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01 / 10 / 2020 | 87 vues
Eric Peres / Abonné
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Semaine de quatre jours : travailler moins pour travailler mieux

Qui n’a jamais attendu un week-end de trois jours ? Et si cette escapade avait lieu toutes les semaines ? Aujourd’hui et à l’échelle mondiale, de nombreuses entreprises sont tentées de se lancer dans cette aventure au nom du bien-être au travail de leurs collaborateurs. Quatre jours de travail, trois jours de repos : cette répartition des différents temps pourrait permettre de concilier la vie professionnelle et la vie personnelle des gens au nom de leur épanouissement.

 

La semaine de quatre jours requiert différentes modulations dont le principe général consiste à conserver la même rémunération qu’avec la semaine de cinq jours ; l’organisation du travail est simplement modulée :

  • réduction du nombre d’heures de travail,
  • augmentation de l’amplitude journalière pour conserver la durée hebdomadaire traditionnelle,
  • et suppression d’une journée de travail sans affecter la plage horaire.

 

Notons que la promotion de la semaine de quatre jours n’est unanime aujourd’hui. Au lendemain de la période de confinement, le MEDEF était la première organisation professionnelle a considérer qu’il était nécessaire de travailler davantage pour relancer l’économie. Cette dynamique s’inscrit à contre-courant du mouvement promu par la Première Ministre néo-zélandaise. En effet, cette dernière prône une réduction du temps de travail à travers la généralisation de la semaine de quatre jours dans la perspective de favoriser le tourisme interne. Elle considère que travailler moins pourrait être bénéfique pour l’économie du pays car cela procurerait un jour supplémentaire de « temps libre », incitant ainsi les Néo-zélandais à consommer davantage.

De plus et sans comparer la dynamique de droit de l’emploi exercée en Allemagne, l’objectif de réduire la durée du travail hebdomadaire permettrait de simultanément faire diminuer le chômage puisque le temps de travail pourrait ainsi être mieux partagé entre les salariés. Après « travailler plus, pour gagner plus », aurions-nous « travailler moins pour licencier moins » ou plus généralement pour « offrir » du travail à ceux qui n’en ont pas ?

En moyenne, un Français travaille 38,5 heures par semaine. Si l’ensemble de ces salariés passait effectivement à 35 heures, cela serait potentiellement l'une des possibilités pour positivement influer sur le taux de chômage.
 

Du point de vue du collaborateur, une dynamique pourrait s’exprimer à travers « travailler quatre jours pour travailler mieux ».

En l’espèce, la question de la productivité est mise à l’honneur. Le salarié passe autant de temps sur son lieu de travail mais la répartition des horaires est différente, lui octroyant davantage de temps libre. De plus, les salariés ne sont pas simultanément placés en « jour off ».

Autrement dit, un roulement des collaborateurs est mis en place mais l’entreprise continue de travailler cinq jours par semaine. Si la productivité individuelle des collaborateurs croît du fait de cette nouvelle organisation, la productivité de l’entreprise suit une dynamique parallèle, voire exponentielle, puisque celle-ci tirera profit de tous les engagements individuels sur les cinq jours de la semaine.
 

La flexibilité en termes d’organisation du travail semble répondre à la demande des salariés. Ainsi, 56 % des actifs préféreraient travailler quatre jours par semaine au lieu de cinq, sachant que 78 % d’entre eux souhaiteraient agrandir leur plage horaire pour conserver leur rémunération. En revanche, 22 % sont prêts à gagner moins pour réduire leur temps de travail. En effet, la possibilité de ne travailler « que quatre jours par semaine » signifie un jour de moins dans les transports en commun, dynamique qui engendre parfois bien du stress et de l’énervement.

Au nom de la qualité de vie au travail et du bien-être des collaborateurs, la semaine amputée d’une journée est une piste de réflexion à creuser. Ce mouvement appelle donc à remettre le présentéisme en cause, fortement ancré dans le monde de l’entreprise, pour servir les intérêts des individus.
 

Malgré ce panorama harmonieux, la semaine de quatre jours suscite quelques interrogations voire quelques craintes. Les managers doivent s’approprier ce dispositif, non seulement pour le transmettre à leurs collaborateurs mais également pour s’appliquer ces mesures à eux-mêmes dans un souci d’exemplarité. Un passage contraint à cette nouvelle organisation peut puissamment faire surgir une très forte culpabilité puisqu’il n’est pas possible de faire en quatre jours, ce que l’on faisait en cinq dès lors que la durée hebdomadaire du travail est réduite. Dans l’autre sens, certains pourront se sentir mal organisés en se disant que leur travail pourrait facilement être fait plus rapidement, ce qui n’est pas toujours vrai non plus.
 

Stress et pression sont deux caractéristiques potentielles que le passage à la semaine de quatre jours appelle inévitablement, variables qu’il convient de prendre en considération dans cette équation au nom de l’intégrité psychique des collaborateurs. Et si travailler quatre jours par semaine était également bon pour l’environnement ?

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