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08 / 10 / 2026 | 18 vues
Rodolphe Helderlé / Journaliste
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Risques routiers & travail : quel dialogue social pour dépasser la stigmatisation et intégrer les facteurs organisationnels dans la prévention ?

AXA Prévention, association d'intérêt général, étudie spécifiquement le comportement des conducteurs professionnels avec notamment un baromètre reconduit depuis 20 ans. L’exposition aux risques augmente en soulignant ceux associés à l’hyperconnexion, les injonctions contradictoires qui en découlent et le besoin d’en faire un objet de dialogue social. Retour sur le direct organisé par Miroir Social en partenariat avec AXA Santé et Collectives du 17 septembre 2026. 


Dans le Datascope 2026, étude annuelle sur la vie au travail, AXA Santé & Collectives a observé une forte augmentation des arrêts de travail dus aux accidents de trajet *. Ils représentent 18% de l'absentéisme en 2025, pour une durée moyenne de 48 jours.


“Ces chiffres nous alertent sur la nécessité d’agir rapidement pour prévenir ces accidents, par la formation et la sensibilisation des conducteurs, mais aussi d’un point de vue organisationnel”,  souligne Sophie Mandelbaum, responsable des relations externes avec les partenaires sociaux chez AXA Santé & Collectives. 

 

  • L’assurance maladie distingue l’accident de trajet qui survient en se rendant au travail depuis le domicile (ou à son retour) de l’accident de travail survenu sur le temps de travail, dans le cadre des missions professionnelles. Le niveau d'indemnisation des accidents de trajet est moindre et intègre par ailleurs, outre la voiture, l’usage des vélos et des trottinettes dont le niveau d’accidentologie augmente.


Si la prévention en matière d’accidents de trajets passe avant tout par la sensibilisation aux comportements individuels à risque, les employeurs ne peuvent pas faire l'impasse sur les contraintes organisationnelles qui pèsent sur les salariés qui utilisent la voiture pour réaliser leur mission. 


“60 à 70 % de nos actions ciblent en priorité les managers et les responsables de flotte plutôt que les conducteurs eux-mêmes parce que c'est à ce niveau que se joue, en premier lieu”, confirme Stéphanie Pecnik, responsable prévention des risques Routiers chez AXA Prévention, association d'intérêt général qui met l’accent sur les actions de prévention orientées sur les TPE et les PME avec un autodiagnostic et du e-learning accessibles gratuitement sur Mon entreprise & Moi. 


Le dernier baromètre annuel du comportement des Français sur la route d’AXA prévention révèle une hausse des facteurs de risques. 75 % des répondants déclarent conduire en état de fatigue, 59% roulent entre 4 et 5 heures sans pause. Au total, 8 sur 10 se considérent comme stressés au volant. 
 

Alors que 97 % des conducteurs professionnels utilisent par exemple le téléphone en conduisant, jusqu'à 25 % font des visioconférences en voiture. “L'hyperconnexion et l'inattention sont d'ailleurs devenues la première cause d'accident mortel chez les professionnels, contrairement au grand public, où l'on retrouve plutôt la vitesse et l'alcool”, précise Stéphanie Pecnik.
 

Dans les plus grandes entreprises, Didier Meunier, ingénieur conseil prévention flottes automobiles chez AXA France constate que “l’approche se fait trop souvent uniquement sous l'angle de la bonne conduite du véhicule, sans voir plus large. La prise de conscience se fait malheureusement, assez souvent, à la suite d'un incident grave. Elle peut aussi être plus anticipée, notamment quand un  intermédiaire agent ou courtier signale une hausse brutale du taux d'accidentalité, ce qui pousse un dirigeant à chercher des solutions. Nous intervenons souvent directement en CSE, où les représentants du personnel jouent un rôle de facilitateurs pour faire remonter l'information plus rapidement. J'ai l'exemple d'un client important qui avait réorganisé son activité en passant de 17 à 11 régions pour optimiser ses moyens et ses véhicules sans prendre en compte l’exposition accrue aux risques. Les élus sont intervenus pour réguler les temps de conduite.” 
 

Quel rôle des représentants du personnel ?

“Il y a interdiction, pour les managers, d'organiser des réunions à distance après 17 heures, et plus aucune réunion n’est possible après 18 heures. Quand un jeune manager, arrivant d'une autre entreprise avec d'autres habitudes, s'écarte de cette règle, les élus interviennent directement auprès de lui pour rappeler l'accord d'entreprise et le service RH corrige rapidement la situation. Ces avancées sont directement issues du travail des partenaires sociaux. En dix ans d'engagement en tant qu'élue CSE, j'ai vu ces problématiques remontées se traduire dans l'accord QVCT de l'entreprise”, explique Catherine de Segovia Spada, déléguée générale de la fédération CFE-CGC Chimie qui encadre une équipe de 8 itinérants d’un grand groupe pharmaceutique où l’on trouve une flotte de 500 voitures hyper équipées avec des stages de conduite tous les deux ans. 


Cela n'empêche pas pour autant une injonction paradoxale quant à l’interdiction stricte de l’utilisation du kit main libre en conduisant. Le DUERP du laboratoire précise ainsi que les visiteurs médicaux ne doivent pas suivre de réunions en conduisant. La réalité est différente. “A partir de 16 heures, s'enchaînent toutes les réunions Teams de la journée or souvent, les salariés sont sur la route du retour à ce moment-là”, illustre Catherine de Segovia Spada.
 

Même constat pour Rémy Lucas, délégué syndical CFDT chez Bureau Veritas où l’on compte 4000 itinérants sur 5000 salariés en France. “Il y a d'un côté, une sécurité qui est présentée comme absolue, avec des procédures internes parfois plus sévères que le Code de la route et de l'autre, des exigences de rentabilité toujours plus fortes. On nous interdit formellement le téléphone au volant mais les plannings sont remplis de rendez-vous clients sans le moindre créneau libre pour répondre aux appels”, explique le représentant des salariés du bureau de contrôle qui regrette par ailleurs que les contraintes des itinérants, éparpillés dans toutes les branches professionnelles, ne soient pas prise en compte. “Il n'existe aujourd'hui aucune distinction entre véhicule de société et véhicule privé dans les règles de circulation : sur une voie réservée au covoiturage, un conducteur seul dans son véhicule de société est logé à la même enseigne qu'un automobiliste isolé, sans droit d'accès. Pareil pour le stationnement en zones à circulation limitée. Résultat : nous sommes de plus en plus pénalisés pour accéder à nos propres clients. Coincés dans les embouteillages, incapables de nous garer, nos temps de trajet s'allongent d'autant, ce qui augmente l'amplitude horaire, le stress, la fatigue”. Et celui-ci de s’étonner que les itinérants ne fassent pas l’objet d’une surveillance médicale renforcée. Ce n’est que tous les 5 ans qu’ils ont l’occasion de faire contrôler leur vue et leur audition à l'occasion de la visite médicale périodique…