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05 / 05 / 2023 | 61 vues
Valérie Forgeront / Membre
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Anxiogène : la marque de fabrique de la réforme des retraites

Depuis le début du mouvement contre la réforme le 19 janvier, les travailleurs expriment particulièrement leur appréhension de la fin de carrière. D’autant face à la mesure de recul de deux ans de l’âge légal de départ et à l’accélération du calendrier d’allongement de la durée de cotisation. Un sondage et une étude font ressortir le caractère anxiogène de ces mesures.

 

Un sondage réalisé début mars par Odoxa évoquait la perception qu’ont les séniors de leur fin de carrière, soit anxiogène et difficile résumait l’institut. Ainsi, 64% des Français ne se sentent pas capables de continuer à travailler à temps-plein au-delà de 62 ans et 58% craignent une période de chômage en fin de carrière indiquait-il. Dans le détail, 68% des 50-64 ans déclarent ne pas se sentir capables de continuer à travailler à temps-plein au-delà de 62 ans. Chez les employés et les ouvriers, cette part atteint 72%.

 

Autre indication du sondage, pour 88% des français interrogés, après 50 ans, il est difficile de trouver un emploi correspondant à sa compétence. Et 52% estiment que les salariés séniors ne sont pas bien considérés dans les entreprises. Des réponses qui renvoient à des problématiques que l’exécutif n’a pas voulu traiter en amont de son projet retraite...

 

Or, Nous étions prêts à parler emploi des seniors, aménagement des fins de carrière, pénibilité, égalité entre les femmes et les hommes, pouvoir d’achat des retraités, conditionnalité des aides publiques (aux entreprises, Ndlr) … Les sujets ne manquaient pas et cela devait être un préalable pour nous . La Confédération  a fait de nombreuses propositions en ce sens que nous avons remis au ministère du Travail. Elles ont été très largement ignorées rappelait le secrétaire général de FO à la Première ministre le 5 avril à Matignon.

 

La crainte de ne pas tenir au travail jusqu’à la retraite

 

Une étude publiée en avril, réalisée par Adecco pour le Crédoc et se penchant elle sur la manière dont les 40-59 ans se projettent dans leur fin de carrière souligne que dès 40 ans les actifs sont très inquiets pour leur santé et leurs revenus en fin de carrière. Concrètement, plus des deux-tiers redoutent de ne pas être suffisamment en bonne santé pour continuer à exercer leur activité professionnelle. Ils sont aussi 52% à craindre une éventuelle dégradation de leurs revenus (58% chez les ouvriers) en fin de carrière, tandis note l’étude que 67% des ménages ont aujourd’hui le sentiment de devoir se restreindre financièrement. Par ailleurs 37% craignent de perdre leur emploi, 44% de devoir s’occuper de proches malades ou dépendants, et que ce soit incompatible avec une activité professionnelle...

 

Ces angoisses portant sur le fait de pouvoir ou non tenir jusqu’au bout de la carrière touchent toutes les catégories professionnelles (72% chez les ouvriers, 62% chez les cadres, ...) constate l’étude rappelant qu’à 60 ans, seuls 42% des Français sont en emploi. 22% sont inactifs (invalidité, maladie, personnes au foyer), 7% sont au chômage et 29% sont déjà en retraite.

 

Pour les salariés séniors victimes du chômage, l’angoisse est forte. Et pour cause. Seulement 13% des 50-64 ans touchés par le chômage retrouvent un emploi le trimestre suivant révèle l’étude. Quant aux 50-64 ans qui sont revenus à un emploi après une période de chômage, ils sont 28% à être concernés par le sous-emploi, contre 23% de l’ensemble des actifs ayant connu la même transition. Et l’étude de noter aussi l’ampleur de la précarité dans l’emploi. Ainsi, 72% des 50-64 ans passés par une période de chômage retrouvent un emploi à durée limitée, contre 69% des 25-49 ans dans la même situation. L’angoisse face à la fin de carrière, prend tout son sens... De fait, l’injustice et la brutalité de la réforme, aussi.

 

Une intensification du travail depuis les années 80

 

Les femmes quant à elles, -aux salaires plus faibles (de 40%) que ceux des hommes, aux carrières souvent hachées (du fait des grossesses), et assurant souvent deux journées en une (au travail et à la maison)-, ne sont pas épargnées par cette réforme qui les contraindrait à travailler deux ans de plus. Et si elles n’y parviennent pas, elles verraient baisser sévèrement le niveau de leur pension. 71% des femmes (contre 65% des hommes), se disent préoccupées par les possibles difficultés de santé qui pourraient les empêcher de poursuivre leur carrière. Et à 57% (49% pour les hommes) elles craignent une perte de revenus détaille l’étude Adecco pour le Crédoc.

 

Les craintes exprimées par les travailleurs sont-elles nouvelles et relèveraient-elles d’une soudaine vision pessimiste de l’avenir ? Non bien évidemment. En 2019, la Dares (organisme du ministère du Travail) indiquait déjà que 37% des salariés déclaraient ne pas se sentir capables de tenir dans leur travail jusqu’à la retraite. Et, rappelle l’étude Adecco/le Crédoc, ces inquiétudes peuvent être reliées à des éléments tout à fait patents, notamment à l’intensification du travail, et des contraintes de rythme, qui s’est opérée principalement dans les décennies 80 et 90, et ajoutée (plus que substituée) aux questions de pénibilité physique.

 

L’étude apporte des exemples, l’un souligne ainsi le stress et la pression dans le travail auxquels font face les salariés, 55% de salariés doivent répondre à des demandes extérieures qui nécessitent une réponse immédiate, la proportion n’était que de 28% en 1984.
 

Autre exemple : 41% des actifs déclaraient en 2019 devoir porter des charges lourdes contre 22% en 1984. Et pour rappel, depuis le 1er octobre 2017 (ordonnance Macron du 22 septembre 2017), le port de charges lourdes n’est plus compter comme facteur de risques, comme d’ailleurs trois autres critères de pénibilité sur les dix qui existait alors via le C3P supprimé.

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