L’Alliance pour la Santé mentale et la Fondation pour la Recherche Médicale publient un Livre blanc pour faire de la France un leader européen de la recherche sur le sujet
La France peut-elle encore devenir un leader européen de la recherche en psychiatrie et en santé mentale ?
Elle est aujourd’hui au 9e rang mondial pour la recherche en psychiatrie. Elle a les équipes, les programmes et les infrastructures. Mais elle n’a pas encore transformé ce potentiel en leadership européen.
À l’issue d’une démarche collective engagée depuis novembre 2025, (associant chercheurs, cliniciens, professionnels, institutions, associations et personnes concernées, avec la contribution de plusieurs acteurs scientifiques de référence : Fondation FondaMental, Inserm, Agence de programmes de recherche en santé, CNRS, Institut du Cerveau de l’Enfant, ComPaRe Dépression, CNUP et GHU Paris Psychiatrie et Neurosciences) , l’Alliance pour la Santé Mentale et la Fondation pour la Recherche Médicale (FRM) publient un Livre blanc consacré à la recherche en psychiatrie et en santé mentale.
À travers neuf recommandations, elles appellent à changer d’échelle pour mieux structurer la recherche française, renforcer son attractivité et accélérer la traduction des avancées scientifiques en progrès concrets pour les personnes concernées.
Le constat est clair : en vingt ans, la France est passée du 7e au 9e rang mondial pour la recherche en psychiatrie. Les essais restent trop concentrés dans les grands centres universitaires, les données difficiles à exploiter, les innovations trop lentes à diffuser et les parcours de recherche encore fragiles. Mais la France dispose déjà d’atouts solides : équipes reconnues, grandes cohortes et programmes structurants.
La priorité est désormais de transformer ce potentiel en résultats : mieux piloter la recherche, l’ouvrir aux territoires et aux personnes concernées, accélérer le passage des connaissances aux innovations et sécuriser les compétences qui la portent.
À l’approche de la Journée mondiale de la santé mentale du 10 octobre, et alors que la santé mentale est Grande cause nationale, l’Alliance pour la Santé Mentale et la Fondation pour la Recherche Médicale lancent cette initiative inédite pour changer d’échelle et accélérer la transformation des avancées scientifiques en progrès concrets pour les personnes concernées.
Les quatre priorités mises en avant pour guider l’action publique :
- donner un cap national à la recherche en psychiatrie et en santé mentale ;
Une feuille de route nationale 2027-2031, pilotée par l’Agence de programmes pour la recherche en santé et la Direction générale de la recherche, de l’innovation et du numérique en santé, fixerait un nombre limité de priorités, chacune assortie d’un responsable, d’un budget, d’un calendrier et d’indicateurs. Les personnes concernées, leurs familles et leurs aidants seraient associés à cette gouvernance.
- rapprocher la recherche des lieux de prise en charge partout sur le territoire ;
Aujourd’hui encore, la recherche reste trop concentrée dans un nombre limité de grands centres universitaires. Le Livre blanc propose d’accélérer le développement des fédérations régionales de recherche pour mieux diffuser les connaissances, partager les pratiques et les outils, et permettre à davantage d’équipes, d’établissements et de personnes concernées de participer à des projets de recherche, au plus près des réalités de terrain.
L’ambition : faire de chaque territoire un acteur de la recherche, pour que l’accès à l’innovation ne dépende plus du lieu où l’on est soigné.
- raccourcir le chemin entre la recherche et le patient ;
Dès 2027, quatre régions pilotes pourraient expérimenter un parcours simplifié pour les recherches à faible risque. Harmonisation des conventions, réduction des délais d’ouverture, accompagnement des établissements non universitaires : l’objectif est de rendre la France plus attractive pour les essais cliniques, sans réduire les exigences éthiques ou scientifiques.
Le Livre blanc propose également de mieux adapter l’évaluation des innovations aux spécificités de la santé mentale, en tenant davantage compte de leur impact sur la qualité de vie, l’autonomie, le rétablissement
ou encore les hospitalisations évitées. Il recommande aussi la création d’un financement hospitalier dédié, inspiré de la « liste en sus », afin de faciliter l’accès des patients aux innovations à forte valeur clinique.
- renforcer l’attractivité et sécuriser les parcours des professionnels et chercheurs.
En 2025, 15 % des postes ouverts à l’internat de psychiatrie sont restés vacants 1 4. Pour renforcer l’attractivité de la discipline, le Livre blanc recommande d’intégrer à la campagne « Choisir Psychiatrie », destinée aux médecins, un volet consacré à la recherche et à l’innovation.
Il préconise également la création d’un portail national recensant les opportunités de formation, de recherche et de mobilité, ainsi que le développement du mentorat et des immersions au sein des équipes.
Enfin, il appelle à sécuriser davantage les parcours de recherche, notamment grâce à des contrats doctoraux et postdoctoraux, des postes mixtes et du temps de recherche protégé.
Les recommandations pour changer d’échelle
1 - Adopter une feuille de route nationale 2027-2031 pour la recherche et l’innovation en psychiatrie et en santé mentale.
2 - Expérimenter des procédures simplifiées pour les recherches à faible risque et une instruction coordonnée pour les projets multicentriques en psychiatrie et en santé mentale.
3 - Sanctuariser une enveloppe additionnelle de 200 millions d’euros sur cinq ans, dédiée à l’ensemble du
continuum de la recherche en psychiatrie et en santé mentale.
4 - Créer un programme national « Données en santé mentale ».
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5 - Soutenir le déploiement des fédérations régionales de recherche en psychiatrie et en santé mentale.
6 - Créer un dispositif national de facilitation des essais cliniques et d’accès aux innovations en psychiatrie et en santé mentale.
7 - Intégrer la participation des personnes concernées, des familles et des aidants parmi les critères d’évaluation des appels à projets nationaux.
8 - Lancer un plan national pluridisciplinaire d’attractivité de la recherche en psychiatrie et en santé mentale.
9 - Créer un dispositif national de sécurisation des parcours de recherche des professionnels de santé et des scientifiques en psychiatrie et en santé mentale