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13 / 05 / 2022 | 571 vues
Elisa Mistral / Abonné
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Procès en appel des anciens dirigeants de France Télécom : chronique de la première audience

Petit billet d'humeur suite à l'ouverture du procès des anciens dirigeants de France Télécom mercredi 11 mai 2022. J'étais présente avec quelques collègues de la CFDT, puisque nous sommes partie civile et représentée par nos avocats Me Berlan et Me Cadot. Nos camarades de l’UNSA étaient également avec nous.

Nous étions dans un lieu hors du temps, dans la première chambre de la cour d'appel de Paris. Un lieu dont la beauté tranche a priori avec toute l'horreur qui va y être oralisée durant un mois et demi.

Et, tout de suite, alors qu'on pensait que le temps avait un peu fait son œuvre, on replonge tous 15 ans en arrière. Presque rien n'a changé. Les prévenus, avec 3 ans de plus, mais dont l'expression orale choque toujours autant l'auditoire côté parties civiles. Ils n'ont pas compris le premier jugement à leur encontre, n'ont bizarrement plus vraiment le sentiment d'avoir été écouté par le tribunal, ne peuvent se résoudre à rapprocher toute cette souffrance entendue à une quelconque action de leur part, se défausse déjà sur d'autres acteurs : les médias, les syndicats, les autres acteurs de l'entreprise etc.

Et parmi les parties civiles, des victimes, des familles de victimes, qui sont là et qui n'abandonnent pas le combat. Et il leur en faut, du courage, pour revenir et réentendre les mêmes propos parfois indécents dans la bouche des prévenus et de leurs avocats. Et certains prendront de nouveau la parole lors du procès.

On démarre le défilé a la barre avec Didier Lombard, 80 ans, qui, dans une situation tragi-comique, n'arrive pas à se faire entendre car son micro semble coupé. La présidente l'invite à appuyer sur le bouton du micro pour l'allumer. Il répond qu'il pensait qu'il était allumé car la petite lumière rouge était allumée. La présidente lui dit que non, cela marche comme pour les feux de signalisation, il est allumé quand la lumière est verte. Et pendant toute sa déclaration, on se demande tous en effet si cet homme fait bien la différence entre le feu vert et le feu rouge, entre le bien et le mal, entre ce qui est autorisé et ce qui ne l'est pas.


Louis Pierre Wenes, qui lui aussi déplore ne pas avoir été entendu et compris lors du premier procès, qui reste dans l'émotion et la colère. Il se fait déstabiliser par la présidente du tribunal qui lui demande d'écourter son propos liminaire. "J'ai attendu 3 ans avec ça sur le cœur, vous pouvez bien me laisser 3 minutes!" Mais elle lui rappelle calmement la procédure. Après un long silence, il termine simplement en disant qu'il n'admet pas que le dossier initial évoque 39 victimes, et que le jugement, lui, indique que tous les salariés de l'époque ont pu potentiellement être victimes. Il le réfute.

Olivier Barberot s'est désisté tardivement de son appel et est donc absent. Il a fait lire une déclaration par son conseil. Il n'a pas compris lui non plus le jugement. Pour autant il a mal vécu à titre personnel d'avoir été écarté de l'association dans laquelle il était bénévole à cause du battage médiatique à son encontre lors du premier procès. On imagine donc qu'il n'a pas envie de revivre ça.

Parmi les prévenus accusés de complicité de harcèlement, ils sont tous en désaccord avec le jugement, invoquent leurs valeurs personnelles, humaines. L'un d'eux indique pour la première fois, qu'il estime qu'Orange est civilement responsable de ce qui lui arrive.

Un autre fait savoir par son avocate que son état de santé ne lui permettra pas d'être présent systématiquement. La présidente lui indique qu'il est adulte et responsable et que c'est à lui de savoir quand sa présence semble le plus indiqué, si tant est qu'il souhaite répondre à des questions. Comme pour chacun d'entre eux, leur droit au silence leur a été signifié.

Orange anciennement France Télécom n'a pas fait appel et n'est plus dans la cause. Néanmoins, ils sont toujours présents physiquement avec leurs avocats dans le parterre des prévenus, ce qui paraît étonnant pour le reste du public.

La présidente remercie toutes les parties civiles présentes et les recense avec leurs avocats. Certaines d'entre elles à leur demande seront entendues lors du procès.

Concernant les témoins, les parties civiles et les prévenus ont envoyé une liste. La présidente et ses conseillers ont statué sur la pertinence d'entendre ou non tout ou partie des personnes de cette liste, du fait que certains ont déjà été entendus en première instance et que les notes d'audience ont été versées au dossier. Le ministère public indique la non-necessité de les réentendre sauf exception. Les avocats des parties civiles expliquent l'intérêt de rentendre des experts et acteurs majeurs du dossier. Un des avocats des prévenus indique que c'est une "mode judiciaire d'avoir de grands témoins mais qui en réalité ne sont témoins de rien", un autre ne veut pas avoir à vivre au sein de la cour, un colloque universitaire.

Le tribunal tranche : 10 témoins des parties civiles ne seront pas entendus de nouveau, "ce qui n'enlève rien à leur qualité et leur compétence". Exit donc Dejours, Delgenes, Cochet, Fraysse, Catalla, Gollac etc.

Comme lors du premier procès, les 118 parties civiles qui s'étaient ajoutées tardivement au dossier seront bien intégrées dans le procès. Leur situation sera examinée comme pour les autres à la fin.

Il est demandé à Orange de s'exprimer sur le pourquoi ne pas avoir fait appel. Nicolas Guérin indique que si Orange ne se reconnaissait pas dans le descriptif fait pendant le premier procès, ils reconnaissaient tout à fait la souffrance vécue par les salariés. Voilà pourquoi Stéphane Richard a souhaité d'une part pouvoir tourner la page le plus rapidement possible mais aussi réparer ces situations grâce à un comité de réparation des victimes de la crise sociale.

La présidente a rappelé les condamnations en première instance.

Elle s'interroge également sur le détail de l'appel formé par le ministère public. Des points de procédure qui échappe à la compréhension d'une grande partie de la salle. Puis elle a rappelé un bref historique d'Orange et des faits liés à la procédure. Les audiences se dérouleront jusqu'au 1er juillet.

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