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04 / 04 / 2019 | 213 vues
Georges De Oliveira / Membre
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Comment les syndicats intègrent-ils la révolution numérique ?

Nous voyons que la révolution numérique affecte déjà l’organisation des entreprises, le fonctionnement et même la nature de ces dernières.
 

Ceci est moins dû à un saut technologique qu’à l’omniprésence, depuis quelques années, des technologies de l’informatique, d’internet et de l’explosion de l’usage des réseaux sociaux. Alliées aux nouvelles capacités de gérer des milliards de données, ces technologies influent tant sur la vision traditionnelle de l’économie que sur les pratiques des populations.
 

Cela devient d’autant plus prégnant pour toutes les activités de la société que nous voyons arriver les enfants dits de la « génération Z », nés avec ces pratiques et ayant une approche du travail et des rapports sociaux au sein des entreprises très différentes.
 

Au-delà des modifications que cela induit sur les entreprises et les organisations du travail, il importe de s’intéresser aux enjeux pour les syndicats et d’ouvrir une réflexion sur ces questions.

 

Nature du syndicat

 

Depuis l’origine, le rôle des syndicats est d’organiser les travailleurs afin de défendre leurs intérêts et d’améliorer leurs conditions de travail et d’existence.
 

D’abord de façon clandestine, car interdit.
 

La réunion des travailleurs se faisait en dehors des entreprises afin de déterminer les moyens d’unir leurs efforts et d’obtenir des améliorations sur leurs salaires ainsi que de leurs conditions de travail.
 

Ensuite dans le temps, avec la combinaison du développement de l’organisation qui se construisait ainsi que la reconnaissance des gouvernements qui y voyaient un moyen de contrôler le syndicat, l’activité syndicale s’est peu à peu installée au sein de l’entreprise. Un pas a été franchi avec l’instauration de la section syndicale, des DP et des DS.
 

Aujourd’hui, l’activité syndicale, avec la mise en place des CSE, court encore plus le risque (l'avenir nous le dira) d’être totalement intégrée au fonctionnement des entreprises, donc de s’y diluer et de disparaître demain (c’est du moins un objectif tant des patrons que des gouvernements).
 

Cependant, les acquis obtenus par le syndicat depuis des siècles sont très significatifs pour la classe ouvrière, mais également pour l’ensemble de la population et de la société. Or, cela reposait sur un élément inhérent à la forme du travail, de son organisation ainsi que de la conception des entreprises : une unité de lieu de travail pour la grande majorité des travailleurs, des collectifs de travail. Cette proximité des salariés articule, depuis des siècles également, l’activité syndicale et la capacité de syndicalisation.
 

L’unité de lieu qui tend à exploser
 

L'une des conséquences de la révolution numérique est la capacité de repenser les organisations de travail et même de revoir la nature des entreprises telle qu’on la connaît depuis le XIXe siècle. Dans nos pays occidentaux, la majeure partie de l’activité économique repose sur des sociétés qui n’ont d’autre vocation que de produire du capital financier. Or, ces sociétés n‘ont que très rarement une obligation d’avoir des salariés concentrés sur des lieux de travail. En effet, l’activité peut être exercée de n’importe quel endroit, dès lors qu’il existe un réseau internet.
 

Partant de ce constat, de plus en plus d’entreprises se posent la question de l’intérêt d’immobiliser des mètres carrés de surface de bâtiments qui leur coûtent excessivement cher. On voit donc se mettre en place des organisations de travail, sans postes de travail fixes, les salariés étant invités à travailler soit de chez eux, soit d’autres lieux de travail, sur des plates-formes de co-working, par exemple. L’entreprise devient en quelque sorte virtuelle car délestée de sa dimension physique.
 

Enfin, cela nécessite de réfléchir à la chaîne de management, y compris en la repensant totalement. C’est là qu’apparaissent les organisations agiles, ou « entreprises libérées », qui transforment le système de hiérarchie verticale qui existait jusqu’alors.
 

Cela s’accompagne de l’arrivée de générations sur le marché du travail qui n’ont plus la même vision et le même rapport au travail et surtout à la hiérarchie.
 

