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30 / 04 / 2026 | 9 vues
David Malezieux / Membre
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Plan social chez Tedi France : les dessous d’une expansion à tout prix

La reprise des magasins Max Plus par Tedi en 2023 devait marquer un nouveau départ. Moins de trois ans plus tard, un projet de plan social fragilise une partie de ce réseau et interroge sur la stratégie du groupe. Certains groupes internationaux apprécient le marché français…mais beaucoup moins les règles sociales qui l’accompagnent.

 

Tout avait commencé par une promesse de développement et de relance d’un réseau de magasins en difficulté. En juillet 2023, Tedi reprenait 42 magasins et environ 240 salariés du réseau Max Plus. Cette reprise devait permettre de sauver l’entreprise et de préserver des emplois.


Un tremplin d’implantation… mais à quel prix ?


Reprendre un réseau existant permet de s’implanter rapidement : des magasins déjà ouverts, des équipes en place, une activité immédiate. TEDI a ainsi pu constituer en peu de temps un premier maillage sur le territoire français. Mais aujourd’hui, ce sont précisément ces magasins issus de la reprise qui apparaissent les plus exposés aux fermetures envisagées.


Pour nombre de salariés, un sentiment domine : celui que ces points de vente n’ont pas fait l’objet des investissements ou du développement attendus. Ils auraient avant tout permis au groupe de prendre position sur le marché français, avant de poursuivre son expansion sur d’autres bases.


Fermer ici, ouvrir ailleurs


Le projet présenté par l’entreprise prévoit la fermeture de 31 magasins et la cession de 5 autres, soit 216 postes concernés. Dans le même temps, TEDI annonce l’ouverture de 17 nouveaux magasins, représentant 119 postes en CDI.

Comment interpréter ces mouvements simultanés, qui consistent à réduire le réseau d’un côté tout en le développant de l’autre ?


Sur le papier, ces ouvertures sont présentées comme autant d’opportunités de reclassement. Dans la réalité, ces possibilités restent très incertaines pour beaucoup d’entre eux. Les postes proposés peuvent se situer dans d’autres régions, parfois loin du lieu de travail actuel. Pour certains salariés, conserver leur emploi pourrait alors signifier des trajets beaucoup plus longs, changer de magasin, voire envisager un déménagement, sinon perdre leur emploi 

 

Le faux reclassement


À ces incertitudes s’ajoute la nature même de certaines propositions. Des postes à temps partiel - parfois 24 heures hebdomadaires - sont évoqués en remplacement de contrats à temps plein. Peut-on parler de reclassement lorsque celui-ci s’accompagne d’une baisse significative du temps de travail et, par conséquent, de la rémunération ?

Et le sentiment persistant est celui d’un choix contraint, où les alternatives réelles demeurent limitées.

Dans les faits, fermer 31 magasins et promettre 17 ouvertures ailleurs, cela signifie surtout pour de nombreux salariés le choix entre partir… ou partir.

Pour nous , un reclassement ne peut pas se traduire par une dégradation des conditions de travail ou une perte importante de rémunération. Les salariés ne doivent pas payer les conséquences d’une stratégie décidée par la direction.


Des conditions de travail déjà fragilisées


D’autant que ces annonces interviennent dans un contexte déjà difficile pour de nombreux salariés. Depuis plusieurs années, plusieurs d’entre eux alertent sur des conditions de travail dégradées : sous-effectifs, déplacements fréquents entre magasins, réorganisations permanentes et manque de moyens. Les contrôles de l’inspection du travail ont d’ailleurs relevé plusieurs manquements concernant l’organisation du travail et certaines obligations de l’employeur.


Dans ce contexte, les tensions autour du dialogue social ne sont pas surprenantes.


Le dialogue social en question


Certains dirigeants ont parfois laissé clairement entendre que le dialogue social à la française les gênait plus qu’il ne les intéressait.
Mais venir se développer en France, ce n’est pas seulement faire du chiffre ou profiter d’un marché dynamique et d’aides publiques. C’est aussi respecter le Code du travail, les salariés et l’indépendance des organisations syndicales.


Au moment où l’entreprise engage une restructuration, rappelons  un principe simple : les salariés ne sont pas responsables des choix stratégiques de la direction.Ils ne doivent pas en payer le prix.


Une stratégie bien connue


Au-delà du cas de Tedi, cette trajectoire renvoie à des logiques d’expansion déjà observées par certains groupes internationaux.
S’implanter en France permet d’accéder à un marché important, parfois accompagné d’aides publiques. Mais lorsque les résultats ne sont pas au rendez-vous, on n’hésite pas à fermer rapidement des magasins ou à se réorganiser, laissant les salariés en supporter les conséquences.


Des situations comparables ont déjà été constatées dans d’autres enseignes dont la maison mère est située ailleurs en Europe, comme chez C&A ou Maxi Zoo.


Dans ces logiques d’expansion, les magasins existants peuvent servir de tremplin… mais ce sont leurs salariés qui se retrouvent en première ligne lorsque les orientations évoluent.


Une question se pose alors : la reprise par TediI avait-elle réellement pour objectif de relever la situation économique du réseau déjà existant, ou servait-elle surtout de point d’appui pour s’implanter et se développer ailleurs en France ?

 

La Section Fédérale Commerce & VRP restera pleinement mobilisée pour défendre les droits des salariés, exiger des solutions de reclassement sérieuses et rappeler que le respect du dialogue social et des conditions de travail dignes ne peut jamais être une option.

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