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30 / 05 / 2011 | 2 vues
Marc Kazmierczak / Membre
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Relier son CE au développement durable et responsable : dispersion cosmétique ou retour aux origines ?

En 2006, on se demandait comment on pouvait introduire le développement durable et responsable dans notre CE Ineris. Notre bilan 2011 est positif mais était-ce bien de la mission du CE ?

Un premier bilan 2007-2011

En 2007, une personnalité de l’insertion par l’activité économique, Rachid Cherfaoui, nous a fait sortir du périmètre de l’entreprise, pour nous intégrer progressivement dans les réseaux qui travaillent depuis plus de 25 ans avec conviction et efficacité à la réinsertion. Il nous a fait comprendre que le développement durable comprenait timidement l'adjectif « solidaire » et que c'était une clef de la réponse à notre interrogation.

Par le jeu des échecs et de leur contournement, on a finalement fourni avec cette clef 2 des 22 fiches d’actions du plan de développement durable que la direction de l’Ineris développait en parallèle.

  • Crèche, conciergerie, ticket CESU orienté insertion ou handicap, ont ainsi vu le jour, générant une dizaine d'emplois, pendant que d'autres projets (biodiversité, partage CET, filière habitat passif lié à un PERCO...) sont en cours de montage. 
  • Le coût annuel de ces projets pour le CE s’élève à 20 000 euros, tandis que la direction finance 120 000 euros de services (avant impôts et diverses réductions), les salariés participant suivant l’utilisation des services.

Ceci peut être considéré comme un succès du CE Ineris, qui a ainsi réussi à innover dans l’économie sociale, et à y créer un peu d’emploi (peu mais significatif à l’échelle locale), tout en offrant de nouveaux services aux salariés. 
  • Cependant, la succession de projets présentés au CE, n’a pourtant pas échappé à des débats incertains et à des doutes, tous syndicats confondus, sur ces changements d’orientation du CE.

Si l'on a abouti à chaque fois à un consensus syndical produisant une unanimité de votes, on doit considérer les difficultés apparues comme révélatrices voire régénératrices de l’interrogation permanente des élus sur leurs missions de fond, et par là, utiles à l’évolution du CE. Ce n’est pas un mauvais moment à passer, mais un affinage nécessaire d’un processus nouveau, passant par un retour aux origines des missions du CE.


Le développement durable est-il compatible avec les missions du CE ?


Avant le salon agora des CE du 24 mai 2011, tenu à Lille, notre stratégie pouvait se décrire tel que sur le diagramme suivant :

Cf bloc ressources ci-dessus pour télécharger l'image grand format du diagramme.

Mais les préoccupations d’autres élus de CE constatées lors de l'agora de Lille, rappellent que le travail du CE (égalité professionnelle, réflexion sur le bien-être au travail...) ou du CHSCT (souffrance au travail), doit être rappelé  sans ambigüité dans ce diagramme, sous peine de constituer deux champs d’action antagonistes :

  • l’un drainant les salariés, typiquement jeunes et sans attachement syndical, vers le nouveau paradis du développement durable, qui est de plus forcément pris en main par les directions via les mécanismes de normalisation et d’amélioration économique continue. L’action sociale du CE risque alors de se réduire à un simple partage monétaire, un complément de salaire.
  • l’autre rigidifiant les salariés plus anciens, dans des pratiques défensives liées aux missions historiques des CE, et n’ayant plus forcément conscience de l’extraordinaire richesse avant-gardiste des CE en matière de cohésion sociale et de solidarité. Pourtant, sortir une famille de l’endettement, favoriser la santé par les clubs sportifs, décloisonner par les activités de loisirs et clubs, faire de la place aux nouveaux embauchés etc., c’est créer un tissu social vivant, et solidaire, un adjectif que l’on oublie trop souvent quand on parle de développement durable alors qu’il en est une des couleurs fondamentales.

Si l'on veut partager notre expérience avec d’autres CE, il faudra donc redétailler comment les missions de base d’un CE peuvent bénéficier des synergies avec le territoire (collectivités, réseau économie sociale, État, activité économique, habitants…), lequel territoire peut bénéficier de son côté de la création d'emplois locaux peu qualifiés dont il est demandeur.

Enfin, ces projets ne sont que des outils, dont l’usage peut être détourné s’il n’est pas inscrit dans une politique de responsabilité sociale de l’entreprise qui soit partagée avec les salariés et leurs représentations. Réduire la charge de travail liée à la sphère privée ne doit pas conduire à autoriser un stress accru dans la sphère professionnelle. Ou que penser de la situation dans laquelle ce directeur qui pratique le harcèlement professionnel, pourra en faire plus, grâce au temps libéré par l’usage de la conciergerie que son CE a promu et co-construit ?
Le CE ne doit donc pas abandonner son rôle de surveillance et d’analyse des changements sociaux économiques de l’entreprise, il doit rester (avec les autres instances D, DS et CHSCT) demandeur d’une politique de responsabilité sociale qui réduise l’injustice et la souffrance des salariés. Mais il doit à notre sens être aussi co-créateur de nouvelles dynamiques territoriales qui rappelleront aux salariés l’essence même des missions du CE.

Ce sera l'objet de futurs articles destinés à rendre extrapolables à d'autres CE les actions et principes décrits au fil de l'eau sur notre site.
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