Vers des salariés de plus en plus mobiles et dispersés
 

Ces générations Y et surtout Z, qui arrivent dans le monde du travail avec une vision différente des rapports du travail, ne considèrent plus que l’on entre dans une entreprise pour y faire carrière. Les salariés seront de plus en plus enclins à changer de sociétés, de métiers et de pays, surtout dès lors que ceux-ci ne leur apporteront plus ce qu’ils en attendent.
 

C’est-à-dire de la reconnaissance, de l’intérêt dans leur activité, le sentiment d’apprendre en permanence mais également d’avoir une utilité et que leur métier ait du sens à leurs yeux.
 

D’ailleurs, la notion de salariat n’est plus forcément l’alpha et l’oméga de ces générations.
 

Selon les commentateurs économistes et sociologues, elles font parties de générations prêtes à créer leur entreprise afin de satisfaire leur besoin d’exploration et en quelque sorte de modification de la société…
 

Quoi que l’on puisse penser de cette vision de la société et surtout du monde travail et des rapports sociaux qui y existent, force est de constater que la nature des travailleurs se modifie et que les syndicats sont de plus en plus confrontés à des situations où les travailleurs ont des statuts hybrides, ni réellement salariés, ni réellement indépendants. Ces situations, qui sont de plus en plus proposées par des entreprises comptant ainsi contourner toutes lois et règles du travail, plongent aujourd’hui des milliers de travailleurs dans des situations d’extrême précarité.
 

Même si encore, heureusement très souvent, les syndicats arrivent à faire reconnaître ces situations comme du travail salarié déguisé et donc à le faire requalifier, il n’en demeure pas moins que cela augmente le nombre de travailleurs que les syndicats ont du mal à syndiquer.
 

Face à ces enjeux, le syndicat doit s’emparer de la « révolution numérique »
 

La question ici n’est bien sûr pas d’abonder dans les nouvelles formes d’exploitation du travail. Non, la question est bien de continuer à défendre les travailleurs et surtout les organiser où qu’ils soient et chaque fois qu’ils seront dans le cadre de l’exploitation du travail.
 

Il faut mettre en œuvre les moyens techniques et modernes correspondants aux modes de communication et d’interaction de ces nouvelles générations. En effet, le syndicat s’est toujours adapté aux évolutions de la société, des législations et des modes de vie de la population.
 

Aujourd’hui, il doit faire de même. Le syndicat ne doit pas se braquer sur les moyens dès lors que cela lui permet d’atteindre son objectif.
 

L’organisation syndicale doit également permettre à ces nouvelles générations de s’engager au sein du syndicat. C’est d’autant plus indispensable que cette génération Z est capable de s’engager dans de grandes causes dès lors qu’elle y trouve un sens. Même si les relations professionnelles de travail ne sont pas d’emblée les problématiques qui la passionnent, les moyens pour l'intéresser existent sans aucun doute, c’est un enjeu primordial pour le syndicat, par exemple sous l’angle de la lutte contre les inégalités, les discriminations etc.
 

Enfin, le syndicat doit être capable de se connecter avec ces milliers de travailleurs qui n’ont pas accès aux organisations syndicales, soit parce qu’ils sont dans des structures où le syndicat n’existe pas ou est de fait interdit, soit parce qu’ils sont disséminés, sans lien avec un collectif de travail physique et que les représentants syndicaux ont la quasi-impossibilité de les joindre.
 

Dans un monde qui promeut l’individualisme dès l’école, maintenir et développer des structures de solidarité entre les travailleurs est un véritable enjeu de société. Si l’on veut pouvoir continuer de lutter et fournir aux peuples et aux travailleurs les moyens d’améliorer leurs conditions d’existence, il est indispensable de renforcer le syndicat. La liberté de syndicalisation et le droit de grève, qui sont des acquis fondamentaux pour tous les travailleurs, doivent être défendus quotidiennement.
 

Les conséquences de la révolution numérique restent, pour l’instant, encore très difficiles à circonscrire, notamment sur ces aspects syndicaux.
 

Cependant, soyons certains que le syndicat saura prendre les mesures pour y faire face ; il en va de son intérêt et de celui de tous les travailleurs.
 

Ce n’est, bien sûr, pas un dossier clos, loin de là. Nous y reviendrons sans doute.

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