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17 / 04 / 2019 | 104 vues
Philippe Pihet / Membre
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Réforme des retraites : FO suspend sa participation aux réunions sur le dossier

Alors que les déclarations de nombre de ministres, sous forme « d'injonctions contradictoires » jettent un certain trouble sur les réelles intentions du gouvernement sur ce dossier sensible, la confédération vient d'adresser au Haut Commissaire chargé du dossier un courrier pour lui faire part de sa décision.
 

C'est l'occasion de rappeler que, depuis le lancement de la concertation engagée en vue de la préparation d'un projet de loi réformant le système des retraites en France, notre organisation syndicale s'est impliquée avec l'objectif de faire connaître et valoir ses analyses, positions et revendications.
 

Sur chacun des points abordés lors des réunions bilatérales auxquelles les organisations syndicales ont été conviées, nous avons précisé nos arguments mettant notamment en avant le maintien et/ou l'amélioration des droits existants selon les cas (âge de départ, niveau des pensions, taux de remplacement, droits dérivés, pensions de réversion, pensions de veuvage, pénibilité, carrières incomplètes, droits non contributifs...).


Dès l'origine, notre confédération a fait savoir :

  • qu'elle n'était pas en accord avec un projet allant vers un régime universel à points se substituant aux régimes existants (régime général, régimes complémentaires, code des pensions civiles et militaires, régimes professionnels particuliers) ;
  • et nos craintes qu'avec un tel système, sous tutelle de l'État et donc dirigé par les gouvernements et le parlement, des politiques restrictives en termes de droits à la retraite ne l'emportent, fragilisant le principe de solidarité fondée sur la répartition en ouvrant la porte aux solutions complémentaires, collectives ou individuelles, par capitalisation.
     

Nous estimons en effet que la question devait être posée en termes de choix de société et non réduite à des contraintes budgétaires imposées par des options de politiques économiques contestables.
 

Ainsi, mettre en avant le poids des pensions dans le PIB (aujourd'hui de 3,9 %) tend à réduire le droit à la retraite à une « dépense », sans tenir compte de la participation des retraités à l'économie, donc au PIB lui-même.
 

C'est pourquoi nous ne considérons pas qu'il faille absolument raisonner à « enveloppe constante », excluant de fait le levier de l'augmentation des cotisations, ce qui, du fait notamment de l'évolution de la démographie, conduit à agir sur le niveau des droits, que ce soit en termes d'âge de départ, de durée d'activité ou de niveau des pensions.
 

Certes, l'espérance de vie s'est fortement accrue ces dernières décennies. C'est le produit (dont nous ne pouvons que nous féliciter) du système de protection sociale collective et des progrès en matière de santé qu'il a favorisés , dont le droit à la retraite qui participe lui-même à l'accroissement de l'espérance de vie. Force est de constater cependant que l'espérance de vie en bonne santé est loin d'être au même niveau et ne progresse pas sensiblement.
 

Aussi, envisager d'accroître le poids représenté par les pensions dans le PIB de l'ordre de 0,5 point à horizon de trente ans (cf. évaluations du COR) ne doit pas être considéré comme irrecevable.
 

Les prospectives diverses montrent que l'équilibre des régimes dépend étroitement de l'efficacité des politiques économiques du point de vue de l'activité et de l'emploi, La question du choix des politiques économiques doit donc être prioritairement abordée.
 

Nous considérons en effet qu'elle pose celles du pouvoir d'achat des salaires, à la fois soutien de la consommation intérieure et source de recettes pour les régimes. ll est parallèlement essentiel de lutter contre la financiarisation de l'économie afin de favoriser l'investissement (en particulier en matières industrielles répondant aux défis de l'environnement et du climat) et de résorber les inégalités. Or, l'accent permanent mis sur les politiques de rigueur et d'austérité, privilégiant la baisse du coût du travail et la réduction des « dépenses publiques », mène au contraire à éviter de poser ces questions.
 

Dès le début des concertations (cela avait été confirmé lors de la réunion multilatérale en octobre dernier), nous avions cependant compris que la réforme ne conduirait pas à mettre en cause l'un de ses paramètres en termes d'ouverture des droits, celui de l'âge légal. Lors des rencontres bilatérales, cela n'a jamais été contredit ou remis en cause de votre part.
 

Cependant, en fonction de l'évolution des autres paramètres (valeurs à l'achat et à la conversion des points), la borne d'âge d'ouverture des droits dans un régime universel par points peut devenir en réalité celle d'un « droit à pension minimale », nécessitant, pour ceux le pouvant (bien des salariés ne sont déjà plus en activité au moment de liquider leur retraite), de prolonger la durée d'activité pour pouvoir bénéficier d'un niveau décent de pension, En ce sens, nous vous avions fait part de nos critiques quant au mécanisme de coefficients majorants incitant à l'accroissement de la durée d'activité.
 

Rappelant que les régimes de retraites des travailleurs sont essentiellement financés par leurs cotisations, que les retraites complémentaires sont gérées paritairement par les organisations syndicales de salariés et les organisations d'employeurs, FO n'entend pas rester indifférente aux décisions qui pourraient être envisagées et est déterminée à continuer d'agir pour porter et défendre les intérêts des salariés actifs et retraités en matière de retraite. La confédération appuiera en ce sens toute initiative de ses fédérations professionnelles en charge des régimes spéciaux de salariés comme du code des pensions civiles et militaires de retraite associé au statut général de la fonction publique.
 

FO estime que ses revendications sont parfaitement légitimes et réaffirme son attachement à la solidarité fondée sur la cotisation et le paritarisme de gestion.

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