Bruno Lemaire n’a pas daigné se déplacer pour nous rencontrer), 15 ateliers. Mais il faut faire des choix, car toutes ces séances se déroulent en parallèle et si nous en sortons plus savants, plus motivés, nous en sortons aussi frustrés de n’avoir pu participer à tous les sujets proposés. Tous sont intéressants, avec des intervenants de grande qualité, volontaires et impliqués, qui savent parler le langage de la vérité et ouvrir nos esprits par la force de leurs interventions.

 

Ces journées sont une bouffée d’oxygène dans un monde en déliquescence, tant économique que sociale. Et cet oxygène ne provient pas seulement du partage de convictions fortes qu’une autre forme d’économie doit exister, elle est le résultat de contributions diverses de personnes venant d’horizons différents, à la fois acteurs de l’économie sociale et solidaire, mais aussi porteurs d’autres visions ou de secteurs en lien avec l’économie, l’intérêt général, les relations sociales, la santé, la transition... À la fois lieu de réflexion, de partage d’expérience, de propositions pour le présent et l’avenir, ces deux journées requinquent les participants (Vous pourrez en avoir un aperçu sur la chaîne YouTube d’Alternatives Économiques : youtube.com/c/AlternativesEconomiquesOfficiel.

 

Il n’est pas possible d’en donner une description exhaustive, car nous n’étions pas en mesure d’être partout.

 

Il s’agit simplement de la traduction d’un climat, d’une ambiance dans laquelle chacun pouvait apporter sa pierre à l’édifice de la construction d’une vision partagée d’une autre forme d’économie, mais c’était aussi la possibilité de participer à l’élaboration d’une véritable parole et à la construction d’actes pour que celle-ci existe plus encore dans une société qui a besoin que nous agissions autrement.

 

Ancrés dans l’économie libérale parce qu’encore dominante, les citoyens ressentent de plus en plus la nécessité d’agir autrement, de retrouver des liens qui permettent de mettre en avant l’intérêt général, qui nous feraient agir ensemble, nous aideraient à construire de nouvelles réponses, à ré ancrer dans les territoires les actions de notre quotidien.

 

Chaque atelier (découverte de l’ESS, protection de la planète, la place des économistes, l’impératif écologique, la finance solidaire, Territoires Zéro Chômeur de Longue Durée, l’économie solidaire, comment habiter sa planète...).

 

Chaque table ronde sur des thèmes d’actualité (dialogue social, déserts médicaux, performances des entreprises, transition sociale et écologique, zones peu denses, impact social et environnemental, Europe, crises bancaires, valeur ajoutée, classes moyennes et populaires, les communs, l’école et les enseignants, l’intelligence artificielle, l’écologie politique, le recours ou non aux droits, le logement abordable, le nucléaire, les leçons de Lip, les journalistes et les auteurs et l’ESS, l’accès de tous à une alimentation de qualité, les attentes des jeunes...) ou sur des acteurs de l’économie sociale et solidaire (mutuelles, associations, coopératives, le nouvelles formes d’engagement...) pouvait apporter ce type de regard et de propositions.

 

Chaque plénière pouvait éclairer d’un jour nouveau les idées dans l’air (la co-construction d’une politique efficiente pour le développement des territoires, la sortie de la crise démocratique).

 

Chaque entretien (Dominique Meda, Serge Paugham) clarifiait des points de compréhension et d’avancement de notre réflexion et d’engagement. Si cette liste peut donner l’impression d’un patchwork de sujets, il est clair que chacun a pu se construire son propre programme en privilégiant telle ou telle approche, tel ou tel domaine.
 

Mais ce qui domine est ce que nous a dit Camille Dorival, organisatrice et maitresse de cérémonie au cours de ces journées : « Il s’agit de dialoguer pour construire un avenir désirable ». Car il s’agit bien de cela : pouvoir œuvrer ensemble pour partager une autre vision de notre monde et du vivre ensemble, mais surtout agir pour donner une chance à notre planète de se développer sans continuer à être détruite chaque jour par des mauvais choix.

 

Au cours de ces journées, nous avons fait le pari que c’est par le dialogue et la confrontation d’idées que nous pourrons avancer et trouver de nouvelles pistes pour agir.
 

C’est réellement ce que j’y ai vécu, et même, si le réel me rattrapant, il me vient comme une légère « gueule de bois » en retrouvant les divisions du quotidien qui s’affichent chaque jour dans nos médias, je pense que de tels moments sont riches car ils sont un lieu de réflexion, de partages de confrontations pour construire des réponses nouvelles et tenter de mettre en place des projets novateurs. Alors la 8ème édition est finie, vive la 9ème !

 

Merci à Alternatives Économiques et à tous ceux qui ont participé, car ce sont ces moments qui nous aident à continuer à défendre avec conviction nos conceptions et affirmer notre certitude qu’une autre forme d’économie est possible.

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