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13 / 10 / 2021 | 56 vues
Jacky Lesueur / Abonné
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« La durée des accompagnements de la fondation est passée de 12 mois il y a quelques années à 30 actuellement  » - Marion Lelouvier, Fondation de l'Avenir

Entretien avec Marion Lelouvier, nouvelle présidente du directoire de la Fondation de l’Avenir.

 

Vous avez pris vos fonctions de présidente du directoire en janvier dernier. Comment cela s’est-il passé dans le contexte que nous vivons ?

Marion Lelouvier : J’ai la chance d’être arrivée dans une fondation qui existe depuis plus de trente ans et qui est connue dans l’environnement mutualiste, les chercheurs et la plupart des établissements de santé. Les réserves financières autorisaient à sereinement envisager les mois à venir, grâce à la prudence du précédent directoire et à son président, Dominique Letourneau, qui a œuvré au rayonnement de la fondation pendant dix-huit années. La collecte reste stable et tend même à augmenter, profitant d’un certain regain d’attention envers les soignants et les chercheurs pendant la pandémie. En tant qu’employeur, les mesures ont été prises pour maintenir les conditions de travail. La continuité d’activité a été assurée par l’investissement et l’adaptation des équipes opérationnelles, comme en 2019 lors des grèves de transports et du changement de locaux. Au sein de la fondation, le souci est constant de mener les missions sociales à bien, de contribuer à la diffusion de la connaissance scientifique et de valoriser les projets financés et les équipes qui les conduisent. Même si je regrette n’avoir pas pu découvrir la fondation « respirant à pleins poumons » avec l’ensemble de ses salariés sur site, j’apprécie la chance d’avoir pu rencontrer et passer du temps avec chacun, alternant télétravail et présence dans les locaux un puis deux jours hebdomadaires, voire davantage.

 

Comme l’année dernière, de nombreux soutiens ont pu être mis en place par la Fondation de l’Avenir, ses huit fondations abritées et ses deux fonds de soutien (le Fonds Avenir Masfip et le Fonds Avenir Matmut). Les événements qui n’avaient pas pu être organisés avant le changement d’année ont pu être reportés dans des formats différents. Je pense à la cérémonie des trophées 2020 de la Fondation de l’Avenir, tournée comme une émission de télévision et diffusée sur les réseaux sociaux, au cours de laquelle cinq prix ont été remis à des chercheurs émérites par cinq de nos partenaires (la Matmut, Harmonie Mutuelle, Aésio Mutuelle, la Mutualité Fonction Publique et l’Association française de cautionnement mutuel). Soulignons également la remise des prix des chirurgiens de l’Avenir récompensant les travaux les plus prometteurs du Master 2 sciences chirurgicales, en partenariat avec les Universités de Paris Saclay et Paris-Est Créteil pour la treizième fois, ainsi que l’Académie nationale de chirurgie, ou encore l’Atelier de santé numérique qui portait sur le programme européen RGS@home, soutenu par l’EIT Health dont nous sommes membres, la remise du prix Casden du jeune chercheur et le prix Harmonie Alzheimer.  

 

Vous passez d’une structure mécène de la fondation à bénéficiaire du mécénat. Comment s’est la transition s'est-elle faite et quel est votre parcours ?

M.L. : Chaque étape suit la précédente avec une certaine cohérence. Je m’en tiens à mon vœu formulé au lycée : travailler dans le sens de l’intérêt général, contribuer au partage des connaissances, participer à rendre un « mieux-vivre » accessible à chacun, par le progrès véritable, éthique et durable. Après des études plutôt scientifiques puis quelques années en cabinet d’audit, j’ai pu intégrer la Mutualité Française, d’abord à la direction des relations avec les mutuelles (aujourd’hui direction des assurances) sur des dossiers prudentiels et financiers, puis à la tête de réseau des centres de santé mutualistes, avant de rejoindre le cabinet du président Thierry Beaudet. J’ai passé treize ans au contact des élus, dirigeants et collaborateurs de mutuelles de toutes activités, de toutes structurations, de toutes tailles, toujours avec l’engagement de les accompagner dans leur développement.

 

Je connaissais la fondation avant de la rejoindre mais mon quotidien depuis mon arrivée me confirme toute l’importance du mécénat au regard des projets financés, tout le sens de la solidarité exprimée par nos partenaires mutualistes dans des actions concrètes, prolongeant le rôle des mutuelles, pouvant potentiellement bénéficier à tous nos concitoyens. Que ce soit par les remises de bourses ou de prix, par le financement de programmes d’envergure, ou par la réalisation d’études prospectives comme l’enquête nationale sur la contribution des SSAM à la recherche et à l’innovation en 2004 et 2014 avec la FNMF sur laquelle nous nous appuyons toujours ou les travaux sur l’e-santé en 2015 ayant mené à la création du fonds Avenir santé numérique.

 

Comment se sont passés vos six premiers mois ? Quelles actions avez-vous pu mettre en place ?

