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18 / 10 / 2019 | 131 vues
Vincent Hernandez / Abonné
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Scinder EDF en deux avec le projet « Hercule » : un projet purement financier, inspiré par des banques d’affaires

Le 19 septembre dernier, les salariés du groupe EDF se sont très fortement mobilisés contre le projet de démantèlement d'EDF, baptisé « Hercule », à l’appel de l’intersyndicale FCE-CFDT, CFE-CGC énergies, FNME-CGT et FNEM-FO.
 

L'intersyndicale a rencontré la Ministre de la Transition écologique et solidaire, en charge de l’énergie, le 3 octobre,   suivi d’une second rendez-vous avec le président d’EDF, rencontres au cours desquelles le retrait du projet Hercule tel que nous le connaissons aujourd’hui leur a été demandé.
 

Dans la mesure où, dans son discours du 28 novembre 2018, le Président de la République a annoncé la demande faite au président d’EDF de réfléchir à l’adaptation de l’organisation d’EDF et où les discussions avec la Commission européenne sur la régulation du nucléaire sont suivies au plus haut niveau de l’État, l’intersyndicale a décidé de solliciter une entrevue avec le Président de la République puisque personne ne veut prendre la responsabilité de retirer ce projet.
 

Ce retrait est pour nous indispensable pour sereinement engager une discussion approfondie sur les enjeux et l’avenir d’EDF dans un contexte de transition énergétique où l’électricité est appelée à jouer un rôle croissant.
 

Dans le courrier adressé au Président de la République, l'intersyndicale revient sur le malaise grandissant face à une attitude de l’État qui a, par ses décisions de régulateur et d’actionnaire, contribué ces dernières années aux difficultés d’EDF.
 

Elle affirme clairement, que « ce projet « Hercule » qui scinde EDF en deux est un projet purement financier, inspiré par des banques d’affaires et en aucun cas un projet industriel et social porteur de sens et de vision stratégique dont le groupe EDF a tant besoin pour relever les défis de la transition énergétique bas carbone de la France, guidée par le seul intérêt général » et « en demandent le retrait ». 
 

Elle souligne que « ce projet est d’ailleurs critiqué non seulement par les salariés et leurs porte-paroles que sont nos organisations syndicales mais aussi par nombre de parlementaires de sensibilités diverses ou encore différents économistes ».
 

L'intersyndicale rappelle que :

  • ce projet vient de loin et qu'en 2016, le Ministre de l’Économie [NDLR : Emmanuel Macron] avait  déjà évoqué, devant la représentation nationale, la nécessité, pour en assurer le développement, de sortir le nucléaire des logiques boursières et concurrentielles, reconnaissant ainsi la nature d’infrastructure essentielle et d’outil de souveraineté du parc nucléaire français ;
  • lors de la rencontre avec les fédérations syndicales le 14 avril 2016, il n'avait  pas hésité à évoquer la sortie du nucléaire d’EDF, donc la scission de l’entreprise.
     

C’est dans ce contexte qu’après avoir vu présentés les arbitrages sur la PPE le 28 novembre 2018, le Premier Ministre a, dans la foulée, demandé à la direction d’EDF « de proposer les évolutions du groupe qui permettent de faire face aux défis auxquels l’entreprise est confrontée dans le nucléaire, les énergies renouvelables, les services énergétiques et les réseaux ».
 

De cette demande est né le projet « Hercule », présenté à nos fédérations syndicales le 20 juin dernier et préparé de concert entre EDF et l’Agence des participations de l’État. 
 

Or, cette volonté affichée de séparer EDF en deux entités (une bleue et une verte) n’est pas un simple ajustement découlant d’une évolution de la régulation du nucléaire dont EDF a besoin ou d’une volonté de faciliter les investissements dans les énergies nouvelles, comme notre groupe l’a déjà connu dans son histoire.
 

C’est bien d’un bouleversement profond qu'il s’agit, avec des conséquences que les salariés de tous les métiers ont bien mesuré, pour eux-mêmes, pour leur métier et, plus largement, pour l’essence même du groupe EDF auquel ils sont viscéralement attachés. 
 

