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22 / 07 / 2016 | 8 vues
Jacky Lesueur / Abonné
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L'approche stratégique de la MNT : 100 % mutualiste

Jérome Saddier, directeur général de la Mutuelle nationale des territoriaux (MNT) a bien voulu répondre à nos questions suite à l'assemblée générale de la mutuelle qui s'est récemment tenue. Il nous donne également son sentiment sur la place et le rôle de l'AVISE dont il prendra la présidence en septembre prochain....

La MNT vient de tenir son assemblée générale dans un contexte de profondes évolutions du paysage mutualiste. À un moment où des mutuelles de la fonction publique opèrent des rapprochements ou regroupements avec des IP, des SGAM d'assurances, voire avec le secteur lucratif, quelle est l'approche de la MNT ?
Dans le contexte que vous évoquez, la MNT a choisi une orientation stratégique 100 % mutualiste car elle croit aux vertus du modèle de l’assurance à but non-lucratif, seule garantie d’une redistribution solidaire efficace et d’une politique d’investissement conforme aux seuls intérêts des adhérents. Nous avons la conviction que le renforcement du modèle mutualiste par ses acteurs eux-mêmes est la condition de sa pérennité. Cela n’exclut pas les collaborations avec des partenaires d’autres natures mais à condition de garder le contrôle de la stratégie. C’est le choix que nous avons fait collectivement, par-delà nos histoires respectives.

Prendra-t-elle toute sa place dans le rapprochement en cours MGEN-Istya-Harmonie ?
La MNT s’est rapidement jointe aux deux initiateurs du projet pour y jouer un rôle actif. Elle contribue déjà pleinement à la construction du groupe dans sa dimension stratégique et constituera, pour l’ensemble du groupe, la mutuelle de référence pour le marché des collectivités territoriales et de leurs établissements publics. C’est sur ces fondements que notre assemblée générale s’est favorablement prononcée sur ce projet à 97 %.

Quelle est la démarche avec SMACL assurances ?
Nous avons construit notre rapprochement depuis deux ans avec la volonté de constituer ensemble le pôle expert et affinitaire de l’assurance des collectivités territoriales et de leurs agents. Ensemble, nous pouvons proposer une réponse globale et diversifiée à leurs besoins en assurances, protection, conseils et services. Grâce à notre forte implantation cumulée auprès des agents, des décideurs territoriaux et des élus locaux, nous sommes conscients d’avoir créé, avec notre union mutualiste « Territoires d’Avenir », un acteur clef pour cet environnement. Cette union a pour le moment pris une forme assez souple et pragmatique mais elle vise à se renforcer progressivement, en cohérence avec le grand groupe mutualiste constitué avec Harmonie et la MGEN.

Quels objectifs à court et moyen termes pour demeurer un acteur majeur et incontournable dans la fonction publique territoriale ?
Il est clair que la concurrence est plus rude que jamais. Mais elle n’est pas une découverte pour la MNT car nous y sommes confrontés depuis quelques années à présent. Le problème est que cette concurrence prend trop souvent la forme de pratiques de dumping, à la faveur d’une insuffisante réglementation du rôle des collectivités en matière de protection sociale de leurs agents. Nous tentons de convaincre les pouvoirs publics d’agir mais, sans attendre, nous avons entrepris une profonde transformation de notre entreprise : offres santé et prévoyance, partenariats et services, identité de communication, organisation du développement et de la relation aux adhérents et collectivités, numérisation de nos activités, système d’information et de gestion… Nous ne laissons rien de côté pour transformer la MNT en une entreprise de services plus pertinente, plus efficace et plus performante qu’elle ne l’a jamais été.

Vous venez par ailleurs de prendre la présidence de l'AVISE. Pouvez-vous en quelques mots nous la présenter ? Tous les acteurs de l'économie sociale et solidaire s'y retrouvent-ils ?
Je prendrai en effet la présidence de l’AVISE fin septembre prochain, à titre personnel. Cette agence a été créée en 2002 pour favoriser le développement de l’économie sociale et solidaire en accompagnant l’émergence, la consolidation et le changement des structures d’utilité sociale, créatrices d’activités innovantes et d’emplois de qualité. De ce fait, elle s’est d’abord naturellement trouvée aux côtés des petites associations employeuses, notamment en étant l’animatrice nationale du dispositif local d’accompagnement, ainsi que des entrepreneurs sociaux, qui ne rentraient pas tous dans les « canons » classiques de l’économie sociale ou des réseaux de créateurs d’entreprise. L’agence est désormais financée par le groupe de la Caisse des dépôts, par plusieurs ministères, elle est intermédiaire du Fonds social européen mais elle est aussi soutenue par nombre de grands acteurs de toutes les familles de l’économie sociale et solidaire et de l’insertion par l’activité économique.

Quels sont aujourd'hui les différents aspects de son activité ?
La particularité de l’action de l’AVISE est d’intervenir précisément là où il y a des manques dans la création d’entreprises sociales, c’est-à-dire en matière d’ingénierie et de services. Les financements publics et privés ne manquent pas mais il faut savoir les faire connaître et les rendre accessibles aux entrepreneurs. L’AVISE joue également un rôle essentiel dans la pérennisation des structures créées, notamment en matière d’emploi, en animant le dispositif local d’accompagnement, qui est une originalité française en Europe, mais aussi en travaillant de façon étroite avec les collectivités territoriales, au premier rang desquelles les régions. Enfin, l’AVISE s’est donnée pour mission de susciter des vocations en communiquant de manière forte auprès des jeunes qui veulent travailler ou entreprendre dans l’économie sociale et solidaire, et en les accompagnant dans leurs projets : c’est l’objectif du programme Jeun'ESS.

Quels sont vos objectifs ou projets pour l'AVISE pour l'année à venir ?
Il y a encore beaucoup à faire en matière de changement d’échelle des entreprises et organismes de l’économie sociale et solidaire. Surtout dans le contexte créé par la loi de juillet 2014, grâce à laquelle de nouveaux outils juridiques ou financiers ont été mis en place. De nombreux acteurs publics ou privés s’impliquent désormais dans le financement du développement de l’économie sociale et solidaire mais il n’en demeure pas moins qu’une bonne partie des acteurs historiques, notamment les associations, sont confrontés à des difficultés de financement dues aux pressions sur les subventions qu’ils reçoivent.

L’une des clefs de ce changement d’échelle est l’évaluation et la valorisation des conséquences sociales des activités en question : c’est l’un de nos enjeux des prochains mois alors que l’ESS est plus que jamais menacée par la banalisation de ses activités. Je souhaite également que nous intervenions plus fortement auprès des grands acteurs historiques de l’économie sociale et solidaire afin qu’ils se réapproprient pour eux-mêmes l’esprit entrepreneurial et qu’ils contribuent à le diffuser en soutenant la création d’activités et en nouant des partenariats qui aient du sens dans leur chaîne de valeurs autant qu’en matière de RSE.

Enfin, il faudra sans doute encore renforcer nos actions en direction des jeunes et des réseaux territoriaux car j’ai la conviction que notre pays est bourré d’énergies ne demandant qu’à s’exprimer et l’AVISE peut y contribuer. Sur tous ces points, j’aurai également à cœur de me situer dans les marques de son prédécesseur Hugues Sibille, qui aura été un visionnaire et à qui je suis fier de succéder.

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