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15 / 10 / 2018 | 42 vues
Jacky Lesueur / Abonné
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La MNT confirme son positionnement mutualiste, professionnel et territorial

Dans le contexte particulièrement évolutif du domaine de la protection sociale comlémentaire, interview croisée d'Alain Gianazza (président général de la MNT) et de Laurent Adouard (directeur général).

En 2015, la MNT a lancé son nouveau projet stratégique et d’entreprise, quel bilan faites-vous trois ans après ?
Alain Gianazza : Si la Mutuelle Nationale Territoriale (MNT) a lancé son nouveau projet d’entreprise en 2015, c’était pour des raisons structurelles et de contexte.

Mutuelle professionnelle, créée par et pour les agents territoriaux, il y a maintenant 54 ans, elle s’est constituée par fusions et regroupements, ce qui a eu pour conséquence de maintenir certains particularismes dans les modes de gestion, l’organisation et les systèmes d’information.

Pour ce qui est du contexte, elle était déjà confrontée à la concurrence mais celle-ci s’est accrue avec l’arrivée, en 2011, du décret sur la participation financière des employeurs publics à la protection sociale complémentaire des agents. Par ailleurs, les attentes, les besoins et les comportements des adhérents évoluent.

Tenant compte de cela, il était devenu nécessaire de redonner une orientation claire à l’entreprise, tant sur son positionnement stratégique et partenarial qu’opérationnel.

Trois ans après, le positionnement mutualiste, professionnel et territorial de la MNT est confirmé et renforcé au sein du groupe VYV, leader mutualiste en santé. Son partenariat avec SMACL Assurances, installé au sein de l’UGM Territoires d’Avenir, devrait prochainement se consolider au sein du groupe VYV.

Parallèlement, une transformation profonde de l’entreprise s’est opérée et devrait permettre à la MNT de déployer son projet de développement d'ici deux ans.

Laurent Adouard : Nous venons d’achever la première étape du projet d’entreprise. En trois ans, la MNT s’est totalement transformée.

En 2015, nous avons d’abord installé les conditions de la transformation. La politique de partenariats a été revue, nous avons ainsi créé une UGM avec SMACL Assurances. L’offre de santé a été totalement refondue, demême que le territoire de marque de la mutuelle. Nous avons également réorganisé notre gouvernance.

L'année 2016 a permis de poser les pierres fondatrices de la nouvelle organisation avec la mise en place d’un socle technique, ainsi que les conditions de travail nécessaires à l’agilité. L’offre de prévoyance a, à son tour, été totalement rénovée.

Ceci nous a permis de mettre en place la nouvelle organisation en 2017. Entre février et octobre 2017, 1 000 collaborateurs ont reçu un avenant à leur contrat. Les systèmes d’information ont évolué grâce à une architecture moderne fondée sur les logiciels libres, les API et les nouvelles technologies, permettant d’assurer un meilleur service à l’adhérent.

Nous avons mené cette transformation sur un mode aussi participatif que possible : entre 500 et 600 collaborateurs ont été associés à la définition du projet d’entreprise et entre 200 et 300 d’entre eux ont participé à sa réalisation dans le cadre de projets. Nous avons également conservé les effectifs et aucune mobilité géographique n’a été imposée.

Le bilan que nous tirons est positif, comme en attestent les chiffres de l’exercice 2017. Nous bénéficions d’un résultat positif de 17 millions d’euros, contre un déficit cumulé de 30 millions d’euros sur les deux dernières années. Les efforts sont à poursuivre en 2018 et 2019 afin de gagner désormais le pari des performances, dans un contexte fort de renouvellement des appels d’offre au sein des collectivités.

Vous avez intégré le groupe VYV en septembre 2017, quelle est la place de la MNT au sein du groupe ?
Laurent Adouard : Notre rôle est d’assurer le développement du groupe VYV sur la fonction publique territoriale et les services publics locaux. La MNT assume la responsabilité de ce marché pour le compte de l’ensemble des mutuelles du groupe, en coordonnant les différentes forces disponibles. En tant qu’acteur historique du secteur, il était assez naturel que la MNT puisse mettre son expertise au service du groupe.

Avec sa force et sa solidité financière, le groupe nous permet également de répondre à des appels d’offre plus importants et plus complexe. Nous pouvons ainsi compter sur l’expertise d’une direction du développement qui a l’habitude de gérer des grands contrats.

Alain Gianazza : Le rapprochement avec le groupe VYV faisait partie des orientations stratégiques décidées en 2015. Dans un contexte où les règles prudentielles sont renforcées, nous souhaitions nous adosser à un grand groupe mutualiste. Le groupe possède en outre la capacité d’investir dans des technologies et des services qui n’auraient pas été accessibles seuls et ainsi d’en faire bénéficier nos adhérents.

