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08 / 06 / 2026 | 19 vues
Pascaline Kerhoas / Abonné
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L'IA en discussions à Bercy: les agents n'entendent pas rester spectateurs

Une réunion sur l’intelligence artificielle s’est tenue à Bercy  sous la présidence de  la Cheffe du service synthèse, coordination et innovation du Secrétariat Général.


Trois sujets étaient à l’ordre du jour :

 

  • Les résultats de l’étude relative à l’impact de l’intelligence artificielle sur les métiers du contrôle et de l’enquête au sein des Ministères Economiques et Financiers  ;
  • L'expérimentation Assistant IA / Mistral ;
  • L'expérimentation SAFEBRAIN au sein du SRH ( service des ressources humaines) .


Si  nous sommes favorables aux évolutions technologiques, dont l’IA, permettant d’améliorer les conditions de travail des agents et le service rendu aux usagers, nous considérons que l’IA devrait servir à recentrer l’activité humaine sur des tâches valorisantes, en évitant des tâches répétitives.


Pour autant, les expériences tirées du passé montrent que les directions ont plutôt profité du déploiement d’applications informatiques pour supprimer des emplois, en anticipant de soi-disant gains de productivité.
 

Les impacts organisationnels de l’IA sur les conditions de travail sont trop souvent sous-estimés, quand ils ne sont pas ignorés. En Formation Spécialisée ministérielle, les fédérations ont donc demandé que soit réalisée une étude d’impact de l’IA sur les agents et les métiers dans toutes les directions du ministère.


Notre fédération revendique un cadre ministériel protecteur qui impose aux directions une méthode de déploiement des outils IA associant les agents, les représentants du personnel et mesurant les impacts sur les conditions de travail conformément aux dispositions du code général de la fonction publique.


Résultats de l’étude relative à l’impact de l’intelligence artificielle sur les métiers du contrôle et de l’enquête au sein des MEF


Lors d’une précédente réunion sur l’IA, notre fédération avait dénoncé le manque de possibilité d’implication des agents dans la construction des nouvelles applications, le manque de préparation et de moyens donnés aux encadrants, le manque de formation pour tous. Après un an de déploiement, les agents regardent toujours passer les wagons des projets informatiques.


Nous dénoncions également le manque de consultation des représentants du personnel en amont pour accompagner au mieux les agents dans ces transformations profondes du travail.


Une étude a été lancée par l’INRIA en avril 2024 sur 18 mois.
 

Nous pensions que l’INRIA nous présenterait le rapport ou à minima que nous en aurions une version in extenso. L’administration a préféré nous présenter un rapport « pré-digéré » par le ministère en 6 diapos. Un peu léger pour un sujet d’une telle ampleur.


D’autant que nous comprenons, sans avoir toutes les données, que l’INRIA, sur certains sujets fait les mêmes constats que nous : perte d’autonomie, affaiblissement du sens du métier, moindre efficacité globale, exigences humaine renforcées pour les managers.


L’INRIA recommande, comme notre organisation syndicale, d’inscrire l’IA comme objet permanent du dialogue social, une co-construction avec les utilisateurs, une formation renforcée.


Par contre, les perspectives de déclinaison stratégique et opérationnelle du Secrétariat Général ne nous conviennent pas et ne sont pas à la hauteur des enjeux.


L’élaboration d’une doctrine ministérielle de l’IA vise à expliciter les finalités recherchées (qualité, fiabilité, continuité du service public), les principes d’autonomie professionnelle, de responsabilité humaine et de reconnaissance du travail.

 

Une nouvelle cartographie des usages va être faite avec la consolidation de la cartographie des SIA.


L’administration affirme vouloir intégrer les recommandations de l’étude (certainement pas toutes malheureusement !!) dans la démarche de GPEC ministérielle.


Le Secrétariat Général  veut aussi renforcer l’attractivité des Ministères économiques et financiers  en valorisant l’IA au Ministère sur les salons et en l’intégrant l’IA dans les 8 bonnes raisons de rejoindre Bercy !!

 

Non, Madame la Présidente, les jeunes n’utilisent pas que CHATGPT et sont, pour la plupart bien plus avancés sur l’IA. Évitons de nous ridiculiser en étant toujours à la recherche de pseudo-raisons d’attractivité.

 

La  seule façon de rendre notre ministère plus attractif c’est d’augmenter nos rémunérations, de retrouver des effectifs à hauteur des besoins et d’améliorer nos conditions de travail. Une montée en compétence va être généralisée en intégrant la littératie IA comme compétence socle, en reconnaissant les compétences IA acquises sur le terrain et en formant les managers et les utilisateurs.Espérons  que ces formations seront à la hauteur et qu’elles iront au-delà de l’acculturation, nécessaire certes dans un premier temps mais certainement pas suffisante. Les agents et managers doivent être accompagnés et l’administration doit leur donner le temps et les moyens de l’être.


