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Audiovisuel public : un autre (vrai) débat est possible...
Les travaux de la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public de ces derniers mois n'ont pas manqué de surprendre et suscité de vives réactions sur la manière dont ils ont pu être menés... notamment son rapporteur!
Ils viennent de s'achever mais ils ont en fait révélé au grand jour la bataille idéologique qui se joue actuellement : celle de l’accélération de projets politiques de privatisation de biens publics et de concentration des ressources, et du pouvoir qui va avec, entre les mains de quelques-uns.
En quoi cette attaque de l’audiovisuel public constitue-t-elle une confiscation démocratique ?
David Medioni (1), Nathalie Sonnac(2) et Emilie Agnoux (3) livrent leur analyse dans une récente note (4) de l’Observatoire de l’action et de la puissance publique et de l’Observatoire des médias de la Fondation Jean Jaurès.
Pour les auteurs(es) réformer n’est pas affaiblir, mais « réenchanter » une mission d’intérêt général pour le XXIe siècle.
Dans ce paysage profondément transformé, une question s’impose : comment redonner à l’audiovisuel public les moyens de remplir sa mission ?
Sept piliers sont avancés permettent d’en dessiner les contours.
- Unifier pour peser : la holding comme levier de frappe éditoriale. L’audiovisuel public a besoin d’une direction claire, fondée sur un projet éditorial partagé, notamment en matière d’information. Il lui faut aussi gagner en rapidité, en cohérence et en visibilité. La mutualisation des fonctions supports peut répondre en partie aux difficultés financières et organisationnelles actuelles.
- Refonder le cadre social de l’audiovisuel public. Adapter le cadre social ne consiste pas à remettre en cause les droits des salariés, mais à faire évoluer les règles du travail pour répondre aux transformations profondes du secteur.
- Le virage « Digital First » : rejoindre les moins de trente ans là où ils se trouvent. L’audiovisuel public doit penser ses contenus d’abord pour le numérique, puis les décliner sur les antennes traditionnelles – et non l’inverse. .
- Faire de l’éducation aux médias une priorité. Comprendre comment se fabrique l’information, distinguer les faits des opinions, repérer les manipulations : ces compétences sont devenues essentielles. L’audiovisuel public a un rôle central à jouer dans cet environnement fragmenté. Mais cette mission suppose l’existence de médias solides et indépendants. On n’éduque pas à l’information dans un désert informationnel. Le service public audiovisuel doit incarner un standard de qualité face à la logique de la viralité et de la conflictualité.
- Garantir le niveau et la stabilité du financement. L’indépendance éditoriale repose sur la stabilité des ressources. Une trajectoire pluriannuelle – par exemple sur cinq ans, durée du mandat du président – permettrait de sécuriser les moyens, de rendre les engagements opposables et de protéger contre l’érosion liée à l’inflation.
- Reconnaître la valeur constitutionnelle de l’audiovisuel public. Sécuriser durablement le financement l’audiovisuel public, c’est accepter de le soustraire totalement aux logiques de marchandage budgétaire. C’est faire un choix démocratique. Son financement pourrait être inscrit dans une loi organique, à l’image des exigences posées par le règlement européen European Media Freedom Act (EMFA)
- Restaurer la confiance par la traçabilité de l’information. Dans un univers saturé de contenus, où journalistes, influenceurs et plateformes coexistent, il devient difficile de distinguer faits et opinions. Une labellisation de l’information permettrait de garantir la traçabilité du processus journalistique : des faits sourcés, vérifiés, hiérarchisés et contextualisés. Un repère essentiel pour les citoyens.
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Pour plus de détails sur ces réflexions: https://www.jean-jaures.org/publication/audiovisuel-public-un-autre-vrai-debat-est-possible/
(1) David Medioni, Journaliste, Co-directeur de l'Observatoire des médias
(2) Nathalie Sonnac, professeure en sciences de l’information et de la communication à l’Université Paris Panthéon-Assas. Spécialiste en économie des médias, de la culture et du numérique, elle s’intéresse en particulier aux questions de concurrence et de régulation, aux enjeux politiques et démocratiques des médias et des réseaux sociaux dans la nouvelle économie numérique.
(3) Émilie Agnoux, Directrice de l'Observatoire de l'action et de la puissance publiques, Co-fondatrice du think tank Le Sens du Service public, experte à la Fondation Jean Jaurès