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25 / 08 / 2026 | 17 vues
Jacky Lesueur / Abonné
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MGEFI/MATMUT : "Construire une nouvelle mutuelle forte de l’histoire et des expertises de nos deux modèles" - Didier Debord

Dans le prolongement de la dernière Assemblée générale de la Mgéfi, qui s’est tenue à Bordeaux le 20 juin dernier, Didier Debord, président de la mutuelle, revient sur les transformations engagées, la création de Matmut Santé Prévoyance et, plus largement, sur les profondes évolutions que connaît aujourd’hui le mouvement mutualiste de la Fonction publique.

 

Tenant compte des profondes évolutions liées à la réforme de la protection sociale complémentaire dans la Fonction publique de l’État, la Mgéfi a engagé un rapprochement avec le groupe Matmut pour préparer son avenir. Où en êtes-vous concrètement ?

 

Didier Debord : Le 20 juin dernier, à Bordeaux, les délégués de la Mgéfi ont pris une décision majeure pour l’avenir de notre mutuelle en approuvant à l’unanimité le projet de rapprochement avec la Mutuelle Ociane Matmut et la création de Matmut Santé Prévoyance.

 

Ce vote est l’aboutissement de plusieurs mois de réflexion, de dialogue et de construction commune. Il répond à une conviction simple : face aux bouleversements du secteur de la complémentaire santé et, plus particulièrement, à ceux provoqués par la réforme de la protection sociale complémentaire dans la Fonction publique, nous devions anticiper plutôt que subir.

 

Sous réserve de l’achèvement des procédures réglementaires, notamment auprès de l’ACPR, et de la poursuite du dialogue social, cette nouvelle organisation prendra pleinement effet au 1er janvier 2027.

 

Nous ne considérons pas cette évolution comme un renoncement. C’est au contraire le moyen de préserver l’essentiel : nos engagements envers les adhérents, notre expertise de la Fonction publique, l’avenir de nos collaborateurs, notre culture mutualiste et notre capacité à continuer à proposer des protections de qualité.

 

L’un des enjeux majeurs du projet était également humain. Il permet de préserver l’emploi des collaborateurs de la Mgéfi et de transférer leurs compétences, leur expérience et leur connaissance des agents publics au sein de la nouvelle entité.

 

La Mgéfi change donc de cadre juridique, mais son histoire et ce qu’elle représente ne s’arrêtent pas. Notre expertise de la Fonction publique, notre culture de la prévention, notre réseau militant et notre proximité avec les agents publics continueront à vivre au sein de Matmut Santé Prévoyance.

 

Cette nouvelle mutuelle réunira les savoir-faire complémentaires de la Mgéfi et d’Ociane Matmut. Elle aura vocation à devenir un acteur important de la santé et de la prévoyance, capable de protéger les particuliers, les professionnels, les entreprises et les travailleurs indépendants, mais aussi de développer une véritable expertise sur les trois versants de la Fonction publique.

 

Nous avons donc fait le choix de l’anticipation et de la responsabilité. Dans un secteur qui se concentre et se transforme très rapidement, rester immobile aurait probablement constitué le choix le plus risqué.

 

Toutes les structures concernées ont-elles désormais validé ce projet ?

 

DB: Oui. Le 20 juin a d’ailleurs constitué une journée très symbolique.

 

Après l’Assemblée générale de la Mgéfi, les délégués ont rejoint ceux de la Mutuelle Ociane Matmut au Palais de la Bourse de Bordeaux pour participer à la séquence consacrée à Matmut Santé Prévoyance.

 

Ces échanges ont permis aux représentants des deux mutuelles de mieux partager leurs histoires, leurs cultures, leurs expériences et les attentes des adhérents qu’ils représentent.

 

Je retiens surtout de cette journée une volonté commune : construire une nouvelle mutuelle forte de l’histoire et des expertises de nos deux modèles.

 

C’est précisément ce qui donne du sens à ce rapprochement. Nous ne cherchons pas à additionner mécaniquement deux organisations, mais à mettre en commun leurs forces et leurs savoir-faire pour être plus solides demain.

 

Il reste naturellement les différentes étapes réglementaires ainsi que la poursuite du dialogue social. Mais les choix mutualistes et politiques ont été clairement posés.

 

La Mutualité Fonction Publique tenait quelques jours plus tard son Assemblée générale, elle aussi dans un contexte de profondes transformations. Comment la Mgéfi appréhende-t-elle ces évolutions ?

 

DB: La Mutualité Fonction Publique, c’est d’abord une longue histoire du mouvement mutualiste des fonctionnaires.