L’administration propose un déploiement en 3 temps : l’association des groupes d’experts, le dialogue professionnel dans les services et le dialogue social.


Notre fédération demande un dialogue social constructif au service des agents. Les représentants du personnel doivent être associés du début à la fin, lors du lancement, lors des étapes de suivi des expérimentations et lors du déploiement. Le passage en Comité Social d'Administration  ou en Formation Spécialisée reste obligatoire mais des groupes de travail doivent être aussi mis en place.

 

Il convient de rappeler que les tests de préfiguration des applications doivent être cadrés avec un accompagnement des services. Les agents ne doivent plus subir et ne sont pas là pour jouer au « pompier » à la phase de déploiement !

 


Expérimentation Assistant IA / Mistral

 


Fin octobre 2025, le ministre délégué chargé de la Fonction publique et de la Réforme de l'État, a lancé l’expérimentation interministérielle d’une version enrichie de l’Assistant IA auprès de 10 000 agents issus de huit ministères jusqu’à fin juin 2026.


L’Assistant IA, permet de dialoguer en langage naturel pour aider les agents dans leurs tâches professionnelles du quotidien, que ce soit pour rédiger un courriel, résumer un document ou traduire un texte, tout en garantissant la confidentialité des données.


Les ministères économiques et financiers sont impliqués dans cette expérimentation, pilotée par la DINUM. 2110 expérimentateurs se sont connectés à l’Assistant IA au 6 mai 2026 pour 2760 expérimentateurs déclarés. Il s’agissait à ce stade d’un point d’étape. Beaucoup d’agents expérimentateurs ne se sont pas déclarés et de nombreux déclarés n’ont pas pu suivre l’expérimentation.


Notre fédération a dénoncé une expérimentation faite dans l’urgence, à marche forcée, sans anticipation et sans calendrier. Cette absence de méthode explique certainement en partie le manque d’implication d’agents déjà surchargés dans les services et qui doivent prioriser leurs tâches. On peut comprendre que cette expérimentation qui « tombe du ciel » ne fasse pas partie des priorités.


Expérimentation SAFEBRAIN au sein du SRH


Une autre expérimentation IA est en cours, au sein du service des ressources humaines (SRH), pour des utilisateurs volontaires, et en nombre limité (un peu plus de 30 agents). Ces agents bénéficient d’un accès à la plateforme d'IA sécurisée SafeBrain, pour une durée de 12 mois, à compter du 1er février 2026.


La plateforme d'IA annonce une grande robustesse de travail, même en environnement sécurisé de type SecNumCloud, grâce à l’utilisation de 4 LLM (Large Language Model) : GPT.4, Claude 3.5, MISTRALA, LLAMA.


Les pratiques et usages visés consistent notamment en l’élaboration de compte-rendu de réunions, la rédaction d’offres d’emploi, la rédaction de documents juridiques et de notes administratives, l’aide à la synthèse d’informations textuelles, l’établissement de contrats, la formalisation et la cartographie de process internes, ou encore des tentatives d’analyses statistiques sur données fournies. L’environnement est sécurisé, à ce stade et la pseudonymisation permet qu’aucune données RH personnelles ne soit utilisée.

 

Saluons  la qualité de cette présentation qui comportait toutes les informations dans un esprit de transparence très apprécié.

Mais qu’en pensent les agents ?

Cette expérimentation leur fait-elle gagner du temps ?

Est-elle vraiment enrichissante pour eux ?

L’administration a répondu que ces questions seraient intégrées dans un prochain RETEX autour de l’organisation d’un café IA…

 

Cela interroge quand même fortement sur la place de l’avis des agents dans le déploiement général de l’IA.


Pour nous, l’IA n’est pas une simple ligne de code. Ce n’est pas un logiciel de plus.


L’IA impose une transformation profonde du travail qu’il faut accompagner au plus près des agents. La traiter seulement comme un projet technique, c’est préparer son échec. Et cet échec, ce sont nos collègues et nos services qui en paieront le prix.
 

Un  cadre ministériel opposable aux directions doit être coconstruit avec les fédérations posant la méthode de déploiement et d’évaluation des outils IA, le rôle des agents et des représentants du personnel, le plan de formation nécessaire et mesurant l’impact sur les conditions de travail via des espaces de discussion, qui doivent porter surle travail réel.

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