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03 / 04 / 2015 | 4 vues
Jean Le Garec / Membre
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Inscrit(e) le 09 / 03 / 2015

Retour sur les états généraux du « burn-out »

Mercredi 11 mars 2015, environ 500 personnes invitées par le Cercle Ramadier sont passées salle Olympe de Gouges dans le XIème arrondissement aux états généraux de l'épuisement professionnel (ou « burn-out »).

L’équipe autour de Anne Juliette Tillay, secrétaire générale et responsable opérationnelle du cercle a réussi un fantastique défi. En effet, la Mairie de Paris nous a octroyé le bénéfice de cette salle de 700 places à peine un mois avant cette date.

Après quelques jours de mobilisation intense, près de 600 personnes se sont inscrites en 3 semaines pour participer à cet événement. France 2 a filmé les témoignages pour l'une de ses émissions à venir. De nombreux journalistes ont pu mesurer la portée de cette initiative que j’ai décidé de prendre il y a plus d’un an, après le premier grands succès à l’Assemblée nationale en juin 2014, où nous étions très nombreux dans la salle Colbert (et même à l’étroit avec plus de 380 personnes).

Profitons de l'occasion pour remercier la mairie du XIème arrondissement, qui a concrètement démontré qu'il existait bien des bonnes volontés pour affronter les difficultés du moment et faire reculer ce fléau qui ravage des familles entières.

Étant hospitalisé, je n’ai pu assister à ce moment très riche, ce que je regrette. De ce fait, je vois auss combien l’état de santé est le prisme essentiel qui permet d’apprécier tous les autres aspects de la vie.

L’enregistrement des débats en témoigne. La qualité des interventions et la gravité des discussions qui ont pu s’amorcer montrent que de profondes évolutions sont en cours dans notre société civile.

Le premier bilan que l’on peut tirer de ces états généraux est que les besoins exprimés nécessitent une réponse rapide de la part des pouvoirs publics, étant donné leur acuite sociale. Le Docteur Bernard Morat était présent. Il est à l’origine de la pétition des médecins du travail à Tours. Ces médecins demandent par centaines l’amélioration de la reconnaissance professionnelle des pathologies psychiques de la surcharge. Il y a encore quelques années, le Docteur Morat recensait deux ou trois cas par an d’inaptitudes professionnelles prononcées en raison de ces surcharges de travail. Ces dernières années, le processus a évolué très défavorablement. Ainsi, l’an passé, il a compté douze cas pour lui et autant en moyenne pour chacun des 30 médecins du travail qui composent son service à Tours. Plus de 300 inaptitudes professionnelles sont prononcées à Tours. Cette ville n’est pas maudite mais est le reflet de ce qu'il se passe aussi dans le sous-bassement de la société française.

L’ampleur du phénomène n’est donc pas simplement médiatique.

L’ampleur du phénomène n’est donc pas simplement médiatique, selon le reproche fait un peu facilement par certains et, disons-le, rapidement et injustement à Technologia. Technologia a eu le mérite d’avoir alerté la première de la détresse de milliers d’êtres humains et de leurs familles. Ce cabinet a souligné avant tout le monde les ravages causés par l'épuisement professionnel sur le plan humain mais aussi sur la vitalité des entreprises et la qualité des services publics. Ce cabinet a fait un travail sérieux qu’il a mis à disposition du public. Cette étude précieuse sur le sujet en janvier 2014 a fait émerger des chiffres, qui évaluent à 12,6 % le nombre d’actifs exposés à un risque élevé d’épuisement professionnel. Ces données ont depuis été confortées et même renforcées. Dans notre pays, nous avons trop souvent l’habitude de rompre le thermomètre pour ne pas mesurer la fièvre. Mais fièvre humaine et sociale il y a ! Les hommes d’État doivent prendre leur part de responsabilité pour éradiquer ce mal.

Prenant la suite des sénateurs socialistes en juin passé, plusieurs députés ont attiré il y a quelques semaines l’attention du gouvernement sur la nécessité de légiférer pour réguler à bon escient cette problématique de l'épuisement professionnel. Il est temps de légalement remettre de la justice dans la gestion des hommes. De protéger ceux qui, à la demande de leur employeur, se sont trop enflammés au point d’altérer leur santé. Comme nous l’avons déjà écrit, l’étude en cours de la DGT (dont plusieurs journaux ont rendu compte) montre aussi à sa mesure que l’épuisement professionnel ne résulte pas de la fragilité intrinsèque des hommes au travail mais bien des conditions de travail et de gestion auxquelles on les a soumis. Que l’intensification trop élevée du travail est bien l’une des origines du mal.

Merci donc à tous pour votre présence et pour vos témoignages, tous plus poignants les uns que les autres. Merci également à tous ceux qui n’ont pas pu être présents pour de multiples raisons, mais dont nous connaissons l’implication.

Notre engagement pour la reconnaissance du syndrome d’épuisement professionnel au tableau des maladies professionnelles ne s’arrête bien évidemment pas là. Le Cercle Ramadier a bien recueilli toutes les doléances qui lui ont été confiées et se charge de les étudier le plus rapidement possible.

Comme cela avait été mentionné, ces doléances seront portées à la connaissance de parlementaires, députés et sénateurs, de membres du CESE ainsi qu’au Ministère de la Santé et au Ministère du Travail.

Un ouvrage sur la base de tous les témoignages est en cours d’élaboration. Nous vous tiendrons bien sûr prochainement informés.

Aujourd’hui, près de 10 000 personnes ont signé l’appel pour l’amélioration de la reconnaissance de l'épuisement professionnel au tableau des maladies professionnelles. Nous vous remercions pour votre mobilisation et votre engagement. Continuez à faire signer l’appel autour de vous, c’est important. Nous espérons atteindre les 20 000 signataires car le premier objectif a été atteint.

Un immense merci à tous les intervenants : à mes amis pour leur engagement sans faille et leur soutien ; Docteur Bernard Morat, Professeur Michel Debout, Docteur Agnes Martineau, Docteur Martine Keryer, à Aude Selly et à son superbe ouvrage que nous vous recommandons de lire et qui livre bien des clefs sur ce phénomène.

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