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28 / 07 / 2026 | 18 vues
SNPEA CFDT / Abonné
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Anticipation technologique, transition écologique juste et nouveaux droits : la stratégie du SNPEA-CFDT face aux mutations du secteur de l’eau

L’évolution technologique des vingt dernières années dans le secteur de l’eau et de l’assainissement se caractérise par une convergence étroite entre l'automatisme traditionnel et l'informatique industrielle. Les installations sont passées d'une supervision locale à une télégestion et un suivi centralisé en temps réel, désormais démultipliés par l'intégration d'outils d'intelligence artificielle. Mais cette mutation numérique percute de plein fouet une autre réalité critique : l'accélération du changement climatique et la multiplication de ses effets extrêmes. Dans un secteur en première ligne où la réalité du terrain se heurte parfois à des logiques de restructuration ou de tension sur les effectifs, le Syndicat National des Personnels de l'Eau et de l'Assainissement (SNPEA-CFDT) inscrit ses actions au cœur de la négociation en cours sur la Gestion des Emplois, des Parcours Professionnels et de la Mixité des Métiers (GEPPMM). Pour l'organisation syndicale, cet accord cadre doit devenir un véritable « bouclier d'anticipation » instituant des droits opposables pour protéger l'humain et adapter le travail.
 

Le déploiement des algorithmes redéfinit le fonctionnement opérationnel des réseaux et des usines. L'analyse des flux de données par apprentissage automatique permet une détection des fuites en temps réel sur les conduites, tandis que les jumeaux numériques et la supervision algorithmique sur les stations d'épuration optimisent le traitement des eaux usées, réduisant la consommation d'énergie de près de 40 % et contenant les émissions de gaz à effet de serre. De même, la régulation du dosage chimique et la maintenance prédictive des équipements transforment la conduite des installations.
 

Face à l'émergence de ces systèmes complexes, les négociations GEPPMM portées par la CFDT chez Veolia exigent l'installation de gouvernances paritaires permanentes, à travers des Observatoires des métiers et des transformations du travail complétés par des commissions spécifiquement dédiées à l'IA. Le syndicat impose que l'évaluation technologique renonce aux analyses trop globales par « métier » pour adopter une analyse fine à la granularité des tâches. Seule cette décomposition permet de cartographier précisément les activités automatisées, augmentées ou créées, afin d'organiser l'accompagnement prioritaire des salariés les plus exposés aux risques de déqualification ou d'illectronisme. Cette démarche vise à empêcher la « délégation cognitive » – qui réduirait les agents à de simples exécutants-vérificateurs dépourvus de compétences critiques.
 

Un point important en matière de GEPP-MM est que le SNPEA-CFDT refuse catégoriquement que la négociation en cours chez Veolia ne serve d'instrument de gestion des départs. Le syndicat exige, comme pour toutes les autres entreprises qui dépendent de son secteur d’activité, l'inscription d'une garantie formelle de « zéro licenciement technologique », en donnant la priorité absolue au reclassement interne, et impose l'interdiction stricte du contrôle managérial algorithmique ou de la surveillance par l'IA.
 

Toutefois, l'anticipation des technologies ne peut être dissociée de l'urgence environnementale sur le terrain. Le SNPEA-CFDT revendique l'intégration pleine et entière d'une « transition écologique juste » dans la GEPPMM. Le secteur de l'eau subit de plein fouet l'augmentation en fréquence et en intensité d'événements climatiques extrêmes : canicules prolongées, sécheresses sévères, inondations soudaines, ainsi que les mouvements de terrain entraînant une multiplication des ruptures de canalisations et du bris de matériel. Ces phénomènes ont des incidences majeures et directes sur les conditions de travail des salariés : pénibilité physique accrue sous des températures extrêmes, interventions d'urgence à répétition, gestion de crises sanitaires ou de stress hydrique, et dégradation de la sécurité sur les chantiers. La CFDT exige que les observatoires et groupes de travail de la GEPPMM cartographient spécifiquement les impacts du dérèglement climatique sur le travail réel, créent des « parcours de reconversion verte » et adaptent l'organisation du travail pour protéger la santé des agents d'exploitation face aux risques climatiques.
 

Pour accompagner ces mutations, l'élévation globale des compétences est indispensable. La CFDT propose l'instauration d'un « Passeport Numérique Essentiel » garantissant une formation à l'IA sur le temps de travail pour lutter contre la fracture numérique. La reconnaissance des savoir-faire pratiques s'appuie sur les Certificats de Qualification Professionnelle (CQP) de branche, un accès fluidifié à la Validation des Acquis de l'Expérience (VAE) et à l'Action de Formation en Situation de Travail (AFEST), ainsi que sur la création de passerelles promotionnelles formalisées pour relancer l'ascenseur social.
 

En matière de soutenabilité du travail et de gestion des fins de carrière, l'accord-cadre de Groupe sur les salariés expérimentés dits seniors, signé chez Veolia le 27 mars 2026 (en cours de déclinaison dans les entités opérationnelles en France) grâce à l'impulsion de la CFDT, apporte la preuve concrète des avancées négociables. Ce texte d'avancée sociale institue un droit opposable à la réduction du temps de travail dès 55 ans, couplé à une prise en charge à 100 % par l'employeur du maintien des cotisations de retraite (de base et complémentaire) à taux plein. Pour faire face au départ des plus anciens et à la dématérialisation des métiers, l'accord concrétise le « Pacte Générationnel » à travers des binômes de transmission et du mentorat intergénérationnel, dont la CFDT exige la valorisation financière via une Prime de Transmission ou de Tutorat. Ce dispositif est renforcé par des bilans de santé gratuits dès 55 ans, un objectif d'embauche en CDI d'au moins 5 % de salariés de plus de 50 ans, et des formations d'adaptation numérique bienveillantes proscrivant toute stigmatisation.
 

Enfin, piloter simultanément la révolution algorithmique et la transition climatique exige des moyens renforcés pour le dialogue social. Le SNPEA-CFDT demande l'attribution d'un budget annuel d'expertise externe GEPP-MM permettant aux instances de mandater des experts indépendants pour auditer les algorithmes et mesurer les impacts environnementaux sur les postes. Enfin, la sécurisation des parcours des élus syndicaux doit s'opérer par la création paritaire d'un « Passeport de Compétences » et l'activation des passerelles légales (arrêté du 12 juin 2025) pour financer des certifications professionnelles reconnues, garantissant un déroulement de carrière fluide et valorisé au retour de mandat.

 

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