Participatif
ACCÈS PUBLIC
18 / 06 / 2026 | 10 vues
Jean-Philippe Milesy / Membre
Articles : 63
Inscrit(e) le 20 / 12 / 2009

Fondations : une importante tribune sur un conflit de logiques.

Francis Charhon qui fut longtemps directeur de la Fondation de France vient de publier dans Carenews une contribution essentielle. 

 

Il y est question du rapprochement entre le Centre Français des Fondations (CFF), qui membre d’ESS-France, rassemble des acteurs des secteurs non-lucratifs et l’Admical qui est une association mais qui représente le mécénat d’entreprises qui relèvent du secteur lucratif.

 

Il y a certes entre les deux groupements des questions d’intérêt commun dans un contexte où, pour reprendre les termes de Charhon « partout, les organisations doivent faire plus avec moins ». L’auteur de la tribune, qui mieux que tout autre connaît le secteur, ne manque pas de relever les champs dans lesquels le rapprochement des deux structures peut paraitre pertinent.

 

Mais pour reprendre son propos « La vraie question est …moins celle du principe du rapprochement que celle de son ambition ».

 

Depuis quelque temps déjà nous assistons à de tels rapprochements, voire des fusions, entre des groupements de structures non-lucratives et structures lucratives, dans une banalisation entrepreneuriale fondée sur la technique et oubliant souvent les finalités.

 

Les fondations d’économie sociale (CFF) partagent avec les structures ESS qui les suscitent leurs principes de solidarité et de démocratie. Les fondations d’entreprises lucratives —quelles que soient la pertinence, la qualité de leurs interventions — relèvent d’une autre logique. Occupant souvent les champs abandonnés par l’intervention publique, elles participent, comme trop souvent les pratiques de RSE, d’une politique de communication d’entreprises qui brillent trop rarement par la qualité de leurs approches humaines et sociales. Des grandes firmes prédatrices mettent ainsi en avant leurs rapport RSE ou les actions de mécénat de leurs fondations.

 

Entre le non-lucratif et le lucratif la différence de logique devrait être une évidence.

 

Elle est cependant trop souvent gommée par ceux-là même qui devraient la défendre avec force. Ils le font au nom de considérations techniques ou d’opportunités dans un esprit du temps libéral pèse sur eux. Le psychanalyste Miguel Benassayag relevait combien le libéralisme imprégnait les esprits même de ceux qui se réclament d’une autre pensée et l’anthropologue David Graeber soulignait que la principale victoire des libéraux était idéologique.

 

Un Hôpital public, relève de l’intérêt général, un hôpital mutualiste relève de la solidarité alors qu’un hôpital privé n’est que l’outil d’une société financiarisée œuvrant dans le domaine de la santé et sa finalité est le revenu de ses actionnaires.

 

On pourrait décliner ces différences profondes pour les crèches, les EHPAD et tant d’autres structures.

 

La bataille contre la marchandisation élargie du monde est une bataille fondamentale.

 

En ce qu’elle procède de cette bataille la tribune de Francis Charhon est importante.

 

On peut cependant regretter que l’ancien directeur de la Fondation de France s’attache, même pour distinguer en son sein des logiques différentes, à la notion de philanthropie.

 

Il écrit « Dans un monde où partout l’espace civique se réduit, où la liberté d’expression est contestée, où l’État de droit est fragilisé et où les acteurs de la société civile sont de plus en plus mis en cause, la philanthropie agit comme une force démocratique essentielle. ». Je suis de ceux qui souscrivant à l’essentiel du propos substituerait volontiers à « philanthropie » le terme de « solidarité »

 

Avec Jean-Louis Laville, je suis de ceux qui regardent la philanthropie comme un mouvement descendant comme la charité, une approche morale qui peut être le fait d’une personne seule. La solidarité est une construction collective, une approche démocratique. Mais merci à Françis Charhon pour son intervention dans un débat essentiel.

Pas encore de commentaires