M.L. : Avec Daniel Havis, président du conseil de surveillance depuis janvier également, nous nous inscrivons dans la continuité de nos prédécesseurs. Pour le faire en restant connectés à notre environnement et pour préparer nos futures orientations stratégiques, nous avons rencontré les partenaires et les élus qui travaillent avec, pour et autour de la fondation. Puis le nombre de donateurs particuliers de la fondation baisse depuis quatre ou cinq ans, la générosité publique est par nature sensible au contexte donc fragile. Nous avons donc poursuivi le travail de prospection entamé pour de nouveaux soutiens ou des soutiens approfondis.

 

Cette année plus que par le passé, l’urgence a été de permettre à tous les chercheurs d’avancer dans leurs projets. Les confinements se sont traduits par la fermeture de laboratoires, la crise sanitaire a concentré beaucoup de moyens sur l’infection et la pandémie de covid-19, parfois au détriment des autres patients et pathologies. Pour que les équipes puissent redémarrer dans de bonnes conditions, nous avons signé des avenants de prolongation de financement et avons fait en sorte de valoriser le travail effectué. Dans le même sens, nous avons relancé une réflexion pour favoriser sur le long terme l’émergence de projets de recherche et innovation dans les établissements qui en ont moins le réflexe ou les possibilités que les établissements publics ou les universités.

 

Ces décisions ont conduit à accumuler quelques fonds spécifiques supplémentaires, qui seront comme toujours débloqués au fur et à mesure de l’avancement des projets, en lien direct avec les chercheurs. Ce nouvel allongement de la durée des accompagnements de la fondation, de douze mois il y a quelques années jusqu’à trente actuellement, mérite une nouvelle organisation de nos services. Nous travaillons en ce sens avec les collaborateurs de la fondation et le comité social économique, à la construction de nouveaux accords d’entreprise.

 

C’est d’autant plus essentiel face aux besoins des chercheurs. Le meilleur exemple est l’appel à projets 2021. Nous avons reçu 260 lettres d’intention, puis près de 140 dossiers de candidature complets que le conseil scientifique, présidé par le Professeur Éric Allaire, a analysés et fait expertiser pour sélectionner parmi eux les 42 projets correspondant au mieux à nos missions sociales et à notre exigence de qualité. Nous les financerons à hauteur de 1,4 million d’euros. Quatre thèmes étaient proposés : les maladies du grand nombre et du vieillissement, l’accompagnement du patient atteint de maladies chroniques, les innovations technologiques et chirurgicales, et la santé mentale. Elles correspondent aux attentes des patients et des médecins, qui s’étaient exprimées dans notre baromètre sur la recherche médicale 2020 et dont nous avons continué de diffuser les résultats début 2021.

 

Comment imaginez-vous l’avenir de la fondation ?

M.L. : La réponse la plus évidente : toujours plus de bénéfices immédiats pour les patients et leur entourage, grâce à nos partenaires, nos donateurs et nos chercheurs. En tout cas, c’est notre ambition et c’est la mobilisation que nous avons constatée autour de la fondation.

 

Depuis le début de l’année, avec le directoire, les équipes de la fondation et nos partenaires, nous travaillons sur le projet stratégique 2022-2030. Ce dernier a été validé par le conseil de surveillance le 30 septembre dernier et sera dévoilé tout au long des mois d’octobre et novembre par les membres du directoire. Pour mémoire, le directoire est composé de Christelle Maltête (Matmut), secrétaire générale, Michel Couhert (Mutualité Française), trésorier, Guillaume Gardin (Groupe Aesio) et Jean-François Lemoine (groupe VYV), vice-présidents. Mandat nous est donné d’adapter la fondation à son environnement et de lui ouvrir de nouvelles perspectives.

 

Notre prochain rendez-vous sera le congrès de la Fondation de l’Avenir, qui se déroulera à l’Institut mutualiste Montsouris le 8 décembre prochain. Il portera sur l’évolution de la place du patient dans la recherche médicale. La fondation participera également aux premières rencontres internationales de chirurgie francophone organisées par l’Académie nationale de chirurgie début novembre, puis lancera la deuxième vague du baromètre sur la recherche médicale assorti d’une étude particulière sur le rôle du patient dans sa prise en charge. De beaux projets en perspective, toujours dans un accompagnement fidèle et rigoureux des équipes de chercheurs avec, comme cible partagée, l’accélération de la recherche médicale appliquée, de l’innovation et du progrès au service du patient. 

 

 

(*) Marion Lelouvier est présidente du directoire de la Fondation de l’Avenir depuis janvier 2021. Titulaire d’un master en finance, elle a précédemment exercé plusieurs missions pour promouvoir et développer les mutuelles dans leurs activités d’assurance et de gestion d’établissements sanitaires et médico-sociaux, au sein de leur Fédération nationale (FNMF).

 

Pour mémoire: À propos de la Fondation de l’Avenir

La Fondation de l’Avenir a pour vocation de soutenir et de valoriser la recherche médicale appliquée au bénéfice des patients. Créée en 1987 par la Mutualité, elle est reconnue d’utilité publique depuis 1988. La fondation incarne aujourd’hui le trait d’union entre le mouvement mutualiste et les acteurs de la santé publique. La Fondation de l’Avenir peut compter sur plus de 40 000 donateurs et 40 partenaires issus de l’économie sociale et solidaire, tous mobilisés pour faire avancer le progrès médical. La fondation a financé plus de 1 200 projets depuis son origine, dont de nombreuses premières mondiales.

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