Où en êtes-vous de votre collaboration avec SMACL Assurances ?
Alain Gianazza
: Dès la création de l’UGM en 2016, notre intention était d’aller plus loin. SMACL Assurances et la MNT ont des activités complémentaires. SMACL Assurances couvre les conséquences pécuniaires de l’absentéisme pour les collectivités, tandis que la MNT propose une garantie de maintien de salaire pour leurs salariés. Elles ont donc un intérêt commun à faire baisser la sinistralité dans les collectivités.

Les décideurs territoriaux manifestent d’ailleurs un intérêt pour cette démarche. Il s’agit de les inviter et aider à davantage maîtriser ce risque. En tant qu’acteurs historiques, nos deux mutuelles disposent d’une expertise dans ce domaine, elles peuvent donc accompagner les décideurs territoriaux.

Laurent Adouard : Nous nous réjouissons par ailleurs des discussions qui ont cours entre SMACL Assurances et le groupe VYV. Cela nous permettra d’amener notre partenariat avec SMACL Assurances encore plus loin, au service des collectivités et de leurs agents.

Quel bilan tirez-vous du décret sur la participation employeur ?

Alain Gianazza : Le décret de novembre 2011 a permis de juridiquement sécuriser la participation des collectivités à la protection sociale complémentaire des agents territoriaux et d’accroitre l’intérêt que portent les décideurs locaux à la question. Selon l’enquête MNT-IFOP (octobre 2017), près des trois quarts des collectivités qui participent financièrement à la protection sociale complémentaire de leurs agents ne le faisaient pas avant la publication du décret. La participation demeure toutefois modeste : 11 euros par agent en moyenne en prévoyance et 17 euros en santé.

Cependant, les objectifs visés par le décret ne sont que partiellement atteints. Celui-ci visait en effet à permettre la solidarité entre actifs et retraités en santé. Dans leurs modalités actuelles, aucune des deux procédures n'est entièrement satisfaisante. Les conventions de participation intègrent peu les retraités.

Le décret entendait également accroitre la mutualisation des risques en généralisant la participation des collectivités et la couverture des agents. Or, un agent sur deux n’est pas couvert en prévoyance : la mutualisation du risque est donc insuffisante. D’une part, au sein de chaque collectivité, le nombre trop restreint des agents qui adhèrent ne permet pas une solidarité suffisante et renchérit le coût de la couverture. D’autre part, le décret n’incite pas suffisamment les collectivités à se pencher sur la robustesse financière de l’offre et des organismes choisis dans le cadre des appels d’offre. À long terme, lorsque le risque est sous-tarifé, cela se traduit par de très fortes augmentations des cotisations après quelques années, ou à des défections, au détriment des collectivités et de leurs agents.

Faudrait-il donc le faire évoluer ?
Alain Gianazza : En février 2018, la MNT a publié son livre blanc « Santé et mieux-être au travail des agents territoriaux : état des lieux et propositions ». Celui-ci fait état de 16 propositions pour améliorer la santé au travail des agents territoriaux, faisant notamment le constat de la dégradation croissante de leur état de santé.

Pour faciliter l’accès à la protection sociale et accroître la qualité des couvertures, la MNT préconise notamment la création de dispositifs financiers incitatifs, telle que la mise en place d’un crédit d’impôt universel, ou encore d’assurer à tous les agents une couverture minimale en prévoyance. L’enjeu est de faire des dispositifs fiscaux un levier pour favoriser l’accès à la complémentaire de santé de tous et de manière équitable.

Le livre blanc suggère également de rendre obligatoire la participation financière des collectivités à la protection sociale des agents. Cette mesure et d’ailleurs soutenue par 75 % des décideurs territoriaux (enquête IFOP-MNT octobre 2017).

Nous pensons également qu’il est important de favoriser le traitement commun de toutes les problématiques contribuant à limiter ou mieux gérer la maladie des agents. La tenue d’un débat annuel dans les assemblées délibérantes sur l’état des lieux des ressources humaines (notamment des arrêts de travail), les démarches engagées par la collectivité et un plan d’action à établir, nous paraîtrait utiles.

Laurent Adouard : En effet, pour contribuer à réduire l’absentéisme, il convient de travailler à une vision plus intégrée de la gestion du risque, mêlant actions de prévention et actions de retour et de maintien dans l’emploi des agents. Face à l’augmentation de l’âge moyen des territoriaux (44,6 ans contre 40,8 ans dans le privé, selon le dernier rapport de la direction générale de l’administration de la fonction publique), ainsi qu’à la proportion plus élevée d’agents de plus de 50 ans (37,5 % contre 26,9 % dans le privé) et à la plus forte pénibilité des métiers de la fonction publique territoriale, la gestion des risques professionnels est un enjeu majeur.

Dans son livre blanc, la MNT défend donc la diffusion d’une véritable culture de la prévention dans les collectivités. Pour les inciter à investir dans ce domaine, elle propose de pouvoir considérer les dépenses de prévention et de mieux-être au travail comme des dépenses d’investissement. Rappelons que 87 % des décideurs locaux (enquête IFOP-MNT octobre 2017) sont favorables à ce qu’un cadre juridique incite davantage les collectivités à mettre en œuvre des actions de prévention.


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