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09 / 06 / 2026 | 9 vues
Alain Arnaud / Abonné
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Société en transition ou société en bascule ?

Actuellement on parle souvent de “transition” pour qualifier les mutations de notre époque : transition économique, écologique, numérique, énergétique, sociale…

 

Ce mot se veut rassurant, car il évoque un passage progressif, maîtrisé, presque naturel, entre un ancien monde et un nouveau monde, mais dont le modèle reste encore à construire. Car une société en transition conserve généralement ses repères. Elle évolue en s’adaptant, en créant, en corrigeant ses excès sans remettre totalement en cause ses fondations.

 

En fait, s’il y a des difficultés, il suffit de laisser faire, en attendant que les choses se passent, tout se régulera comme avant, et il y aura bien des jours meilleurs !

 

C’est grosso modo ce qui s’est passé lors des précédentes révolutions industrielles dont les conséquences, bonnes ou mauvaises ont fini par être digérées.

 

Pourtant, ce que nous constatons aujourd’hui, c’est une multiplication des crises et des fractures, un accroissement de l’angoisse face à une accélération vertigineuse du temps sous l’effet d’une révolution numérique qui bouleverse nos vies, une absence de perspectives de jours meilleurs pour une grande partie de la population, parce que nous sommes face à l’inconnu. D’autant que les pouvoirs politiques et les gouvernements ont de moins en moins d’emprise sur les évolutions de notre société, alors qu’au contraire est grandissante celle des géants du numérique sur notre vie quotidienne, et que la régulation par la puissance publique devient de plus en plus souvent un voeu pieux. Le tout dans un contexte mondial pour le moins angoissant : guerres d’annexion de territoires, économique, idéologique, réchauffement de la planète, migrations politiques et climatiques…

 

Alors peut-on parler de transition si l’on veut bien considérer que depuis longtemps les politiques publiques, même si elles affichent de grandes ambitions, ne sont pas à la hauteur des enjeux les plus importants : meilleure répartition de la création de valeur, impact de l’IA sur le travail et les emplois, financement du système de santé, réchauffement climatique, perte de souveraineté financière et industrielle, atteintes à la démocratie… ?

 

Bien entendu de nombreuses études pertinentes sont menées dans les ministères et des actions sont engagées sur le terrain par des agents de l’Etat, des collectivités locales et hospitalières, totalement dévoués envers les populations et la cause de l’intérêt collectif. Mais la réalité est que la mise en oeuvre de politiques publiques qui permettraient d’accompagner les transitions est embolisée par la nécessité de gérer le court terme, avec des finances en tension, et un héritage de difficultés nées de l’incapacité des pouvoirs publics de ces dernières décennies à anticiper les transformations à l’oeuvre et à mettre en place les politiques structurelles appropriées.

 

Cela crée de l’insatisfaction, des frustrations, des colères et des peurs qui alimentent la montée des extrémismes, du fascisme, de la xénophobie, et l’on sait où cela conduit.

 

Toute ressemblance avec la période 1930-1939 de notre histoire ne serait que pure coïncidence ! Plusieurs observateurs alertent sur ces évolutions à haut risque et considèrent qu’à défaut de transition maîtrisée nous sommes dans un moment de bascule.

 

Il est clair que les nouvelles technologies et l’IA bouleversent nos sociétés à une vitesse vertigineuse. Ce ne sont plus seulement nos habitudes qui changent, mais notre rapport au travail, à l’information, aux institutions, à la démocratie, aux autres.

 

Les réseaux sociaux et les plateaux des chaînes d’info en continu ne font qu’amplifier ces évolutions en transformant l’opinion en flux permanent d’émotions et de réactions immédiates le plus souvent violentes. Celles-là se substituent à un mode de débat raisonné et serein au sein d’une société évoluée.

 

Les avis péremptoires, les invectives sans nuance s’affranchissent allègrement des faits pour imposer leur propre vérité au nom d’une prétendue liberté d’expression. Mais, ce faisant, on est aux antipodes d’un fonctionnement démocratique.

 

Nous sommes donc bien dans un moment de bascule, et l’enjeu est que ce ne soit pas dans le mauvais sens. Nous entrons dans une période cruciale de débats et de choix dans la perspective de l’élection présidentielle de 2027.

 

C’est donc le moment de faire émerger de nouvelles idées et de nouveaux modèles pour déterminer vers quel monde nous voulons aller, et de s’inscrire dans une transformation choisie et non subie. Notre société doit rester libre, humaine et équilibrée, pour ne pas devenir une société constituée d’individus uniformisés, aseptisés et désolidarisés, ce qui est le grand risque auquel elle est confrontée aujourd’hui.

 

Depuis son origine en 1947, le CIRIEC est dans cette démarche, et même depuis 1908 si l’on veut bien se référer aux premiers travaux de son fondateur Edgard Milhaud qui a toujours considéré qu’une économie politique qui sait redistribuer équitablement les fruits de la croissance, qui sait prendre en compte les besoins sociaux des populations, est l’un des principaux facteurs de paix dans le monde. C’est avec cette conviction profonde que face à ces enjeux cruciaux pour la démocratie et la liberté, fidèle à la pensée d’Edgard Milhaud et à celle de son fondateur Léon Jouhaux, le CIRIEC-France s’est engagé dans un travail de recherche pour remettre au goût du jour l’esprit des Lumières, et pour promouvoir celles du 21ème siècle.

 

Une première étape sera le colloque public organisé le 29 juin 2026 sur le thème « Ensemble, rallumons les Lumières » à partir de l’ouvrage élaboré par le collectif Galilée.sp. D’autres étapes suivront pour mettre en évidence quelques propositions à faire connaître au cours de la période électorale qui s’annonce.

Nous sommes en effet en manque cruel de points de repères et de moyens face à l’obscurantisme et au despotisme des préjugés et des idées reçues, face à la montée de l’intolérance d’où qu’elle vienne, face aux prédateurs de la démocratie. Alors, mobilisons-nous.

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