Les fédérations syndicales des industries électrique et gazière (IEG) restent  persuadés que le basculement d’EDF commerce dans l’entité verte s’accompagnerait d’un accès régulé à l’électricité nucléaire historique (ARENH) généralisé, de la fin d’une entreprise Électricité de France intégrée par la désintégration des liens entre l’amont et l’aval alors que c’est cette intégration amont-aval qui a permis à EDF de mieux résister que ses concurrents européens à un marché européen de l’électricité totalement déstructuré par le développement d’énergies renouvelables bénéficiant de dispositifs de soutien asymétriques.
 

De même, la sortie d’EDF SEI (systèmes électriques insulaires) du périmètre d’EDF, devenu EDF bleu, interroge le personnel quant à son avenir au sein du groupe et sa place dans la République.
 

Quant aux salariés du nucléaire, ils sont convaincus qu’ils verront le fruit de leur travail bénéficier encore davantage aux concurrents du groupe, eux qui sont déjà contraints de travailler 25 % de leur temps pour ces concurrents en application de la loi NOME à travers le mécanisme de l’ARENH. 
 

Quant à l’entité dite verte, elle verrait coexister des entités récemment rachetées à 100 % par EDF (Dalkia et EDF renouvelables), des entités sorties d’EDF SA (commerce et SEI) et Énédis, filiale de distribution du groupe, donc régulée.


Le récent congrès de la FNCCR a pourtant montré à quel point les collectivités locales s’inquiètent déjà, avec raison, des conséquences qu’aurait un tel projet sur l’organisation actuelle du service public de distribution de l’électricité en France, ce qui renforce notre crainte que cette réforme ne soit l’occasion d’une remise en cause du monopole national de concessionnaire obligé dont bénéficie aujourd’hui Énédis et de la péréquation tarifaire qui y est attachée. 
 

Au-delà de ces aspects primordiaux, la mobilisation et la détermination des salariés concernés confirment qu’ils refusent d’entrer dans un processus de privatisation qui a déjà laminé plusieurs entreprises du secteur de l’énergie. 

 

  • Devant la Ministre de la transition écologique et solidaire, les organisations syndicales ont également exprimé leurs revendications et leurs analyses sur la situation d’EDF, y compris financière, et sur l’écrasante responsabilité de l’État en la matière, que ce soit en ayant asséché pendant des années la trésorerie d’EDF avec des dividendes surdimensionnés, que ce soit en imposant à EDF des investissements internationaux risqués ou en maintenant une régulation, en particulier nucléaire, qui de fait spolie le groupe au profit d’acteurs privés peu exemplaires en matière climatique, voire de fortunes personnelles construites sur le dos du service public.
  • Lors de ces réunions, elles ont indiqué que l’amélioration de la régulation du nucléaire était évidemment une question importante mais que l’approche consistant à « négocier » cette nouvelle régulation avec la Commission européenne en indiquant être déjà prêt à démanteler EDF, comme le prévoit le projet « Hercule », était tout simplement inacceptable, comme l’a d’ailleurs été l’acceptation récente d’un amendement porté par Total, soutenue par le groupe LREM visant à augmenter le plafond de l’ARENH à 150 TWh. 
     

C’est donc avec une réelle surprise que l’intersyndicale a entendu la ministre indiquer que le projet « Hercule » était un projet d’EDF, alors qu’il est co-construit depuis plusieurs mois avec les services de l’État, APE en tête. 
 

De son côté, le président d’EDF a indiqué que ce projet était décalé tant qu’une solution satisfaisante n’avait pas été trouvée sur la régulation du nucléaire, laquelle négociation était menée par l’État. Pour résumer, nous avons malheureusement l’impression que chacun se renvoie la balle mais nous pensons plus que jamais que les salariés du groupe EDF méritent mieux que cela. La nécessité de faire d’EDF l’outil de la Nation pour faire face aux conséquences du dérèglement climatique et pour tenter de le limiter, comme EDF a été bâtie pour reconstruire le pays à la sortie de la guerre, mérite elle aussi mieux que cela.
 

L'intersyndicale des IEG considère que le retrait de ce projet est indispensable pour sereinement engager une discussion approfondie sur les enjeux et l’avenir d’EDF dans un contexte de transition énergétique où l’électricité est appelée à jouer un rôle croissant... ».

 

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