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31 / 03 / 2020 | 486 vues
Valérie Forgeront / Membre
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Flambée du chiffre d'affaires chez Maximo : cela n’élimine pas la peur d'aller sur le terrain

Au cœur de la bataille contre le covid-19, les salariés de Maximo comprennent que les citoyens rendent actuellement hommage au travail des soignants et aux routiers qui acheminent les denrées essentielles à travers tout le pays. D’ailleurs, eux aussi leur rendent hommage.
 

Toutefois, il est des activités professionnelles qui méritent elles aussi un regard et une reconnaissance envers les salariés qui les assument, particulièrement en ce moment. C’est ce que demandent modestement Daniel Bernard et Christian Hammerschmidt, deux militants FO et salariés chez Maximo, société de produits surgelés et d’épicerie livrés à domicile.
 

Oui, nous travaillons aussi et la peur au ventre, indiquent-ils en assurant que l'entreprise a pris moult mesures pour la sécurité sanitaire des salariés. La nature même des activités des différentes catégories de salariés dans l’entreprise présente des risques, que ce soit en raison du regroupement de salariés en un même lieu, par les entrepôts, le contact avec les clients ou les déplacements des commerciaux dans de vastes zones…
 

Depuis le début de la crise du coronavirus et encore plus depuis celui du confinement, les salariés de l’entreprise (1 870 personnes, dont plus de 1 700 en CDI) travaillent chaque jour d’arrache-pied pour livrer les clients (habituellement plus de 60 000 foyers).
 

Qu’ils soient affectés à la préparation des commandes dans l’un des deux entrepôts de la société, à Verdun (comptant 300 salariés) ou à Alençon (une centaine de salariés), qu’ils soient administratifs, télévendeurs (une vingtaine de salariés), conseillers commerciaux (ceux qui prennent les commandes auprès des clients, 500 salariés environ), livreurs (500 salariés environ) ou routiers, tous ces salariés prennent quotidiennement des risques en venant travailler, ce qui permet aux clients d’être approvisionnés, en nourriture notamment.
 

Le chiffre d’affaires flambe
 

Actuellement, les deux plates-formes débordent de travail. Les salariés [NDLR : postes à la chaîne] ont travaillé samedi dernier afin de prendre de l’avance sur la préparation des commandes. Mais cette avance a vite fondu, relate Daniel Bernard.
 

À Verdun (où les commandes de surgelés et d’épicerie sont préparées), un camion passe matin et soir pour renouveler le stock de marchandises qui seront ensuite préparées et ventilées dans les établissements avant livraison aux clients, indique-t-il. Cela suffit à peine. Dans l'entrepôt, nous sommes passés de 450 à plus de 900 palettes de marchandises par jour, calcule Christian Hammerschmidt, trésorier du syndicat, délégué syndical et conseiller prud’homal.


Les plates-formes sont très sollicitées, certains établissements (cinquante-et-un répartis sur soixante-cinq départements) n’ont pu être livrés ou avec du retard, poursuit-il.  L’entreprise a dû refuser des commandes, dont celles de gens qui n’étaient pas jusque-là clients de cette société, née à la fin du XIXe siècle. En temps normal, les clients sont livrés trois jours après avoir passé leur commande. En ce moment il faut compter sept jours, précisant que le chiffre d’affaires de l’entreprise flambe, assure Daniel Bernard. Christian Hammerschmidt acquiesce : oui, Maximo explose actuellement son chiffre d’affaires.

 

Cela n’ôte pas la peur

 

Depuis le début de la crise du coronavirus, alors que les enseignes de la grande distribution, avec leurs « drives » et systèmes de livraisons à domicile, sont prises d’assaut et peinent aussi à assumer toutes les commandes, la formule de vente propre à Maximo (ou à d’autres sociétés du même type) est très recherchée car elle ne nécessite aucun déplacement de la part du client.

Concrètement, nous allons sur le terrain, au contact du client, lequel nous transmet sa commande de visu. On peut avoir soixante à soixante-dix clients pour une zone rattachée à un établissement. Un secteur peut être à cheval sur deux ou trois départements, explique Daniel Bernard, soulignant que chaque conseiller se voit attribuer vingt tournées différentes. Chaque jour, il en assure une. Son métier de commercial (rémunéré sur la base d’un fixe, d’une commission sur les ventes et avec l’obligation de remplir les objectifs assignés) lui impose donc d’être en contact avec de multiples personnes, ce qui multiplie le danger de contamination.
 

L’employeur a-t-il pris des mesures de protection pour les salariés ? « Oui », constatent les deux militants. Nous n’avons pas eu de masques immédiatement (en trouver est difficile) mais du gel et des gants, autant que l’on en veut, se félicite Daniel Bernard. Trois palettes de masques viennent d’être reçues, ajoute Christian Hammerschmidt. Dans l’entrepôt de Verdun, nous avons 900 litres de gel d’avance, se rassure Daniel Bernard. Toutefois, cela n'élimine pas la peur des contacts entre salariés et/ou avec les clients, appuie-t-il.

 

Des procédures strictes

 

Avant que des procédures de sécurité sanitaire ne soient mises en place, un chauffeur avait fait valoir son droit de retrait pendant une journée. Bien sûr, les salariés ont peur et certains ont demandé à ne plus aller sur le terrain. L’employeur a accepté. Par ailleurs, les horaires de livraison chez le client, habituellement fixes, sont supprimés. En ce moment, cela évite un stress supplémentaire aux livreurs.
 

Concernant les conseillers vont prendre les commandes chez les clients, une procédure a été établie. Nous appelons avant de passer. Nos collègues ont ordre de déposer le colis devant la porte du client. Le livreur prend le chèque ou pose l’appareil à carte bancaire. Le client tape son code avec un crayon. Par ailleurs, des lingettes sont prévues pour le nettoyage de l’appareil. Dans les entrepôts, les salariés doivent mettre de la distance entre eux. Quant aux comptables, ils travaillent avec des gants. La sécurité est aussi de mise pour la livraison.

 

Les gens doivent comprendre
 

Si la mise en œuvre de toutes ces procédures a un peu atténué la peur de venir travailler, celle-ci persiste. Christian Hammerschmidt fait partie de ceux que l’entreprise nomme le personnel navigant, des conseillers commerciaux qui partent toute la semaine pour compléter les effectifs d’un établissement, remplaçant les employés malades ou en congé. Je suis loin de chez moi et l’inquiétude face à cette situation de crise sanitaire est grande. Il y a dix ans, Christian Hammerschmidt a contracté le virus H1N1. Par ailleurs, il veille depuis des années sur son fils qui se bat contre une pathologie cardiaque très grave. Je mesure d’autant plus la valeur de la vie et de la santé...
 

Au sein de la société, plusieurs cas de covid-19 ont été détectés. Nous avons eu un cas au sein de l’établissement de Chantilly ; le site a été désinfecté. À Lunéville, un livreur qui a été contaminé a dû être intubé…
 

Pour Christian Hammerschmidt et Daniel Bernard, les gens doivent comprendre que les salariés en poste à l’extérieur de chez eux font quotidiennement preuve d’un grand courage et assurent des cadences de travail qui ont beaucoup augmenté.
 

Quant aux réactions des clients, les deux salariés tentent d’oublier les fâcheux pour mieux goûter ceux apportant des signes de reconnaissance. Certains clients veulent tout et tout de suite. Parfois, on se fait même insulter ! Heureusement, nous recevons quand même des mercis. Des clients nous disent : « Vous existez, merci ». Cela fait chaud au cœur...

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