 

Pendant des décennies, les mutuelles de la Fonction publique ont construit un modèle original de protection sociale, fondé sur la solidarité, la proximité avec les agents, la connaissance des métiers publics et une conception globale de la santé et de la prévoyance. La MFP a joué un rôle essentiel pour fédérer cette famille mutualiste et porter collectivement sa voix auprès des pouvoirs publics.

 

Mais nous devons aussi regarder avec lucidité ce qui est en train de changer.

 

La réforme de la protection sociale complémentaire bouleverse profondément le modèle historique. Nous passons progressivement d’une logique largement fondée sur l’adhésion individuelle et les mécanismes de référencement à des contrats collectifs, souvent obligatoires, attribués à l’issue de procédures de mise en concurrence.

 

Cela modifie les équilibres économiques, mais également les rapports entre les opérateurs, les employeurs publics et les agents.

 

Le paysage mutualiste de la Fonction publique lui-même s’est profondément recomposé. Les mutuelles se rapprochent, nouent des alliances, rejoignent des groupes plus importants et cherchent les moyens d’atteindre la taille et la capacité d’investissement nécessaires pour répondre aux nouveaux appels d’offres.

 

Dans ces conditions, nos structures de représentation doivent elles aussi évoluer.

 

Il ne s’agit surtout pas de faire disparaître la spécificité de la Fonction publique. Bien au contraire. Les agents publics, leurs métiers, leurs risques professionnels, leurs attentes en matière de prévention, de santé et de prévoyance doivent continuer à être entendus.

 

Mais pour que cette parole pèse réellement, elle doit aujourd’hui être portée de manière plus forte et plus collective.

 

C’est tout le sens du rapprochement engagé entre la Mutualité Fonction Publique et la Mutualité Française.

 

À mes yeux, il est cohérent de renforcer la capacité d’influence du mouvement mutualiste en rassemblant davantage nos forces au sein de la Mutualité Française, tout en veillant à ce que les enjeux propres aux agents publics y conservent toute leur place.

 

Face aux transformations de la protection sociale, aux contraintes budgétaires et à la concentration croissante du secteur, la dispersion de nos moyens d’influence ne serait pas une réponse adaptée.

 

Nous avons besoin d’une voix mutualiste forte, identifiable et collective, capable d’intervenir dans le débat public, de dialoguer avec l’État et les employeurs publics et de défendre un modèle de protection sociale fondé sur la solidarité plutôt que sur une simple logique assurantielle.

 

Ce mouvement est finalement assez comparable à celui que nous avons engagé à la Mgéfi : évoluer dans nos organisations pour préserver et renforcer ce que nous voulons continuer à défendre.

 

La forme peut changer ; les convictions et les valeurs, elles, doivent demeurer.

 

La Mutualité Française tenait également son Assemblée générale à la même période. Que faut-il en retenir ?

 

DB: Notre confiance dans l’avenir ne doit pas conduire à relâcher notre vigilance.

 

Lors de son Assemblée générale, la Mutualité Française a notamment alerté sur les conséquences de nouveaux transferts de dépenses de l’Assurance maladie vers les complémentaires santé et, en définitive, vers les ménages, les agents publics et les entreprises qui financent les couvertures complémentaires.

 

Notre position est claire : taxer davantage la santé ou dérembourser des soins ne constitue pas une politique de santé.

 

Transférer plusieurs milliards d’euros supplémentaires vers les organismes complémentaires ne résoudra ni les difficultés d’accès aux soins, ni les déserts médicaux, ni les difficultés que rencontrent encore des millions de Français pour trouver un médecin traitant.

 

À l’inverse, ces mesures risquent d’augmenter mécaniquement le coût des complémentaires santé et donc d’accentuer les inégalités d’accès à la protection.

 

La Mgéfi partage pleinement la vigilance exprimée par la Mutualité Française.

 

Nous sommes naturellement prêts à prendre notre part aux évolutions nécessaires de notre système de santé. Mais une réforme durable ne peut pas se résumer à déplacer des dépenses d’un financeur vers un autre.

 

Elle suppose un diagnostic partagé et un véritable débat associant l’ensemble des acteurs : Assurance maladie, organismes complémentaires, professionnels de santé, partenaires sociaux, employeurs, patients et élus.

 

Nous devons collectivement nous interroger sur l’organisation des soins, la prévention, la pertinence des dépenses, l’accès aux professionnels de santé et le financement à long terme de notre protection sociale.

 

Notre système de protection sociale n’est pas une charge dont il faudrait progressivement se délester. C’est un bien commun qu’il nous appartient de défendre, de moderniser et de transmettre.

 

Dans cette période de transformation, c’est cette même conviction qui continuera à guider notre engagement au sein de Matmut Santé Prévoyance : savoir évoluer sans renoncer à nos valeurs.

 

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